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Forests Monitor Charitable Trust
Le rôle de l’Union europénne vis-à-vis des forêts tropicales d’Afrique Centrale
BEAUCOUP AFFIRMENT que lAfrique Centrale est encore soumise à un système néocolonialiste, perpétué par les anciens pouvoirs coloniaux, les capitaux étrangers et quelques élites puissantes au niveau national.11 La France, la Belgique, lAllemagne, le Royaume-Uni et lEspagne ont joué un rôle significatif dans lhistoire coloniale de cette région, et tous continuent à être de puissants partenaires en terme de commerce, dorientation des politiques macro-économiques et dinitiatives de conservation. Leurs partenaires de lUE, lAmérique du Nord et les banques de développement multilatérales, notamment la Banque mondiale et le FMI, appuient leurs initiatives. De nombreux exemples mettent en évidence quels pays des pouvoirs coloniaux ou des anciennes colonies tiennent le levier du pouvoir, en particulier au travers des politiques dajustement structurel et des conditionnalités de paiement imposées par les créanciers. Le président du Gabon, Omar Bongo, lun des dirigeants africains les plus étroitement liés à ladministration française, aurait comparé la France sans lAfrique à une voiture sans essence, et il aurait ajouté que lAfrique sans la France serait comme une voiture sans chauffeur.12 La plupart du temps, les anciens pays coloniaux, avec les institutions multilatérales dont ils font partie et les sociétés transnationales qui ont leur siège social dans ces pays, restent fermement installés à la place du chauffeur, dictant les termes du développement et de la conservation dans la région.
Depuis leurs déclarations dindépendance, qui remontent à plusieurs dizaines dannées, la plupart des six pays figurant dans ce rapport le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre), la Guinée Équatoriale et le Gabon ont connu des périodes de grand désarroi politique. Aucun na réussi à établir une démocratie solide, fondée sur une forte implication de la société civile. Tous ces pays sont incapables dassurer des prestations, même de base, dans les secteurs de léducation et de la santé pour bon nombre de leurs citoyens. Tous ont dénormes dettes qui sont de véritables fardeaux ; chaque année, ils doivent payer des sommes astronomiques aux créanciers multilatéraux et bilatéraux pour rembourser ces dettes. Ces remboursements écrasants, ajoutés à un manque despace démocratique permettant un véritable engagement de la société civile et à la corruption, entravent lapparition et la mise en place de politiques qui faciliteraient un développement durable et juste sur le plan écologique et social.
Les politiques de gestion forestière
Dans ce contexte, les gouvernements nationaux continuent à appliquer des politiques de gestion forestière qui datent du siècle dernier ou même antérieures et qui ont été instaurées par les pouvoirs coloniaux. Ils sont encouragés en ce sens par les institutions multilatérales et bilatérales, vis-à-vis desquelles ils sont lourdement endettés, ceci faisant partie des politiques dajustement structurel et des programmes de libéralisation imposés par ces institutions comme des conditionnalités à la poursuite des prêts. Ainsi, le principal but des politiques forestières dans la région est la production de bois industriel pour lexportation, en allouant la majorité de lespace forestier à titre de concession dexploitation. Le cadre politique ainsi mis en place a peu dégards envers les besoins et les droits des populations locales, et ne se soucie guère de la capacité des gouvernements à mettre en place et faire respecter ces lois. Les législations forestières ne sont souvent pas claires ou sont contradictoires.
Même en laissant de côté les problèmes de développement social, et en gardant une perception de la forêt limitée à la production de bois, de sérieux problèmes demeurent au sein du secteur forestier de la région. Alors même que les lois nationales exigent un standard minimum en termes de gestion forestière, atteindre ce standard minimum semble être lexception plutôt que la règle. Les gouvernements nont la capacité ni de contrôler les activités des sociétés dexploitation forestière, ni dappliquer la législation en vigueur (notamment parce que des programmes récents de la Banque mondiale et du FMI ont exigé la réduction du nombre des employés publics et de leur salaire). Bien que les données de terrain sur les activités forestières des six pays soient rares, il est clair quau Cameroun, où les activités forestières commencent à être contrôlées de façon plus étroite par la société civile et le ministère chargé des forêts, lexploitation et le commerce illégaux du bois sont pratiqués à grande échelle. Dans la province de lEst, où se situent actuellement la majorité des exploitations, il a été estimé que 50 % du bois était exploité illégalement.13 Vu la faiblesse ou labsence daptitude des divers gouvernements nationaux à contrôler les sociétés et à faire respecter la législation en vigueur, il y a peu de chance que la situation soit significativement différente dans les autres pays de la région.
Le récent afflux de capitaux privés asiatiques dans le secteur forestier dAfrique Centrale a amené dans la région des méthodes dexploitation plus agressives et plus explicitement dénuées de préoccupations à long terme, avec lexploitation dun plus grand nombre dessences dans un intervalle de temps plus court, essentiellement pour lexportation en grumes.14 Cette approche a été comparée défavorablement à la pratique dabattage sélectif des sociétés dexploitation forestières européennes. Alors que les concessionnaires uvrant dans les forêts dAfrique Centrale soutiennent que de grandes concessions sont nécessaires afin de développer, sur de longues périodes, des techniques daménagement forestier durable, tout reste à prouver sur le caractère durable des techniques dabattage sélectif, y compris pour la production durable à long terme. La majorité des sociétés forestières européennes pratiquent labattage sélectif darbres, qui consiste à nexploiter que quelques essences à forte valeur commerciale. Même si cette méthode dabattage cause moins de dommages que labattage systématique, elle nest pas sans conséquences sur lenvironnement. Rechercher les meilleurs arbres implique louverture de larges pistes. Ceci facilite laccès aux forêts pour les chasseurs qui ont décimé la faune sauvage dans les zones dexploitation forestière. La technique qui vise à sélectionner les plus gros arbres dune espèce donnée a également de lourdes conséquences sur les usages locaux et sur le maintien de la biodiversité, la régénération de ces espèces pouvant être menacée.
En dépit des lois qui exigent la transformation accrue du bois sur place (comme la production de sciages, de placages ou autres produits) car elle génère davantage de revenus, lexportation de grumes brutes prédomine, la transformation du produit brut étant réalisée ailleurs, principalement en Europe ou en Asie. Mais les politiques favorisant la transformation locale pour augmenter la valeur ajoutée soulèvent à leur tour de nouveaux problèmes : la demande de grumes pour approvisionner lensemble des scieries augmente la pression sur les forêts, occasionnant des coupes de bois illégales. Certains affirment quil y a aujourdhui trop de scieries à approvisionner au Cameroun, si lon veut que la forêt survive.
Certaines sociétés européennes ont admis que les activités forestières en Afrique Centrale nont pas été réalisées de façon viable dans le passé : un directeur de la compagnie forestière Rougier a affirmé, lors dun entretien avec une revue professionnelle française, que pendant les 40 dernières années lexploitation forestière était de type minier.15 Ces récoltes non renouvelables ont eu pour conséquence le déplacement progressif des sociétés dexploitation vers de nouvelles zones de la forêt tropicale, laissant sur leur passage une forêt dégradée. Beaucoup de sociétés qui ont opéré pendant des décennies en Afrique Centrale commencent à peine à mettre en place des plans daménagement forestier. Souvent, ce travail est subventionné et entrepris par une tierce partie, par exemple des instituts publics bilatéraux ou des ONG internationales. Il est difficile de savoir jusquà quel point les sociétés dexploitation industrielle européennes sont en mesure dexiger, et exigent effectivement, des plans daménagements forestiers durables lorsquelles sous-traitent lexploitation des forêts pour dautres compagnies.
Lassistance financière internationale
Lessor de lexploitation industrielle de la forêt en Afrique Centrale résulte en grande partie des politiques dajustement structurel et de libéralisation économique imposées par les créanciers multilatéraux et bilatéraux. La France est un des plus importants prêteurs bilatéraux et donateurs dans la région. Les sociétés françaises jouent un rôle majeur dans lexploitation des forêts de la région (voir tableau 1). Dautres Etats membres de lUE, ainsi que lUE elle-même, fournissent une importante assistance financière sous forme de prêts et de subventions aux pays dAfrique Centrale, et ce depuis des décennies. Les fonds sont souvent utilisés pour la réalisation dinventaires forestiers, pour aider les compagnies forestières de lUE à concevoir des plans daménagement forestiers, ou pour la création et la gestion daires protégées. La Commission européenne (CE) a fait un certain nombre de déclarations politiques sur les forêts tropicales, qui ont souligné la volonté de la CE de jouer un rôle positif dans la conservation des forêts tropicales. En 1989, ceci incluait une stratégie dactions dans le domaine du commerce du bois, comportant notamment la mise en place dun code de déontologie pour les sociétés européennes dexploitation forestière.16 Cependant, alors que cela était considéré comme une priorité, rien na encore été réalisé aujourdhui. En 1995, un protocole sur la forêt a été ajouté à la convention de Lomé (protocole N° 10). Ce protocole prévoit, entre autres, un soutien aux pays de la zone ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) pour le développement de la gestion durable des forêts et insiste sur la nécessité de mettre sur le marché du bois provenant de forêts aménagées.17 Un des plus grands projets de conservation et de développement durable de lUE est le Programme de conservation et dutilisation rationnelle des écosystèmes forestiers dAfrique Centrale (ECOFAC), qui est mis en uvre dans six aires protégées dans la région. Le projet a été lancé en 1992 et a reçu 33 millions de dollars.
La Banque mondiale a fourni lassistance technique nécessaire pour la réforme du secteur forestier, contribuant par exemple à la conception de lactuelle loi forestière camerounaise et à celle du Gabon actuellement en cours. Cette assistance technique est clairement orientée vers le développement de lindustrie du bois, avec comme objectif daméliorer lefficacité de lexploitation et de tirer parti des marges bénéficiaires du secteur. Le processus dadjudication publique des concessions introduit au Cameroun devrait réduire la corruption parmi les fonctionnaires et le personnel expatrié, sans pour autant léliminer. Toutefois le fait que les appels doffres mettent laccent davantage sur la composante financière des dossiers que sur leur valeur technique nencourage pas la promotion de la gestion durable des forêts, et peut même favoriser la recherche de profit à court terme (voir Cameroun, page 15).
La contribution la plus importante au développement durable dans ces pays serait, de loin, lannulation de la dette. La plus grande partie a été contractée envers les pays du G7, soit directement, soit indirectement à travers la Banque mondiale et le FMI. Beaucoup des pays cités dans le présent rapport consacrent plus dargent au remboursement des dettes quà la santé et à léducation réunis, et chaque année, ils versent plus dargent quils nen reçoivent sous forme de subventions. Certains pays du G7 ont promis dannuler au moins une partie de la dette impayée. La Banque mondiale et le FMI ont mis en place lInitiative concernant la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) qui annule certaines dettes, mais pas toutes (voir encadré). En dépit du niveau de pauvreté de ces pays, seul le Cameroun a les qualifications requises pour voir une partie de sa dette annulée, ceci restant soumis à des conditionnalités incluant la réforme de ladministration forestière.
PPTELinitiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) a été lancée en 1996 par la Banque mondiale et le FMI et le concept de « viabilité de la dette » a été introduit. Les créanciers évaluent quelle part de sa dette un pays peut rembourser à moyen ou long terme (dette viable) et effacent le reste (dette non viable). Seules les dettes accumulées avant une date donnée peuvent bénéficier de linitiative PPTE. Lestimation de la « viabilité » de la dette est basée principalement sur le rapport entre le remboursement de la dette et les gains générés par les exportations, et non sur la pauvreté absolue dun pays ou celle de sa population. Pour bénéficier des réductions, un pays doit sengager pour six ans dans une réforme économique stricte sous le contrôle du FMI. Il doit souvrir aux biens étrangers, privatiser les entreprises, déréguler ses secteurs financiers et banquiers, réduire les dépenses publiques et développer une stratégie de réduction de la pauvreté. Un des objectifs principaux de linitiative PPTE est dencourager linvestissement privé. On estime que la moitié des pays identifiés PPTE ne vont pas atteindre les objectifs et ne pourront pas ainsi bénéficier de lallégement de la dette. |
A droite : Déchargement de grumes en provenance du Bassin du Congo dans le port de Leixoes, Portugal, juillet 2000
Le commerce
LEurope a joué un rôle prédominant dans le commerce du bois en Afrique de lOuest et Centrale pendant des décennies. Comme lAfrique de lOuest a été surexploitée, dautres régions africaines sont devenues la principale source de grumes et de sciages. Les exportations du Ghana et de la Côte dIvoire par exemple sont depuis longtemps en baisse. Au Ghana, autrefois fournisseur de premier plan, on sattend à la fermeture prochaine de 80 % des scieries et la Côte dIvoire importe désormais du bois pour la transformation. Le Cameroun est devenu le principal fournisseur dessences africaines ayant un grand intérêt commercial, et la proportion de grumes et de sciages bruts provenant dautres pays du bassin du Congo, comme la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), le Gabon et la République Démocratique du Congo devrait augmenter bientôt.18 En tant que principal importateur de bois issu de lAfrique Centrale et de lOuest depuis des dizaines dannées, lEurope est complice du programme de déforestation que subit cette région.
Au cours des années 1990, les exportations de bois dAfrique Centrale ont augmenté de manière significative ; ceci est lié en grande partie à la croissance des exportations vers lAsie. La Chine est désormais le plus gros pays importateur de bois issu du Bassin du Congo. LUE reste au rang de première zone consommatrice, totalisant 64 % des exportations de bois (en volume équivalent bois rond) en 1999. Les exportations vers lAsie se font principalement sous forme de grumes tandis que les importations de lUE se composent de grumes et de bois transformés. Au sein de lUE, la France est le plus gros importateur de bois africain, suivie par lEspagne, lItalie et le Portugal.19
Ci-dessous : les exportations de bois des pays du Bassin du Congo en 1999 (volume équivalent bois rond )
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La production et le commerce illégaux
Une large proportion du bois en provenance du Bassin du Congo et se trouvant sur le marché international est issue dexploitation ou dexportation illégale. Ceci est un fait largement reconnu par les représentants de lindustrie et des gouvernements des pays exportateurs et est mis en évidence par la différence entre les montants des exportations déclarées par les pays producteurs et ceux des importations déclarées par les pays importateurs. A titre dexemple, les exportations de grumes déclarées en 1998 par le Cameroun à destination du Portugal étaient de 57 038 m3, alors que les importations déclarées par le Portugal en provenance du Cameroun étaient presque deux fois plus élevées, avec 91 115 m3. Les exportations déclarées en 1998 par le Congo (Brazzaville) à destination de lItalie étaient de 37 731 m3, tandis que les importations déclarées par lItalie en provenance du Congo (Brazzaville) étaient presque trois fois plus importantes, avec 119 102 m3.20 Les contradictions entre les statistiques dimportations et dexportations peuvent être interprétées dans le meilleur des cas comme une mauvaise gestion administrative et, dans le pire des cas, comme une forte activité illégale dexploitation. Quoi quil en soit, la perte de revenus fiscaux pour les pays dexportation suffit à justifier le besoin dune analyse rigoureuse et transparente.
Des exemples de contrebande ont été découverts au Cameroun. Les fonctionnaires des douanes camerounaises ont visité le bureau de Douala de United Transport Cameroon (UTC), lune des principales sociétés de transport routier au Cameroun. Les fonctionnaires ont découvert un système de fraude à la taxe dexportation, portant sur des bois supposés être en transit depuis le nord du Congo, mais en fait dorigine camerounaise.21,22 Les employés impliqués ont été arrêtés, mais les autorités ont ordonné leur relaxe pour des raisons inconnues.23 Un récent rapport de la Banque mondiale sur lindustrie du bois au Cameroun a relevé une pratique selon laquelle des documents sont établis pour des bois camerounais, indiquant que ces bois ont été exploités hors du Cameroun, et sont donc exonérés de taxe et de divers contrôles normalement imposés aux bois camerounais.24
LEurope importe du bois dont la provenance ne peut pas être clairement identifiée comme légale et de sociétés dont limplication dans lexploitation illégale est reconnue dans le Bassin du Congo. Certaines sociétés européennes fournissent et/ou négocient des bois susceptibles davoir été produits ou exportés illégalement. Une fois que le bois ou les grumes ont quitté les rives du pays exportateur, il nexiste aucune procédure efficace qui puisse être entreprise par ce dernier. Un grand nombre de pays en voie de développement ont des ressources trop limitées pour faire respecter les politiques forestières (surtout à cause de la limitation du nombre des employés publics imposée par le FMI). Les importateurs sont donc susceptibles de recevoir des marchandises volées ou obtenues de manière frauduleuse.
Peu defforts ont été développés par les pays consommateurs pour faire face à la non durabilité de la production et de la consommation, et à lexploitation et au commerce illégaux. La contribution que pourrait apporter la certification à la résolution de ces problèmes est demblée compromise si les possibilités de fixer des conditions à limportation sont réduites ou interdites du fait des règles de lOrganisation mondiale du commerce sur les barrières non tarifaires. De telles mesures non tarifaires pourraient inclure léco-labellisation et les projets de certification forestière, des quotas dimportation et dexportation, des interdictions dexportation de grumes, des obligations de recyclage et de subventions.25 Linterdiction déventuelles mesures bénéfiques porterait atteinte aux perspectives dorganisation de la production durable de bois, mais également à lintégrité environnementale, et au recul de la pauvreté.
Les sociétés
Les sociétés dexploitation industrielle européennes contrôlent de façon directe ou indirecte la majorité des forêts en Afrique Centrale, en tant que détentrices de titres de concessions et/ou en tant que sous-traitant (voir cartes et annexe). Les sociétés qui exploitent sont souvent le principal contact des populations avec le monde extérieur. Elles opèrent presque comme un Etat de substitution dans des zones retirées, et sont considérées comme le principal fournisseur de services de base. Cependant, cette dépendance qui repose sur la relative bienveillance dun groupe de sociétés privées étrangères ne constitue pas une base solide sur laquelle peut se bâtir un développement durable. Le profil de ces sociétés, décrit dans la partie III du rapport, montre des différences marquées de principes et de modes de fonctionnement entre les différentes sociétés européennes, même sil sagit dun groupe identique intervenant dans différents pays. Les meilleures prétendent opérer conformément à la loi du pays, ont des compétences techniques pour lexploitation, se sont engagées à établir des plans de gestion durable et mettent en place des infrastructures sociales pour les travailleurs. Les pires sont impliquées dans labattage de bois illégal et/ou ne fournissent aucun avantage social perceptible aux travailleurs, mis à part des salaires bas et un emploi instable. Cependant, même les meilleures ont un long chemin à faire avant que leurs activités puissent être considérées comme contribuant à un développement durable pour toute la population locale, respectant ses droits et ses besoins et assurant lintégrité de lécosystème forestier pour les générations futures.Le tableau 1 identifie les principales sociétés forestières basées dans lUE qui ont actuellement des activités dexploitation forestière en Afrique Centrale. Dautres groupes basés en Europe participent également de manière importante au commerce du bois de cette région. Par exemple la société multinationale française Pinault Printemps la Redoute et sa filiale Becob avaient encore récemment des activités dexploitation dans la région, et le groupe continue dêtre en France le plus important importateur et transformateur de bois en provenance dAfrique, dAsie et dEurope du Nord.26
Les sociétés européennes ont affirmé leur volonté de sengager à pratiquer une gestion forestière durable dans le futur. Beaucoup dentre elles sont membres de groupements professionnels comme lAssociation technique internationale des bois tropicaux (ATIBT) et lAssociation interafricaine des industries forestières (IFIA). Une des priorités actuelles de lATIBT est laménagement durable des forêts tropicales, et elle joue un rôle actif dans les forums internationaux comme la Conférence sur les écosystèmes des forêts denses humides dAfrique Centrale (CEFDHAC) et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées dextinction (CITES). LATIBT sengage également dans les débats sur la certification du bois.27 Le président actuel de lATIBT a prononcé les paroles suivantes :
« Les sociétés forestières européennes (et les industriels du bois) présentes en Afrique luttent contre l'abattage illégal des arbres et contre les pratiques illégales dans l'utilisation de la forêt. De telles pratiques ont des effets préjudiciables non seulement pour la forêt, mais aussi pour le commerce, car les compagnies qui travaillent de manière légale ne peuvent jamais concurrencer celles qui travaillent de manière illégale »28
Or la production et le commerce de bois illégaux sont des pratiques aujourdhui très répandues en Afrique Centrale, des pratiques dont les compagnies européennes, y compris les membres de lATIBT et lAssociation des industries forestières interafricaines, sont complices.
Au Cameroun, le seul pays de la région où un contrôle rudimentaire du secteur a été entrepris, des amendes ont officiellement été infligées en 2000 à plusieurs compagnies européennes pour des infractions à la législation forestière (voir tableau 2 ci-dessous relatif à ces infractions). Cependant, ces infractions signalées ne sont probablement que la partie émergée de liceberg, aussi bien au Cameroun quailleurs dans la région, vu la faiblesse des institutions de ces pays. Les rares fois où des contrôles sont mis en place, les inspections sont souvent succinctes et les contrôleurs sont intimidés. La majorité de lexploitation est effectuée sans contrôle, et lorsquun système de contrôle existe, il est « informel », la corruption étant omniprésente.
En conclusion, lEurope, représentée par les gouvernements, les institutions multilatérales et le secteur privé, a une responsabilité considérable dans laménagement des ressources forestières en Afrique Centrale. Peu déléments ont été réunis jusquici pour affirmer que lorientation actuelle des politiques forestières contribue à lun des objectifs prioritaires comme le recul de la pauvreté, et à plus forte raison à un développement durable à long terme. Laptitude propre aux six pays à gérer leurs ressources forestières dans le meilleur intérêt de leurs citoyens et à assurer la protection des forêts est examinée dans la partie II.







