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Impacts sociaux économiques
6.1.1Opportunités d’emplois pour les populations locales
Au total 161 emplois auraient été créés pour les populations de la région dont 74 pour les populations des villages riverains des UFA octroyées à la C.F.C. (Voir aussi section 3.4.2.3).
La création de ces emplois est le seul impact positif de la présence de la C.F.C. que les populations villageoises identifient. La création d’emplois allège la charge que représentent les chômeurs dans les ménages. Les femmes apprécient particulièrement les contributions que leurs fils peuvent faire aux dépenses du ménage. L’attrait de ces emplois salariés est tel que même dans des villages où on ne trouve qu’un ou deux employés de la C.F.C., l’espoir que la compagnie reste dans la région est fort. Les attentes sont telles que la déception est grande de voir que beaucoup d’emplois sont pourvus par l’apport de main d’œuvre extérieure et que la proportion des gens employés « localement » est très limitée.
D’après la déclaration d’ouverture d’établissement seules deux femmes semblent occuper des postes à responsabilité. Il s’agit sans doute de membres du personnel basé à Douala puisque aucune femme ne travaille sur le site d’exploitation. Plusieurs femmes nous ont dit avoir fait des demandes d’emplois mais, pour la plupart, les femmes pensent à juste titre que si les hommes ne peuvent trouver un emploi, il est encore plus improbable qu’elles en obtiennent elles-mêmes.
6.1.2Impact sur les revenus et l’activité économique de la région
Les salaires pratiqués sont peu élevés mais par la création de 230 emplois dans le canton, la C.F.C. crée une masse monétaire non négligeable (un minimum d’environ 70 millions de CFA par an) qui pourrait contribuer au développement d’activités connexes au niveau local.
6.1.2.1 Absence d’effet d’entraînement de l’économie
Il est difficile d’identifier l’impact direct spécifique de l’activité de la C.F.C. sur l’économie de la région dans son ensemble. Il est certain que de façon globale le secteur forestier contribue au développement du commerce dans la ville de Yokadouma. Cette ville de 35,000 habitants environ compte de nombreuses épiceries, trois boulangeries et huit auberges. Les bars y sont souvent mieux achalandés qu’à Yaoundé. De nombreux commerçants sont d’origine étrangère et viennent notamment d’Afrique de l’Ouest. Certains suivent les compagnies forestières dans leur déplacement d’une concession à une autre et à l’image de bien des villes « d’exploitation forestière » dans le monde, les commerces sont amenés à disparaître avec les exploitants forestiers.
Planche 6 : Grumiers en attente à Yokadouma

Les activités économiques bénéficient non seulement de la présence des employés des compagnies forestières qui travaillent dans les concessions et ventes de coupe mais également de la présence en grand nombre des conducteurs de grumiers qui surtout en saison pluvieuse attendent souvent à Yokadouma que les routes soient débloquées. L’absence de constructions nouvelles est frappante à Yokadouma. Les coupures d’eau et d’électricité y sont fréquentes. Autant d’éléments qui démontrent l’absence d’investissement à long terme des revenus de l’exploitation forestière. Les retombées sont essentiellement limitées au développement d’un commerce dépendant en grande partie de la présence des exploitants forestiers. L’exploitation forestière ne fait qu’alimenter une dynamique de consommation fort éloignée de la dynamique de développement qui fait défaut à la région. Les réalisations sociales prévues dans les cahiers des charges des compagnies forestières en général (quand ils existent) n’ont pas d’effet d’entraînement économique. Il s’agit pour la plupart de dépenses que l’on peut qualifier de « compensatoires » mais qui ne s’inscrivent pas dans une logique de développement à long terme. L’expérience d’autres régions qui ont déjà été fortement exploitées a démontré que si rien ne change les perspectives d’avenir sont peu encourageantes : « L’exploitation forestière apporte des bénéfices rapides, des infrastructures, puis se déplace. Alors surviennent la ruine et la décadence. Les infrastructures ne sont plus entretenues, et la population est gagnée par l’instabilité » (Abéga, 1998).
6.1.2.2 Redistribution des revenus dans les cantons riverains de la C.F.C.
En ce qui concerne les impacts directs des activités de la C.F.C., le développement d’activités commerciales dans les cantons riverains est très limité. Très peu des villages visités ont un commerce. Le seul commerçant interrogé dans le village de Ngolla 35, relate avec nostalgie le temps où il y avait une scierie proche de la route qui permettait de vendre des biens de consommation courante dans le village. Aucune activité ou commerce nouveau n’a été observé dans les cantons riverains de la C.F.C. L’installation de la C.F.C. à 20 km de la route Yokadouma – RCA est un choix qui affecte les opportunités économiques que représente la création d’une masse monétaire nouvelle dans la zone.
Les femmes des villages visités se plaignent que les vivres pourrissent au village alors que les forestiers vont acheter les vivres en ville. Les ventes aux camions et grumiers le long de la route sont considérées comme faibles et irrégulières. Le vivrier "ne passe pas bien", nous ont dit les Kounabembe de Gouonepoum-Nouveau, en désignant particulièrement le plantain qui, non seulement ne se vend pas cher (de 300 à 500 cfa le régime), mais qui peut rester exposé pendant des jours au bord de la route sans trouver de preneur. Les habitants du camp quant à eux préfèrent acheter des vivres à Yokadouma où le plantain se vend moins cher : 2000 CFA contre 3000 CFA dans les villages Bidjouki pour une cuvette de couscous.
Les habitants du village de Ngolla 35 souhaiteraient voir la création d’un marché dans le village pour faciliter la commercialisation de leurs produits et bénéficier de la présence d’une demande potentielle (voir section 6.2.3).
6.1.3Impact sur la production agricole
6.1.3.1 Effet limité de la demande additionnelle
L’augmentation de la production vivrière (par le transfert de la main d’œuvre masculine du secteur cacao/café au secteur vivrier) est un phénomène observé au niveau national dès 1993 avec notamment l’augmentation de surfaces consacrées à la culture du plantain dans les trois provinces du Sud, du Centre et de l‘Est. Cette tendance est surtout le fait des hommes qui ont opéré un transfert de leur effort de production des cultures de rente moins rentables vers le plantain. La commercialisation de plantain serait passée de 24% en 1985 à 30% en 1997(Bikié et al, 1999). Parmi les grandes explications avancées de ces changements on trouve : - une réduction des importations de vivres suite à la dévaluation et la croissance du marché national surtout autour des zones urbaines ;
- l’augmentation de la main d’œuvre familiale en relation avec les migrations de retour au village ;
- le souci de diversifier les sources de revenus (garder et cultures vivrières et cultures de rente)
Le développement de l’exploitation forestière dans l’Est ces dernières années contribue sans doute à encourager ces changements et la présence de la C.F.C. dans la région de Yokadouma aura peut-être contribué à cette tendance. Mais elle n’en est pas forcément la cause principale et directe. La difficulté à vendre les vivres dans les villages et le développement des cultures par les familles des ouvriers elles-mêmes tendent à confirmer que la présence de la C.F.C. a eu un impact direct peu important sur le niveau de la production agricole dans les villages riverains. Elle a sans doute contribué à une augmentation limitée du surplus commercialisé mais sans qu’elle soit directement responsable de l’augmentation de la production par la création d’une demande accrue. Son arrivée peut par contre avoir eu un effet amplificateur d’une tendance déjà amorcée par d’autres facteurs.
6.1.3.2 Effet synergique de l’ouverture de la forêt
Dans ce mouvement d’augmentation des surfaces cultivées pour la production de cultures vivrières, l’ouverture des pistes joue par contre un rôle crucial dans la transformation de la forêt à des fins agricoles comme cela a été observé dans la plupart des zones exploitées pour le bois d’œuvre. L’accès facilité à de nouvelles terres pousse certains agriculteurs à créer des champs pour s’assurer un droit sur la terre. On a pu observer de part et d’autre de la piste tracée par la C.F.C. pour entrer dans sa concession, la présence d’un certain nombre d’espaces défrichés pour l’agriculture. La plupart des espaces brûlés ont cependant été observés dans la zone agro-forestière qui correspond encore au terroir agricole des villages riverains de la concession octroyée à la C.F.C.
Sans doute plus préoccupante pour l’avenir de la forêt de la zone, l’implantation de la C.F.C. à Mempoe a conduit à une nouvelle production agricole à l’intérieur de la concession puisque les femmes des employés de la compagnie ont ouvert des champs aux alentours du camp. Il n’a pas été possible d’estimer les surfaces utilisées à des fins agricoles dans la concession mais avec un effectif de 230 employés dont beaucoup sont accompagnés de leurs épouses, mères et autre membre de la grande famille, il est certain que cette production agricole sera non négligeable. Elle est de plus amenée à s’accroître si, comme il est prévu, l’unité de transformation de la C.F.C. est agrandie dans un avenir proche. La construction du camp à l’extérieur de la concession aurait certes permis de préserver le domaine permanent de l’Etat de cette « invasion » agricole. Toutefois, la présence de 230 employés à proximité des villages aurait pu créer des conflits fonciers toujours difficiles à gérer.
6.1.3.3 Dégâts aux récoltes et compensationLa zone d’exploitation de la C.F.C. est pour le moment située assez loin des champs cultivés des villages riverains et peu de plaintes ont été enregistrées concernant les dégâts causés aux cultures.
Certaines surfaces cultivées se trouvaient sur le tracé de la piste qui commence à Ngolla et mène à la concession. Selon les témoignages rassemblés, il semble que des compensations considérées comme satisfaisantes aient été versées par la C.F.C.. Le montant de 19 000 CFA a été mentionné pour quelques champs de vivriers. C’est moins le montant que le niveau de satisfaction qui importe ici. Or, il semble que le prix payé ait été celui demandé.
Il faut toutefois rappeler ici l’importance de la division sociale des responsabilités en fonction du genre lorsqu’il s’agit du paiement de compensations quelconque. Bien qu’une proportion grandissante d’hommes cultivent maintenant leur propre champ de vivre et notamment de plantain, les cultures vivrières telles que l’Arachide, le Manioc et le Macabo tombe encore en majorité sous la responsabilité des femmes. Les champs nouvellement défrichés par les hommes sont plantés de concombres dont la récolte revient à l’homme. Puis, ce même champ sera cultivé par les femmes qui en tirent la production nécessaire à la consommation du ménage mais aussi le surplus dont elles tirent une grande partie de leurs revenus. Cependant, les femmes n’ont accès à la terre que par l’intermédiaire de leur mari ou de leur père et leur droit est limité à un droit d’usage. Le problème se pose donc du paiement des compensations qui sont négociées avec les hommes puisque c’est à eux qu’appartient la terre. Par contre la perte de revenu liée à la destruction des récoltes est supportée par les femmes. L’exemple a été cité d’un arbre abattu près de la piste d’atterrissage de Ngolla 35 après demande d’autorisation et paiement au chef. Or cet arbre se trouvait sur les terres utilisées par une femme qui n’a reçu aucune compensation. Quand les femmes se plaignent de ne pas savoir quelles sommes d’argent sont versées par l’exploitant aux hommes, cela concerne aussi les paiements de compensations qui en échappant au contrôle des femmes contribuent encore à leur marginalisation.
6.1.4Impact sur la production de PFNL
Les ressources de la forêt mentionnées le plus souvent par les groupes de femmes interrogés lors de la mission sont les suivants:
Tableau 6 : PFNL mentionnés par les femmes interrogées
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Nom français |
Nom scientifique |
Nom Bidjouki |
Nom Mpu Mpong |
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Mangue sauvage |
Irvingia Gabonensis |
Niogok |
Niok |
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Djansang |
Ricinodendron heudelotii |
Bindjoli |
Sol |
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Bo |
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Chenilles |
Ossié |
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Etimbi |
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Medo |
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Nouoko |
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Escargots |
Otal |
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Salade sauvage |
Gnetum africana |
Koumbi |
Koko |
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Aframomum sp. ? |
Ntondo |
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Champignons |
Edo |
* les produits sont classés en suivant l’ordre dans lequel ils ont été cités par les groupes interrogés.
** il est probable que certains des produits pour lequel le nom scientifique n’a pas été identifié soit listé deux fois sous deux noms vernaculaires différents
Lors d’entretiens avec les habitants des villages riverains de la concession de la C.F.C. les quatre ressources mentionnées le plus souvent comme étant affectées par la présence de la C.F.C. sont les chenilles, les mangues sauvages, les ressources halieutiques et le gibier (voir tableau 7 ci-dessous). Bien que les hommes comme les femmes fassent mention des mêmes problèmes, les hommes semblent plus préoccupés par la diminution du gibier tandis que les femmes parlent plus souvent de la pêche.
6.1.4.1 Chenilles, mangues sauvages et ressources halieutiques
Pour ces trois types de ressources, deux types de causes de leur diminution sont invoqués :
- la coupe des arbres fournissant une ressource ou leur destruction au cours de l’abattage d’autres arbres ;
- l’utilisation accrue de ces ressources en raison de l’arrivée des employés de la compagnie et de leur famille.
D’après les informations recueillies, ces chenilles sont collectées au mois d’août/septembre par les hommes et les femmes ensemble. Chaque ménage peut collecter l’équivalent d’un sac de cacao (peut contenir 100 kg de cacao) dont la moitié peut être vendue. Bien sûr cette proportion varie en fonction du nombre de personnes dans le ménage mais aussi des saisons. Toutefois, si la moitié de la collecte est vendue, le chiffre d’affaire peut-être de 10 000 CFA à 24 000 CFA. Comme la plupart des sources de revenu saisonnières, la vente des chenilles n’est pas mentionnée comme source de revenu principale. Toutefois, si on compare ces chiffres au SMIC fixé à 23,500 CFA par mois, les chenilles des Sapelli peuvent représenter un revenu d’appoint non négligeable. Bien que les personnes interrogées n’aient pas fait mention des autres utilisations du Sapelli, il est bon de rappeler que l’écorce de l’arbre est aussi utilisée comme remède pour les plaies, les maux de ventre et les vers intestinaux (Jell, B., 1998). L’utilisation du verbe « gaspiller » est éloquente quand les personnes interrogées parlent de l’utilisation du Sapelli par la C.F.C. : « Ils gaspillent les arbres qui donnent les chenilles » (Femmes de Parny).
Le site sur lequel la scierie de la C.F.C. a été installée était un site important de production des mangues sauvages (Irvingia gabonensis). Les Bidjouki en particulier soulignent la nécessité d’aller maintenant plus loin pour pouvoir trouver des manguiers sauvages. Les fruits du manguier sauvage sont utilisés pour en extraire l’amande oléagineuse dont on tire une pâte pour la cuisine. Cette pâte est particulièrement appréciée car les sauces dans lesquelles on l’utilise se conservent plus longtemps. En outre une fois transformées en « gâteaux », les amandes peuvent être conservées pendant plus d’un an. Il faut également noter ici les règles coutumières particulières liées à la collecte des mangues (Jell, 1998). Ces règles similaires aux règles d’utilisation du Moabi dans d’autres régions démontrent l’importance particulière accordée à cette ressource. Le verre d’amandes séchées se vend à 100 CFA dans la zone mais les quantités échangées n’ont pas été discutées. Néanmoins, Ndoyé et al. (1998) ont démontré l’importance commerciale de Irvingia spp.qui est vendu par 45% des vendeurs sur les marchés de produits non ligneux et représente une marge nette de 30% sur une saison. La collecte de mangues sauvages est de loin la plus rentable, un arbre pouvant produire de 2 à 3 tonnes de fruits avec un rendement de 10% soit 200 à 300 kg d’amandes. Si toute la production était vendue, cela correspondrait à un revenu d’environ 100 000 à 150 000 CFA par arbre et par an (Ndjodo, comm.pers). Toutefois, c’est autant sa valeur nutritive que sa valeur commerciale qui doit être prise en compte ici.
Enfin, une des grandes préoccupations des populations riveraines et plus particulièrement des femmes est la diminution des ressources halieutiques. Les populations de Ngolla 35 notamment pêchaient dans la rivière Mempoe qui coule entre la scierie de la C.F.C. et le camp des ouvriers, mais aussi dans d’autres rivières coulant dans la concession de la C.F.C.. Une baisse sensible des prises est ressentie par les femmes qui disent devoir parcourir de plus grandes distances pour pouvoir prendre des quantités satisfaisantes de poissons. Des déplacements de 20 km ne suffisent plus à trouver les prises recherchées. La raison principale invoquée est le nombre élevé de personnes dans la concession qui font dire à certaines qu’elles ne se donnent même plus la peine d’aller où elles allaient avant l’arrivée de la C.F.C.. Les marécages qu’abritent la forêt dite de « Lokomo » sont identifiés comme la meilleure source actuelle de poissons. Cette forêt plus éloignée se situe au-delà du site de la scierie. Mais l’inquiétude gagne certaines femmes qui craignent que l’avancée déjà notable de la compagnie dans cette forêt ne les empêche bientôt de trouver du poisson. Cela est la cause d’une détresse sans solution apparente à leurs yeux. Une famille installée le long de la piste conduisant de la route de Ngolla à la scierie fait également remarquer que dans la rivière coulant à proximité de leurs habitations et que traverse la piste, le poisson est d’une taille bien inférieure à ce qu’il était avant. Enfin, lors d’une nuit de pêche avec les Baka de Ngolla en mars 2000, sur 20 cannes à pêche seul un poisson a été attrapé (D.Brenner, comm.pers.). Les effets de l’activité de la C.F.C. sur les ressources halieutiques semblent cependant être sensiblement différents d’un village à un autre, notamment en fonction de la distance par rapport aux rivières utilisées pour la pêche. Par exemple, les habitants du village de Menziong à 14 km au sud de Ngolla 35 affirme que le poisson est encore abondant.
Tableau 7 : L’impact des activités d’exploitation forestière sur la production des produits dits secondaires tel qu’il est perçu par les habitants de la zone
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Les hommes |
Les femmes |
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« Ca change pour le manger. On tend le câble, on tue les animaux mais depuis qu’il y a le chemin c’est zéro. On avait le manger, maintenant c’est fini. Pour manger de la viande, il faut payer aux gens qui tuent, si tu n’as pas l’argent, tu ne peux pas manger » Homme de Nyontongambegolo – bord de la piste de Mempoe
« Les petites pistes d’hommes qui existaient ont été éliminées par leur route et piste de débardage. Des animaux comme les singes, les éléphants, les gorilles et les chimpanzés se sont éloignés à cause du bruit de la coupure des arbres » Hommes de Ngolla 35
« Tout est détruit aujourd’hui et il ne reste que très peu de manguiers sauvages qu’ils détruisent aussi pour leurs pistes » Hommes de Ngolla 35.
« Aujourd’hui il faut aller très loin en brousse pour trouver un lièvre » Hommes de Ngolla 35.
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« Avant tu partais toute la journée, tu ramenais une cuvette de gros poisson. Nos grands-parents faisaient tout là-bas. Maintenant nos enfants vont vivre de quoi ? Ils n’ont même plus à manger » Jeune femme de Ngolla « Ils n’ont pas défendu d’aller dans la concession mais ils sont très nombreux et consciencieusement on n’y va pas car il n’y a pas grand chose » femmes de Ngolla « Là où est la scierie, avant tu pouvais ramener un sac de mangues, maintenant ils ont tout dégagé. Tu peux faire 40 km par jour pour rien » Jeune femme de Ngolla « Le forestier nous finit le bois des chenilles, maintenant on ne peut plus manger ça, elles sont rares » Femmes de Menziong « Depuis qu’ils coupent, il y a changement. Les escargots fuient les odeurs du gasoil, ça les tue. Les animaux fuient le ronflement des machines et les odeurs » Femmes de Parny « Il n’y a même plus des animaux, ni des poissons car les femmes des abatteurs viennent pêcher dans nos rivières et leurs hommes tendent des pièges » Femmes de Parny « Les chenilles ça a beaucoup diminué parce qu’ils coupent tous les arbres. Avant on trouvait un sac à cacao par jour maintenant une petite cuvette par jour » Femmes de Parny « On trouve beaucoup de manguiers, mais quand on coupe les Sapelli, les autres partent aussi. » Femmes de Parny « Ce qui nous embête, c’est le gaspillage des arbres à mangues et les Sapelli et ils ne nous donnent rien. On ne peut plus manger les chenilles mais ils ne donnent rien ni à la population ni individuellement. » Femmes de Parny |
Deux impacts principaux ont été identifiés : les changements dans la disponibilité du gibier et l’accroissement du niveau de commercialisation du gibier.
Bien que l’abondance de gibier soit soulignée par l’exploitant du site et d’autres acteurs de la zone (ex. MINEF), les populations villageoises rencontrées se plaignent de l’éloignement des animaux depuis le début des opérations de la C.F.C.. Ces changements conduisent les chasseurs à parcourir des distances accrues pour maintenir les prises ou bien à recourir à des chasseurs « professionnels » à qui il faut verser de l’argent. L’abondance de gibier soulignée par certains n’exclut pas que les territoires traditionnels de chasse soient perturbés par les opérations d’abattage. Le dérangement des pistes de chasse que coupent parfois les pistes forestières et voies de débardages est aussi un problème. La difficulté à trouver du gibier a un impact économique certain sur la zone puisque avec le déclin des cultures de rente, la chasse est devenue l’activité économique la plus rentable. De plus, le gibier moins coûteux que les produits de l’élevage représente la principale source de protéine animale pour les populations du Sud-Est. La nécessité d’acheter une proportion grandissante de viande affecte non seulement le budget des ménages, elle peut aussi affecter l’équilibre nutritionnel des villageois. Lorsque la demande est forte, les prix plus attractifs payés dans les marchés locaux poussent parfois les chasseurs à vendre le gibier plutôt que de le consommer ou de le vendre au tarif du village (Zouya-Mimbang, 1998). Des témoignages ont confirmé que le gibier se trouvait de moins en moins en vente le long de la route du Canton Bidjouki (axe Yokadouma – RCA). Cela ne signifie pas nécessairement que le gibier ne se vend plus mais peut-être que les circuits de commercialisation ont été modifiés.
La présence de braconniers dans le camp des ouvriers de la C.F.C. est un facteur important des changements mentionnés par les villageois. Certains sont des braconniers reconnus comme tels, qui s’installent dans le camp pour braconner dans la forêt environnante. Lorsqu’ils ne trouvent pas preneurs sur place, ils vendent en ville où les prix sont plus élevés. De plus, la proportion de jeunes hommes désœuvrés dans le camp de la C.F.C. semble élevée et ce sont souvent ces jeunes gens qui sont envoyés à la chasse pour approvisionner les familles vivant dans le camp. Ils donnent à leur famille et vendent le surplus.
Planche 7 : Gibier braconné dans le campement des ouvriers de la C.F.C

Le ravitaillement des ouvriers en viande ne se fait jusqu’à présent que par un accroissement de la pression de chasse. Les braconniers Bidjouki auraient la réputation d’utiliser des pratiques particulièrement destructrices (Zouya-Mimbang, 1998, p.19).
Il faut noter ici l’importance du rôle des grumiers dans l’accroissement de la pression de la chasse. En effet, 85% de la viande braconnée est évacuée par les véhicules des sociétés de transport de grumes. Grâce aux actions du MINEF/GTZ qui ont mené des activités de monitoring et obtenus l’affichage par les compagnies forestières de notes de services interdisant le transport du gibier, une certaine amélioration a été perçue par les services du MINEF. Toutefois, dans la lutte contre le braconnage, il est tout aussi important de viser les commanditaires du braconnage puisqu’on sait que beaucoup sont des personnes aisées parfois influentes à qui appartiennent les fusils utilisés.
A Massiang, la vente de la viande de brousse a été mentionnée par les femmes en quatrième position dans leurs sources principales de revenu après les vivres, la distillation de l’Arki (alcool de maïs germé et de manioc) et les beignets. Ceci montre que bien que la chasse soit une activité masculine, elle profite aussi à certaines femmes. C’est le cas des Bayam-sellams qui achètent la viande en brousse pour la revendre. L’une d’entre elles a cependant souligné la contrainte majeure que représente la licence trimestrielle de 140,000 CFA instaurée par le MINEF pour l’achat de la viande. Enfin, certaines femmes aussi profitent des activités de la chasse en revendant à profit la viande cuisinée notamment dans les camps d’ouvriers.
Selon plusieurs sources indirectes notamment de personnes et institutions travaillant avec les Baka, le développement du commerce du gibier entraîne chez eux une carence de protéines animales. Il est généralement vrai que les Baka souffrent de carences en protéine au cours de la saison sèche mais la présence de l’exploitation forestière accentue ces carences. De façon plus générale, les Baka entrent de plus en plus dans une économie commerçante basée sur la vente des produits forestiers et se détournent ainsi de l’autosubsistance (Abéga, 1998). Enfin, il faut aussi noter que lorsque le ravitaillement en viande diminue que ce soit chez les Baka ou les Bantou, la responsibilité de trouver une alternative comme complément au repas revient aux femmes qui voient leurs tâches accrues. Elles ont alors moins de temps à consacrer à la recherche d’un revenu monétaire et se voient marginaliser dans une économie de plus en plus monétaire.
6.1.5 Exacerbation d’iniquités économiques
Les femmes et les Baka excluent des négociations avec les compagnies forestières ne reçoivent que ce que leurs représentants veulent bien leur donner. Bien que cela soit vrai d’autres villageois, on peut dire que les femmes et les Baka sont encore plus reculés du centre de décision et sont les derniers a bénéficié de tout avantage. Dans le cas de la C.F.C., une seule réunion d’information ayant été organisée avec les seuls représentants des villages Bidjouki, une grande partie des populations riveraines a été privée des quelques avantages en nature fournis par la compagnie. Mais parmi les populations qui ont bénéficié, beaucoup de femmes rencontrées ne semblent au courant ni des cadeaux donnés par la C.F.C. en 1999, ni de l’existence des Comités de Gestion de la redevance forestière (ou en tout cas pas de leur rôle). Bien que nous n’ayons pas pu rencontrer de Baka utilisant la forêt allouée à la C.F.C., à Massiang les Baka nous ont dit ne pas savoir ce que les compagnies versent au village car ils ne reçoivent jamais rien. La prise en compte des besoins des femmes (Bantou et Baka) dans le choix des dons en nature mais surtout dans les projets à financer est pourtant une garantie d’impact sur l’ensemble des membres du foyer.
L’accroissement de marchandises et d’argent qui pénètrent dans la région entraîne une monétarisation croissante de l’économie qui contribue aussi à la marginalisation économique et sociale de certains. Pour se procurer les biens de consommation courante et les vêtements, il faut avoir accès à l’argent. Les jeunes hommes d’un village résumaient ainsi la situation : « on a plus tendance à vendre, quitte à se priver pour acheter sel, savon et autre en période de disette ». Schmidt (1998) notait la dépersonnalisation des relations quand l’échange des biens et services se fait pour de l’argent mais surtout une stratification sociale plus marquée en fonction des revenus monétaires encaissés qui faisait dire à certains Bakas ayant accès à un revenu monétaire que d’autres Baka moins riches étaient très « pygmées » et très « sales ». L’accès à l’argent est aussi plus difficile pour les femmes. L’une des seules sources de revenu monétaire pour les femmes Baka est le revenu gagné pour leur travail sur les plantations des Bantou. Elles sont le plus souvent payées en nature et le revenu monétaire maximum d’une femme Baka dans la région était estimé à 5 000 CFA par an en 1990 (Francis et al) Pour ce qui est des femmes Bantou, elles ont beaucoup plus facilement accès à un revenu monétaire mais les opportunités de gagner de l’argent sont moindre que pour les hommes et dans certains villages riverains de la C.F.C., les hommes ont noté la plus grande pression que les femmes exercent sur eux pour obtenir l’argent qu’ils gagnent. Dans des zones de la région Centre fortement exploitées par le passé, les femmes identifient la monétarisation de l’économie suite à l’intervention des compagnies forestières comme une source de dégradation de leur moyen de subsistance (Lapuyade, 1998) et il est à prévoir un phénomène similaire dans la zone d’intervention de la C.F.C. L’accès à des sources de revenu diverses étant plus réduit pour les femmes que pour les hommes, les produits forestiers non ligneux jouent un rôle crucial dans la génération d’un revenu monétaire mais aussi dans le bien-être des membres de leur foyer. La dégradation de la production de ces produits non ligneux a donc sur les femmes un effet difficile à compenser par ailleurs.
6.2 Disponibilité d’infrastructures et services
6.2.1Les routes et pistes et leur impact socio-économique
Les villages pour la plupart installés le long des axes routiers peuvent bénéficier de la proximité de la route grâce aux opportunités de transport qui peuvent se présenter que ce soit grâce au service d’une ligne de bus ou le passage de grumiers et autres véhicules pouvant occasionnellement assurer le transport des hommes ou des marchandises jusqu’aux marchés locaux. Enfin, la présence de la route permet de commercialiser une partie des vivres sur le bord de la route.
L’état des pistes et routes de la zone est de façon générale très mauvais. La C.F.C. n’a pas contribué à l’amélioration des routes et leur état contraste grandement avec la qualité des pistes à l’intérieur de la concession de la C.F.C..
Il faut souligner les nuisances générées par la construction de la piste reliant la scierie de la C.F.C. à la route principale pour les quelques habitants vivant le long de cette piste : « La poudre de la route vient ici et nous donne la maladie ». C’est généralement vrai de l’ensemble des routes de la région mais pour les groupes installés sur la route de la scierie, il s’agit d’un effet direct de la présence de la C.F.C..
L’économie locale bénéficie peu des facilités de transport que la compagnie apporte de fait. Les populations et notamment les femmes des villages riverains se plaignent de ne pouvoir se rendre dans le camp des ouvriers de la C.F.C. pour vendre leurs vivres. Le site est trop éloigné pour s’y rendre souvent à pied et l’industriel n’est pas assuré pour transporter des personnes qui ne sont pas employées par la compagnie. Néanmoins, les chauffeurs se font payer pour transporter hommes et marchandise (500 CFA de Ngolla 35 à la scierie) et la bataille semble âpre pour pouvoir saisir une opportunité de transport.
La C.F.C. n’a pour l’instant procédé qu’à un nombre limité de réalisations sociales (voir section 3.4.2). Même à l’intérieur de son propre camp de travailleurs, ni le dispensaire, ni l’école en projet n’ont été construits.
Les habitants du village de Ngolla 35 ont demandé la création d’une aire de marché au carrefour de la concession pour pouvoir capter une partie de la demande additionnelle de vivres que représente la présence de 230 nouveaux ouvriers dans la zone. Le chef d’exploitation n’était pas fermé à cette proposition mais le marché n’a jamais été créé. Les femmes du village nous ont dit ne pas comprendre ce qu’il s’était passé. Il semble en fait que le processus de négociation du choix du terrain ait été mené par quelques individus qui ont essayé de détourner le processus à leur profit en faisant dégager un terrain à leur usage privé. Cet épisode illustre la nécessité de mettre en place des mécanismes voire de structures de négociations bien pensés et ouverts à un nombre représentatif d’individus pour éviter le captage des rares bénéfices de la présence de la C.F.C. dans la région par les individus les plus influents.
L'impact des activités de la C.F.C. sur la santé se fait pour l’instant surtout sentir directement sur les populations habitant le camp des ouvriers. Ces impacts, pour la plupart liés à l’absence de volonté réelle de la compagnie d’assurer le bien-être de ses ouvriers et de leur famille, pourraient facilement être évités. Les problèmes majeurs rencontrés sont :
- des cas permanents d'amibiases, à cause du manque total d'eau potable pour les employés. La C.F.C. a creusé un puits à l’usage des habitants du camp sans avoir recours à un expert. Quand il a été constaté que l’eau était impropre à la consommation, la compagnie a procédé à un traitement de l’eau qui ne s’est pas avéré efficace. A ce jour, l’approvisionnement en eau de l’ensemble de la population du camp repose sur cette source impropre à la consommation ; les particules et dépôts contenues dans l’eau la rendent même peu attrayante pour la toilette.
- des cas d'accidents dans le chantier (en moyenne 2 à 3 par mois) tels que blessures et autres dont certains pourraient être évités par de meilleures mesures de protection.
Planche 8 : Centre de santé de Ngolla 35

Le camp ne disposant toujours pas d’un centre de santé, la C.F.C. utilise le centre de santé de Ngolla 35 pour les soins de base. La compagnie a engagé un médecin de Yokadouma pour visiter le camp des ouvriers une à deux fois par mois. Engagé de façon contractuelle sur une base privée, son rôle est limité à soigner le patient. La C.F.C. est donc seule à décider s’il s’agit d’un accident du travail ou non et cela aux dépens des employés qui voient souvent le prix des soins retenus sur leur salaire.
- les maladies sexuellement transmissibles proliférant dans le milieu en raison notamment de l’accroissement de la prostitution et l’absence de mesures de prévention et sensibilisation. Ce phénomène ne peut rester confiné au seul camp des ouvriers et les maladies s’étendent aux villages riverains de la C.F.C.. Il est urgent de prendre des mesures contre la prolifération de ces maladies.
- des cas très fréquents de rhume résultant de la pollution de l'air ambiant par des particules issues des opérations de traitement du bois. Au niveau de la scierie, on note une forte émission de particules en suspension dans l'air qui sont des copeaux ou sciures de bois rejetés en bout de chaîne de production, pratiquement 24h/24. On note en saison sèche, en zone d'exploitation C.F.C., d'importantes quantités de poussière néfastes pour la santé, qui sont générées par divers équipements de transport des grumes (camions, porte chars, etc). Par ailleurs, l'examen de la végétation des abords de route après déforestation caractérisée par d'impressionnantes couches de poussières révèle une érosion éolienne d'importance.
- des cas de hernies du fait des manipulations de lourdes charges.
- des cas de piqûres. L’absence de latrines propres poussent certaines femmes à faire le plus souvent leurs besoins dans la forêt au risque de se faire mordre par des serpents ou autres. La peur d’attraper des maladies en utilisant les quelques latrines construites par la compagnie est également un risque relevé par les habitants du camp.
6.4Impacts sur les structures politiques et sociales
6.4.1Légitimité / représentativité des comités locaux de gestion
Deux comités de gestion ont été mis en place pour gérer la part de la redevance forestière revenant aux populations locales. Ils ont été créés par décisions sous-préfectorales des 25 mai 1999 et 14 juillet 1999 (voir Annexe 12), plus d’un an après la production de l’arrêté conjoint MINEFI/MINAT.
Le premier concerne la redevance forestière sur les UFA 10-002 et 10-003 destinée au canton Kounabembe riverain de ces UFA. Le second concerne la redevance forestière sur les UFA 10-001 et 10-004 destinée aux populations riveraines des cantons Bidjouki et Mpu-Mpong. Alors que l’arrêté fait référence à six représentants de la communauté villageoise, l’Autorité de tutelle du Comité et le Maire ont préféré créer pour les cantons Bidjouki et Mpu-Mpong un seul Comité de Gestion avec 6 représentants pour l’ensemble des communautés villageoises riveraines à savoir un total de 27 villages (Le canton Bidjouki compte 19 villages tandis que le canton Mpu-Mpong en compte 8). La création d’une multitude de comités pose sans doute des problèmes d’ordre pratique en ce qui concerne la tenue de réunions trimestrielles et de la multiplication des projets à financer. Néanmoins le Comité de Gestion dans sa version actuelle pose un problème évident de représentativité des communautés concernées.
En outre, le choix de certains membres du Comité de Gestion existant relève plus de la nomination par le Maire de la commune de Yokadouma que d’un processus de concertation entre chefs de villages comme on veut nous le laisser entendre. On ne peut pas parler ici d’érosion de l’autorité des chefs mais plutôt d’un court-circuitage de leur autorité qui conduit au contrôle des bénéfices à tirer de la redevance financière par une poignée d’individus choisis de façon arbitraire. Certains villageois n’ont jamais entendu parlé du Comité de Gestion et les réalisations financées ne sont pas connues. Les femmes sont particulièrement peu au courant de l’existence du Comité de Gestion. Si elles en ont entendu parler, elles n’en connaissent pas le rôle.
6.4.2Impacts sur les structures sociales
Bien que la faiblesse des pouvoirs verticaux dans les villages de la zone forestière donne aux chefs de village un rôle de décision assez limité, le mode peu transparent de création des comités de gestion a contribué à marginaliser les chefs de village dans leur rôle de représentant de la communauté en ce qui concerne le processus de partage de la redevance forestière.
On a déjà noté (voir section 6.1.5), l’exacerbation des iniquités économiques et de la marginalisation sociale de certains groupes.
Les personnes rencontrées ont noté la création de nouveaux besoins sous l’influence de nouveaux habitants dans la zone. Il s’agit notamment de nouveaux besoins culinaires comme l’huile en bouteille ou la sauce tomate. Ces nouveaux besoins accroissent la nécessité ressentie de se procurer de l’argent et entraîne des tensions dans les ménages, le contrôle des revenus monétaires étant souvent une cause de discorde entre l’homme et la femme d’un même foyer.
La prostitution est une autre façon pour les femmes de se procurer de l’argent et les femmes des villages riverains de la C.F.C. ne semblent pas faire exception en la matière. Ce phénomène est vrai des femmes Bantou mais aussi des femmes Baka. Plus au sud les prostituées Baka moins chères (et aussi plus nombreuses que dans la zone d’activité de la C.F.C.) sont par conséquent très demandées. Le danger des maladies sexuellement transmissibles dans le camp a souvent été mentionné lors de nos entretiens et certains nous ont parlé du danger pour la famille de laisser partir un homme seul dans le camp.
Certains enfants dont les parents vivent dans les camps d’ouvriers sont parfois laissés en ville avec un membre de la grande famille. D’après le témoignage de personnes vivant à Yokadouma, certains de ces enfants sont quasiment livrés à eux-mêmes car la famille a du mal à s’en occuper.
Bien que n’ayant pas pu documenter ces changements dans le cadre de cette étude, il est probable que comme cela a été observé dans d’autres régions, les nouvelles conditions de vie économique et les rentrées monétaires générées même par une minorité entraîne des comportements économiques nouveaux tels que l’augmentation de la dot qui conduit à son tour à une augmentation de la pression de la chasse. Il en est de même des tabous sur la consommation de certaines viandes qui peuvent être ignorés au profit du gain matériel.
