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Impacts environnementaux
5.1Impacts écologiques
5.1.1Ouverture du couvert forestier
L’arbre en tombant, meurtrit, abat et écrase un certain nombre de tiges situées dans sa direction de chute. Ces tiges sont généralement de petit diamètre (10-40 cm). On observe aussi des bris et chablis qui sont essentiellement provoqués par l’écrasement du houppier sur le sol, le fût glissant sur les obstacles. Les dimensions et la forme des houppiers des arbres exploités (Sapelli, Assamela, Iroko, Tali, Sipo) dans la concession de C.F.C. sont très variables. On peut cependant approximativement estimer que selon les espèces et la taille des arbres, ils varient entre 10 et 25 mètres de hauteur et de 15 à 35 mètres de largeur et retenir une superficie moyenne de 250 m2. Par ailleurs, la presque totalité des dégâts causés au sous-bois et à l’étage dominé est le fait des grosses branches. Une partie seulement du houppier crée dans sa chute une ouverture durable du couvert. Les trouées ainsi provoquées dans le couvert forestier consécutives à l’abattage des arbres exploitées créent un nouveau type de végétation. Il a, en effet, été constaté que l’ouverture du houppier induisait une régénération naturelle abondante d’arbres de lumière à l’instar du Fraké, de l’Eyong et du Ricinodendron aux dépens des espèces ombrophiles. C’est dire qu’à long terme se produira un changement de faciès de la forêt concernée.
Nos observations dans le chantier montrent qu’un certain nombre d’arbres sont détruits, étêtés, plus ou moins déracinés ou blessés, au cours des opérations d’exploitation.
La trouée provoquée par le fût et le houppier de l’arbre abattu est plus ou moins agrandis lors de l’opération de débardage suivant le positionnement de l’arbre, la longueur du fût à débarder, la taille et la densité des arbres de part et d’autre de l’arbre abattu et de l’habileté du conducteur de l’engin.
Les dégâts provoqués par la chute de l’arbre sont nettement agrandis au niveau du sol par le déplacement et les manœuvres de l’engin de débardage, et ce d’autant plus que le nombre de pieds exploités augmente. Ces dégâts ont peu ou pas d’importance sur l’ouverture du couvert dominant et frappent surtout des tiges de petit diamètre mais dont un certain nombre, concerne de jeunes tiges d’avenir.
L’exploitation forestière de bois d’œuvre à la C.F.C. est responsable de la destruction du couvert forestier dominant. Ce déforestage est dû à la construction de la base vie et de la construction du réseau routier. Compte tenu du temps imparti, il ne nous a pas été possible d’estimer les superficies couvertes par les routes permanentes.
On note cependant autour du campement, des zones de forêt brûlée en préparation pour l’agriculture.
Planche 4 : Zone de forêt brûlée en préparation pour l’agriculture

Il y a lieu de craindre que l’espace occupé par cette agriculture de subsistance sur brûlis va s’agrandir avec l’accroissement du nombre des employés de la C.F.C.. Cette question est d’autant plus préoccupante que la concession C.F.C. se trouve dans le domaine forestier permanent où la forêt n’a de vocation autre que de production forestière. Il y a lieu pendant qu’il n’est pas trop tard de trouver une solution à l’agriculture pratiquée autour des campements ouvriers dans les concessions forestières du domaine forestier permanent. De plus, l’ouverture des routes attire de nouveaux agriculteurs itinérants qui s’installent déjà le long de la route principale et créent des champs alentour de la base vie c’est-à-dire à l’intérieur même de la concession. Cette ouverture de route favorise également le braconnage.
5.1.4Impact sur la biodiversité
Vu la grande hétérogénéité et la dynamique de régénération naturelle de la végétation dans cette zone à climat pluvieux (moyenne annuelle de 2.000 mm) et sols latéritiques, l’exploitation forestière industrielle a un impact surtout qualitatif sur la flore. Les trouées ouvertes dans la forêt pour l’aménagement des infrastructures indispensables au fonctionnement du chantier et par l’abattage des arbres choisis semblent encore raisonnables. Abandonnées, elles sont rapidement conquises par la forêt secondaire, au détriment de la forêt primaire tandis que le peuplement des cinq essences exploitées s’appauvrit en arbres adultes.
Plus de 76% des arbres exploités par la C.F.C. sont des espèces menacées. Le Sapelli et le Sipo ont été classés par W.C.M.C. dans la liste des espèces vulnérables, ce qui signifie qu’il existe un risque élevé de voir l’espèce disparaître de son habitat dans le moyen terme (WCMC ; 1998). L’Assamela est quant à lui classé comme Menacé d’extinction et le risque d’extinction à court terme est élevé. Entre 1996 et 1999, la C.F.C. a abattu plus de 10 000 pieds de Sapelli, environ 250 pieds de Sipo et 428 d’Assamella. En coupant les plus gros arbres, l’exploitation forestière élimine aussi les arbres produisant les meilleures graines. Les espèces exploitées souffrent ainsi d’érosion génétique et leur régénération s’en trouve affectée (Verbelen, 1999).
La disparition presque totale d’arbres adultes (donc les plus intéressants) chez les espèces exploitées qui jouent un rôle alimentaire ou médicinal prive la population d’une quantité appréciable de ressources végétales secondaires de subsistance ou de rente. Les populations locales ont peur de voir décimer les sapellis arbres de prédilection des chenilles ou encore les arbres fruitiers comme le manguier sauvage (Irvingia sp) et le Ricinodendron dont les fruits sont très appréciés localement. Il en est de même des arbres sacrés du corossolier sauvage, du gnetum africana et autres espèces généralement détruites (et non préservées) lors de la construction des routes et du passage des engins forestiers.
La dégradation de la biodiversité concerne également la faune. L’impact sur la faune est davantage indirect, mais très préoccupant. Des chasseurs profitent des pistes aménagées par l’entreprise pour accéder aux divers secteurs forestiers desservis et s’y livrent à une chasse intensive (piégeage, utilisation des armes à feu, de jour et de nuit) qui décime rapidement des animaux de toute espèce. En outre, le bruit des engins forestiers a fait fuir tous les primates et suidés. La construction des routes et layons limite aussi les déplacements des buffles et éléphants, les mettant ainsi à la merci des braconniers. Quant aux oiseaux ils se font de plus en plus rare. Seuls subsistent généralement les petits animaux appartenant surtout à la classe des rongeurs.
Les ressources du sol sont affectées en exploitation forestière, notamment par les opérations d'abattage et de débardage, ainsi que par la construction des réseaux routiers et des pistes de débardage associées qui entraînent, l'élimination du couvert forestier consécutif à l'abattage des arbres et génèrent diverses perturbations du sol. Par ailleurs, la nécessité d'une base vie indispensable au logement du personnel et au fonctionnement du chantier ouvre également le couvert forestier.
La configuration du sol, le niveau des pentes et les pratiques d'abattage déterminent dans une large mesure l'importance des dégâts causés au sol.
Dans le cas spécifique de la C.F.C., on note :
- de fortes pentes estimées à 15 % au minimum, rencontrées à fréquences assez régulières sur la route partant de l'entrée de la concession à la scierie, ainsi que sur diverses autres routes à l'intérieur des assiettes ;
- un nombre de pieds exploités relativement important et agrandi par des coupes d'arbres aux "sous-diamètres" ; nombre d'arbres exploités = 2/ha en moyenne ; volume commercial prélevé (m3/ha) = 11 à 12 m3/ha ; ouverture estimée de couvert (m²/ha) = 250 ; pourcentage du couvert correspondant = 2,50
- une méthode de débardage directe par tracteurs à chenilles sur distances inférieures à 300 mètres, du pied de l'arbre jusqu'au parc de chargement en bordure de route, comme c'est souvent le cas pour des forêts moyennes ou riches. Il en résulte cependant une densité élevée de réseau routier (10 à 12 km pour 1.000 ha), tandis que le chevelu complémentaire de pistes de débardage peut être estimé entre 60 et 80 mètres par hectares.
- une base de vie établie sur environ 30ha
- pour les routes principales, une largeur d'emprise moyenne de 30 m, tandis que l'on a 17 m en moyenne pour les routes secondaires, et 3,5 m pour la largeur des pistes de débardage.
- des parcs de chargement de 600 à 1.000 m².
- Une érosion importante, notamment sur les pentes entraînant des apports constants de latérite pour l'entretien des routes. Cette latérite entraîne des dérapages en saison sèche (grumeaux) et boue en saison de pluie. Des accumulations de terre provenant des parties élevées des pentes s'effectuent en contre bas, remplissant progressivement le lit des cours d'eau que l'on trouve assez souvent au bas des pentes. Cette sédimentation entraîne des perturbations dans les eaux, la pénétration du soleil affectant poissons et plantes aquatiques.
- Des trouées dans le sol, provoquées par les arbres abattus, dégâts agrandis par les manœuvres des engins de débardage. Il en résulte une compaction du sol, une destruction de la structure du sol, une réduction de l'infiltration, de l'aération et de la pénétration des racines dans le sol, et à terme l'installation du phénomène de latérisation. Les trouées provoquées dans le couvert forestier consécutives à l'abattage des arbres exploités pour une forêt moyenne à riche se situent aux environs de 7.5 à 10% par passage d'exploitation, tandis que les dégâts au sol (en % de parcelles exploitées) iraient jusqu'à 25 % (y compris ouverture des pistes de débardage).
- Une perte d'éléments nutritifs du fait de l'érosion ou des perturbations des sols et donc des difficultés envisageables de reconstitution de la végétation.
- Des perturbations du sol sur les routes principales ou secondaires du fait des grumiers surchargés et confrontés à des pentes trop fortes, obligés d'être poussés par un "chargeur". Ceci réduit également les possibilités d'infiltration des eaux et augmente l'érosion. De plus leurs pneus creusent des ornières entraînant des bourbiers.
- L'enlèvement du couvert forestier exposant le sol au soleil entraîne des augmentations de température qui assèchent le sol rendant difficile toute régénération, tandis que la microfaune est largement affectée.
Il est signalé dans la région des changements dans la saison de production des mangues sauvages et des chenilles qui auraient eu deux pics alors qu'à l'habitude l'on en connaissait qu'un seul, sans cependant que l'on ait l'impression d'une production globale accrue. Mais ce fait est pour l'instant signalé un peu plus en de ça de la zone d'opérations C.F.C..
On constate également au sein de la concession, nombre de parcelles brûlées en vue d'y installer des cultures, contre ce que prévoit la législation en la matière. Cette pratique qui entraîne une augmentation de CO2 atmosphérique, contribue comme on sait au réchauffement global. Et ce phénomène déjà perceptible aujourd'hui est appelé à s'intensifier dans la concession C.F.C. dont les opérations vont prendre plus d'envergure.
Les principaux déchets sont constitués des chutes et autres rebus issus de la scierie. Ces déchets (70 %) sont brûlés à longueur de journée à assez faible distance de l'unité de production, générant de la fumée dans l'atmosphère. La sciure quant à elle est accumulée formant des dunes à l'arrière de la scierie, qui doivent être périodiquement brûlées.
La Concession de la C.F.C. est parcourue par un nombre important de cours d’eau dont les plus importants (par ordre décroissant ) sont :
- La Bangué qui arrose les U.F.A N° 10-001 et 10-003
- La Lokomo qui arrose les U.F.A N° 10 001 et 10-004
- La Limwé qui avec ses nombreux affluents arrose l’U.F.A 10-001
- La Mvamessogo – Momwé – Bandja dans l’U.F.A N° 10-001
- La Bandja qui traverse l’U.F.A N° 10-004
- La Mwameguipé et Kapa qui arrosent l’U.F.A n° 10-002
La zone est donc suffisamment fournie en ressources hydrauliques, mais on y rencontre très peu de puits et forages modernes. Les populations locales procèdent généralement à l’aménagement de petits points ou sites d’approvisionnement en eau soit le long, soit à côté du lit du cours - d’eau. Ces points d’eau sont généralement à ciel ouvert et l’eau recueillie sert souvent aux besoins de la cuisine. En ce qui concerne la toilette, les habitants prennent quotidiennement leur bain à même la rivière, à proximité des ponts et / ou grands axes de circulation.
L’avènement de l’exploitation forestière est venu quelque peu perturber leur mode de vie. En effet, les techniques de construction des ponts forestiers (ponts trois bois) qui laissent un faible diamètre de passage de l’eau d’amont en aval, et parfois même coupent littéralement les cours d’eau, provoquent ou créent des sites de stagnation d’eau.
Planche 5 : Pont forestier dans la concession de la C.F.C. et cours d’eau bloqué


La qualité de l’eau stagnante est généralement impropre à la consommation humaine. Les sites de stagnation deviennent de plus propices au développement des moustiques vecteurs de nombreuses maladies. Enfin, l’eau stagnante contient très peu d’oxygène et beaucoup plus de C02 qui est peu propice au développement du plancton et des poissons. Les captures de poissons dans la zone aux dires des habitants, deviennent de plus en plus maigres et la ressource halieutique elle-même se raréfie, situation unanimement déplorée par les populations riveraines de la concession.
