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Introduction

Illustrative image Introduction LES PAYS DE LA RÉGION d’Afrique Centrale, baignée par le gigantesque fleuve Congo et ses affluents, sont riches en ressources naturelles — pétrole, diamants et autres minerais, et forêts. Mais, en dépit de toutes ces richesses, les populations de ces pays sont parmi les plus pauvres du monde et leurs gouvernements demeurent lourdement endettés auprès d’institutions multilatérales et auprès des anciennes puissances coloniales.

Les six pays d’Afrique Centrale dont il sera question dans ce rapport — le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale et le Gabon — possèdent tous de vastes étendues de forêt dense humide qui ont de tous temps fourni les moyens d’existence, les matériaux de construction et les substances médicinales de millions de gens dépendant de la forêt. Les gouvernements de ces pays, souvent contraints par des créanciers multilatéraux ou bilatéraux à suivre des politiques strictes d’ajustement structurel et de libéralisation, encouragent l’exploitation industrielle du bois dans la plupart de leurs zones forestières, tandis qu’il n’est pas donné aux populations locales l’occasion de prendre part de façon significative aux décisions sur la façon dont on pourrait utiliser au mieux les ressources de la forêt. Même si les gouvernements et les créanciers encouragent activement les investissements privés transnationaux dans la filière forestière, ils ont peu fait pour définir un cadre pour contrôler ces intérêts privés. Les lois sur la forêt et l’environnement, qui réglementent un peu ces activités, manquent souvent de clarté et sont rarement appliquées. De là des politiques forestières qui, d’une part, entament les moyens de subsistance et accroissent l’insécurité des populations locales, et, d’autre part, facilitent la domination de sociétés financièrement non responsables.

Les sociétés transnationales ne devraient pas extraire leurs activités du contexte politique — au sens large — au sein duquel elles opèrent. Les conflits politiques à l’intérieur d’un pays ajoutent à la difficulté d’y exercer une activité et posent en outre des problèmes d’éthique en ce qui concerne le soutien apporté directement ou indirectement à des factions ou des régimes répressifs. Les revenus de la filière bois peuvent aviver directement les conflits, comme cela a été le cas au Libéria et au Cambodge. Si l’exploitation des forêts avance à l’intérieur des zones d’Afrique Centrale qui connaissent des conflits, les problèmes politiques, sociaux et économiques seront aggravés, surtout si les pratiques forestières aveugles et illégales continuent de prédominer. Par ailleurs, les pratiques de coupe contraires au développement durable génèrent une insécurité — par la perte du droit d’accès aux ressources forestières et la diminution des ressources alimentaires — qui peut elle aussi, à plus long terme, être à l’origine de conflits.

Forests Monitor estime qu’il devrait exister un cadre réglementant les activités des sociétés transnationales, à la fois dans les pays où se déroulent leurs activités et dans les pays où elles ont leur siège social, afin de favoriser la responsabilisation financière de ces entreprises et de mettre au cœur de leurs actions les besoins et les droits des populations pour lesquelles la forêt est vitale. En Afrique, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les manquements aux droits de l’homme, le poids de la dette et les dégradations de l’environnement. Il faut soutenir ces mouvements, afin qu’ils puissent jouer un rôle croissant dans la définition et la mise en place d’objectifs de développement équitable, dans le respect des moyens d’existence et du savoir des populations qui sont dépendantes de la forêt.

Ce rapport examine le contexte politique, social et économique des politiques de gestion forestière dans chacun de ces six pays d’Afrique Centrale, et s’intéresse plus particulièrement aux sociétés forestières transnationales qui ont leurs activités dans ces pays et leur siège social dans l’Union européenne. L’intérêt porté à cette question est motivé par trois constatations. Premièrement, l’Union européenne continue de jouer un rôle important en Afrique Centrale, au plan politique comme au plan économique, modelant ainsi directement et indirectement les politiques de développement et de protection de la forêt. Deuxièmement, les sociétés d’exploitation forestière dont le siège social se trouve dans l’Union européenne continuent d’être des acteurs importants de la filière forestière dans la région, car elles contrôlent la plupart des concessions forestières et des scieries et ont un rôle actif dans les forums internationaux où est débattue la question de la gestion forestière dans la région. Troisièmement, l’Union européenne continue d’être la première destination pour les exportations de produits du bois à partir de la région. Pour ces raisons, les Etats membres de l’Union européenne et les institutions multilatérales dont ils font partie peuvent et doivent jouer un rôle stratégique en mettant en place des principes durables auxquels les activités des sociétés ayant leur siège dans l’Union européenne se réfèreraient.