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Partie III: Profils de sociétés

Les groupes européens (de l’UE) décrits dans cette section ont été choisis parce qu’ils contrôlent tous de larges espaces forestiers en Afrique Centrale. Il ne s’agit pas de sociétés œuvrant exclusivement ou principalement dans l’industrie forestière ; cependant, elles sont toutes actives dans la transformation du bois — tout en ayant, pour beaucoup d’entre elles, implanté leurs usines de première transformation en Europe. Les pays producteurs ayant décidé récemment d’encourager la transformation sur place, beaucoup des sociétés concernées commencent seulement à augmenter significativement leurs investissements dans les pays où elles exploitent le bois.

Le tableau 1 de la page 11 présente l’ensemble des compagnies de l’UE et leurs activités en Afrique Centrale. Les cartes des pages 34 à 39 et les tableaux correspondants en annexe permettent, selon les informations disponibles, de localiser les concessions de ces sociétés. Les informations contenues dans ce rapport proviennent principalement de documents et d’articles publiés, de sources officielles et de visites de terrain. Pour chaque groupe est fourni un aperçu de la société mère, suivi par une description des activités liées à la forêt dans chaque pays d’Afrique Centrale où il opère. Toutes les précautions ont été prises afin de vérifier la véracité des informations, cependant les données sont souvent difficiles à obtenir ou contradictoires. Nous serons heureux de recevoir toute correction ou mise à jour ainsi que toute information sur les groupes de l’UE dont les activités n’ont pas été incluses dans ce rapport.

Les sociétés

Alpi
Basso
Bolloré
Bruynzeel
Danzer
DLH Nordisk
Feldmeyer
Interwood
Pasquet
Rougier
SAFI
Sonae
Thanry
Vasto Legno
Wijma
Wonnemann


ALPI

Alpi Spa est une des principales sociétés italiennes d’exploitation forestière. Elle est spécialisée dans la production de panneaux à base de bois et est fortement présente dans l’industrie du bois au Cameroun et en Côte d’Ivoire.1 Les ventes d’Alpi en 1998 se sont élevées à 120 millions de dollars, contre 69 millions en 1996. Bien qu’elle soit cotée à la Bourse de Milan, la compagnie est largement contrôlée par la famille Alpi.2

Cameroun

Alpi exploite depuis plus de 20 ans le bois au Cameroun, où elle opère par l’intermédiaire de deux filiales, Alpicam et Grumcam (voir ci-contre). Les principaux intérêts commerciaux de la société sont le placage et le contreplaqué3 et ses unités de transformation à Bonabéri près de Douala sont les plus importantes et parmi les mieux équipées au Cameroun. En 1996-97, les filiales d’Alpi ont produit 202 000 m3 grumes dont 61 000 m3 ont été exportés.4 Selon des statistiques officielles non publiées, la compagnie exportait environ 10 000 m3 de contreplaqué et 30 000 m3 de feuilles de placage par an à la fin des années 1990.5

Alpi semble vouloir conserver d’importantes activités commerciales liées au bois au Cameroun, surtout en tant que transformateur du bois mais aussi en tant que compagnie d’exploitation de la forêt. La compagnie est en train d’agrandir encore ses installations déjà importantes à Bonabéri6 et elle a récemment obtenu une nouvelle concession de taille importante, portant le total des concessions attribuées à Alpi à plus de 214 261 hectares. Elle achète aussi des grumes à des tiers pour alimenter ses unités de transformation.7

Au début des années 1990, un rapport d’experts produit pour le compte de l’Organisation internationale des bois tropicaux concluait que la gestion de la forêt dans les concessions d’Alpicam et Grumcam n’était pas durable, en partie en raison de la loi forestière de l’époque.8 Comme pour la plupart des entrepreneurs au Cameroun, il reste encore au groupe à démontrer qu’il s’attache à pratiquer une gestion durable de la forêt.

Alpicam

Les installations d’Alpicam à Bonabéri ont une capacité de transformation de 120 000 m3 de bois par an.9 En juillet 2000, la société s’est vue octroyer une nouvelle concession, l’UFA 10-026,10 couvrant une surface de 128 449 hectares dans la province de l’Est.11

Grumcam

Alpi a acheté Grumcam à la société allemande Danzer (voir Danzer) en 1992.12 Par l’intermédiaire de Grumcam, Alpi possède une unité de transformation près de Mindourou dans le département de Kadey dans la province de l’Est. Cette unité a une capacité de transformation de 47 000 m3 par an.13 Grumcam jouit actuellement d’une concession (UFA 10-051) d’une superficie de 85 812 hectares. Cette concession lui a été octroyée en 1997 et la compagnie prévoit d’exploiter, jusqu’en juin 2001, deux subdivisions de l’UFA appelées assiettes de coupe, ce qui représente la moitié de ce qui est prévu par la loi forestière.14 En décembre 1999, une visite d’inspection du ministère des forêts (MINEF) dans la province de l’Est concluait que Grumcam devrait être félicitée d’être la seule compagnie inspectée qui gère ses activités dans le respect de la loi forestière.15 Quoique les constatations du rapport de l’enquête ne soient pas claires, l’équipe du MINEF recommandait qu’une assiette de coupe supplémentaire soit « exceptionnellement » attribuée à la société pour éviter que ses activités ne deviennent illégales.16 L’équipe notait que la société n’avait pas élaboré ses premiers plans d’aménagement, alors que sa filiale affirme que ses plans sont prêts et qu’ils attendent d’être approuvés depuis plus d’un an.17


BASSO

Basso Legnami Srl est une compagnie forestière italienne. Petite entreprise familiale, elle emploie 40 personnes en Italie et, en 1999, son chiffre d’affaires était de 10 millions d’euros (8,5 millions de dollars). Ses marchés principaux sont l’Union européenne et les Etats-Unis. Elle est spécialisée dans la production de grumes, de bois de construction et de revêtement de parquets.18

Gabon

Basso Timber Industries Gabon (BTIG)

Les activités d’abattage et de transformation de Basso au Gabon se font sous le nom de Basso Timber Industries Gabon (BTIG). BTIG emploie 484 personnes et son chiffre d’affaires en 1999 était de 9 millions d’euros (7,7 millions de dollars).19 Les concessions octroyées à la société couvrent un total de 450 000 hectares et la capacité de transformation des grumes de la compagnie est de 80 000 m3 par an.20 Elle est spécialisée dans la production de grumes, de bois scié et de placage. Elle prévoit d’établir dans le pays des projets de production de contreplaqué, de produits contreplaqués, de parquet et d’électricité.21

Basso avait autrefois des liens avec la Compagnie Forestière du Gabon (CFG),22 compagnie forestière partiellement détenue par le Gabon, mais ces liens sont maintenant coupés.23


Bolloré

Le groupe Bolloré est un conglomérat français coté à la Bourse de Paris. Bolloré Investissement (anciennement appelé Albatros Investissement) est la société mère du groupe et Vincent Bolloré est le président-directeur général des deux sociétés.24 Le groupe Bolloré est puissant en Afrique, et a des intérêts dans de multiples secteurs, y compris le transport de marchandises, le bois, l’industrie agro-alimentaire ainsi que la production et le marketing de cigarettes. Grâce à des achats d’industries stratégiques, au cours des dernières dix années, le groupe est devenu le deuxième conglomérat franco-africain, après la compagnie pétrolière, Elf-Total, et la société est liée au plus haut niveau aux intérêts politiques français dans la région.25

Intérêts autres que le bois en Afrique

Environ 65 % du chiffre d’affaires de Bolloré provient du secteur des transports.26 Saga et SDV (Scac Delmas Vieljeux) sont les sociétés principales du groupe dans ce secteur. Elles sont toutes les deux leaders du transport et de la circulation des marchandises, notamment entre l’Afrique et l’Europe, l’Afrique et l’Asie (le bois étant une des cargaisons principales sur ces parcours)27 et en Afrique même. La mainmise de Bolloré sur le transport maritime et terrestre en Afrique va être renforcée par l’achat proposé de la compagnie britannique OT Africa Line,28 qui est un des leaders du transport maritime de bois de l’Afrique Centrale et d’Afrique de l’Ouest principalement vers l’Europe, mais aussi vers l’Asie orientale et les Etats-Unis. Bolloré détient aussi Bolmet Inc. aux Etats-Unis 29 qui est chargé de gérer les chemins de fer au Cameroun et au Congo (Brazzaville) ainsi que la voie ferrée entre Abidjan en Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. La société gère aussi le port de Bangui.30

Les intérêts commerciaux de Bolloré dans le secteur agro-alimentaire proviennent principalement de sa filiale Rivaud. Ils comprennent l’huile de palme, le tabac, le caoutchouc, le café et le cacao, surtout en Afrique (et notamment au Cameroun) et en Asie du Sud-Est. Grâce à Rivaud, qui détient le distributeur de bois dur GIPAT, Bolloré est intéressé par l’achat de l’entreprise camerounaise Socopalm, ancienne entreprise semi-publique de production d’huile de palme, récemment privatisée.

Les liens entre les secteurs du transport et du bois

Les synergies entre les divers intérêts commerciaux de Bolloré en Afrique et les possibilités que lui offrent sa présence dominante dans la région sont illustrées par les intérêts du groupe dans le secteur du transport et de l’exploitation forestière. En 1998, lors du plan d’investissement et de privatisation des chemins de fer camerounais autorisé par la Banque mondiale et s’élevant à 90 millions de dollars (le prêt de la Banque mondiale était de 15 millions), l’exploitation de l’entreprise a été concédée à la Saga, filiale de Bolloré dans le secteur du transport. La compagnie ferroviaire Camrail tire une grande partie de ses revenus du transport des grumes. Une autre filiale de Bolloré, la société d’exploitation forestière HFC (Forestière de Campo) (voir ci-contre) a obtenu un contrat pour l’approvisionnement du chemin de fer en grumes en juin 2000.31 Les liens entre l’approvisionnement en bois de la compagnie ferroviaire, le financement de la Banque mondiale et les sociétés forestières de Bolloré sont source d’inquiétudes.32 Un accord espéré entre Camrail et le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) pour mettre en place des mesures de prévention du transport par le train de viande de gibier obtenue illégalement ne s’est jamais matérialisé.33

Bolloré détient aussi une participation majoritaire dans l’ancienne entreprise para-étatique camerounaise SEPBC (Société d’Exploitation des Parcs à Bois du Cameroun). Cette dernière gère le dock principal de Douala, par lequel plus de 90 % des exportations officielles de bois du Cameroun transitent,34 ainsi que le petit port de Kribi qui a récemment été développé pour satisfaire aux besoins d’un accroissement des cargaisons de bois.

Le groupe Bolloré participe au commerce du bois en RCA grâce à ses opérations d’entreposage et de transport, en opérant le transport fluvial de bois de Bangui à Brazzaville et Pointe Noire au Congo (Brazzaville) voisin.35

Le groupe Bolloré participe à la gestion du chemin de fer Congo-Océan de Brazzaville à Pointe Noire, une voie de transport traditionnelle pour le bois.36 Non seulement le chemin de fer représente l’axe économique du pays, mais il était aussi d’une importance stratégique immense dans le cadre de la guerre civile.37 Grâce à ses intérêts dans la région, le groupe Bolloré soutient le camp du Président Sassou Nguesso à un niveau élevé.38

Au Gabon, une des principales sociétés de transport de Bolloré, SDV, détient la majorité dans l’ancienne compagnie para-étatique de transport maritime Sonatram (Société Nationale des Transports Maritimes).39 Bolloré gère les opérations de manipulation du bois dans les quatre ports marchands spécialisés dans le bois du Gabon à travers la société SEPBG.40

Cameroun

Au début des années 1990, Bolloré a acheté des filiales qui possédaient quant à elles deux sociétés d’exploitation du bois au Cameroun : la HFC (Forestière de Campo), dont les concessions sont dans le sud-ouest du pays, et la SIBAF (Société Industrielle des Bois Africains), dont les concessions se trouvent dans le sud-est41 (voir ci-contre). Bolloré a fait le nécessaire pour que des journalistes internationaux visitent les chantiers d’exploitation de la SIBAF et de la HFC lors du Sommet de Yaoundé sur la Forêt organisé par le WWF en 1999.42 Bolloré est en discussion avec le WWF et Tropenbos (le programme néerlandais de recherche sur la forêt tropicale) au sujet de la gestion durable de la forêt et la société a récemment pris la décision de chercher à obtenir une certification du Conseil de gestion durable des forêts (FSC) pour les concessions de la HFC et de la SIBAF.43 Si ces sociétés obtiennent la certification du FSC, le groupe aura dû faire des progrès considérables pour résoudre les sérieux problèmes juridiques, environnementaux et sociaux liés aux pratiques actuelles de gestion de la forêt au Cameroun.

HFC (Forestière de Campo)

La HFC opère dans la province du Sud où la société détient une superficie totale de 162 790 hectares de concessions à l’intérieur et autour des aires protégées de Campo Ma’an et de la réserve de Campo. Elle a deux concessions : l’UFA 09-024 (76 002 ha), octroyée en juillet 2000, et l’UFA 09-025 (86 788 ha).

La HFC a produit 169 000 m3 de grumes en 1996-97 et en a exporté 82 000 m3. 44 Elle possède une scierie à Campo dont la capacité de traitement est de 60 000 m3 par an.45 La société exploite principalement l’Azobé. Selon la société, la production annuelle maximale est habituellement de 120 000 m3 de grumes et 15 000 m3 de bois scié.46

La majorité des exportations de la société partent directement de la baie de Campo. Elles représentaient environ 5 % des exportations officielles totales de bois du Cameroun au cours de l’année financière 1995-96.47 Pendant des décennies, la HFC était le seul concessionnaire d’une certaine importance autour de Campo et par conséquent la ville dépend entièrement de la continuation des activités de la HFC pour survivre. Par conséquent, à moins que la société ne s’engage vers une gestion durable de la forêt dans la zone, Campo pourrait subir le même sort que d’autres villes forestières qui souffrent de l’effondrement de leur économie une fois que le « boom » de l’exploitation forestière est terminé. HFC s’est donné mauvaise réputation au niveau local en ne tenant pas sa promesse d’améliorer le transport des habitants des villages de Nazareth et N’Koélon.48

SIBAF (Société Industrielle des Bois Africains)

La SIBAF contrôle actuellement deux concessions couvrant un total de 134 765 hectares dans la province de l’Est. Il s’agit de l’UFA 10-018 (65 832 ha), octroyée en juillet 2000 et de l’UFA 10-063 (68 933 ha). Ces concessions se trouvent dans des forêts primaires qui sont importantes à la fois d’un point de vue biologique et culturel, près de l’ancienne concession de la société à Kika, qui fait maintenant partie de l’aire protégée du lac Lobéké.49 En 1996-97, la société a produit 162 000 m3 de grumes dans le département de la Boumba Ngoko et elle en a exporté 46 000 m3.50 La scierie de la SIBAF à Kika a une capacité de traitement de 60 000 m3.51 L’essence la plus exploitée est l’Ayous. Comme pour la HFC, la production maximale habituelle de la société est d’environ 120 000 m3 de grumes et 15 000 m3 de bois scié.52 En mars 2000, la SIBAF a été condamnée à une amende de 6 millions de francs CFA (7 999 dollars) pour le mauvais marquage des coursons.53

L’économie de Kika, un petit village de 25 personnes il y a seulement 10 ans, devenu aujourd’hui une ville d’environ 6 000 habitants, s’est développée grâce aux activités de la SIBAF.54 Un grand nombre d’habitants sont venus d’autres régions du pays pour travailler pour la compagnie. Cet afflux a contribué à perturber les peuples Baka et Bangando dont les territoires traditionnels se trouvent dans cette partie de la forêt.55 La construction de la voirie forestière et la circulation qui en résulte a grandement facilité la chasse du gibier, et une conséquence de l’accroissement de la population de Kika a été la création d’un marché important pour la viande de gibier.56 Une enquête menée par le ministère camerounais des forêts, MINEF, et l’agence de développement allemande, GTZ, en 1999 dans la province de l’Est sur la présence d’armes à feu, a révélé la présence de 146 armes à feu non autorisées dans la concession de la SIBAF. Ces armes provenaient du Congo (Brazzaville).57 Ces armes illégales représentent une menace pour la sécurité des populations locales ainsi que pour la faune, et notamment les éléphants et les gorilles.

Avec l’épuisement quasi-total des anciennes concessions de la SIBAF, la ville risquait en 1999 de connaître un déclin brutal qui ne dépendait que de l’octroi de nouvelles concessions à la SIBAF.58,59 Cette année-là, la moitié de la population a quitté la ville en raison du ralentissement des activités et du licenciement d’ouvriers.60 La SIBAF a maintenant obtenu deux concessions dans la zone, et elle pense que grâce à la nouvelle législation et aux pratiques de gestion durable de la forêt, il n’y a aucune raison pour que les concessions soient épuisées à l’avenir, ce qui offre une plus grande sécurité de l’emploi.61

République Centrafricaine

La SESAM (Société d’Exploitation Forestière de la Sangha-Mbaéré) qui jouit de l’une des plus grandes concessions forestières en RCA, appartenait autrefois à la filiale du groupe Bolloré, Saga. Au début des années 1990, la SESAM a fait un gros emprunt (dans le fond plutôt une subvention) auprès du gouvernement français pour préparer un plan d’aménagement de la forêt.62 Mais n’ayant pas de capacité propre suffisante, cette tâche a été en fait réalisée par le gouvernement français. On ignore si le plan prend en compte, ou s’il n’a jamais eu l’intention de prendre en compte, les besoins des habitants sédentaires et nomades de la forêt. La SESAM a deux concessions en RCA, l’une de 107 000 hectares octroyée en 1991, l’autre de 307 000 hectares octroyée en 1995, dans une région où vit une population importante de Pygmées.63 Depuis que la société d’exploitation forestière malaisienne, la WTK,64 a acquis 51 % de la SESAM65 au milieu des années 1990, on ne sait pas précisément si ce plan d’aménagement est en place.

Bolloré opérait en République Centrafricaine par l’intermédiaire de l’EFBACA (Entreprise Forestière des Bois Africains Centrafrique) — une filiale de la principale société d’exploitation forestière en Côte d’Ivoire. Elle avait une concession de 200 000 hectares dans la province de Sangha.66 On ne connaît pas le statut et le propriétaire de l’EFBACA.


BRUYNZEEL

Bruynzeel est un groupe néerlandais spécialisé dans la production de panneaux fabriqués à base de bois (principalement le contreplaqué d’Okoumé) par l’intermédiaire de son département Bruynzeel Multipanel, et la production de meubles de cuisine, par l’intermédiaire de Bruynzeel Keukens en Kasten. La société opère sous le nom de Bruynzeel Multipanel (U.K.) Ltd, au Royaume-Uni, Bruynzeel Multipanel N.V en Belgique et Bruynzeel Multipanel GmbH en Allemagne.

Congo (Brazzaville)

Boplac

Au cours des années 1980, Bruynzeel détenait la société Placongo avec le gouvernement néerlandais (par l’intermédiaire de FMO, l’agence de développement du gouvernement néerlandais) et le gouvernement du Congo. Placongo a été restructurée en 1990 et a changé de nom — la société s’appelle maintenant Boplac.67 Les actions de la nouvelle société sont détenues par Bruynzeel (43,5 %), la société danoise DLH Nordisk (43,5 %) (voir ci-contre) et la société allemande M & P Pruchtnow (13 %).68

En 1997, Boplac a produit 43 000 m3 de grumes à partir de ses cinq concessions (500 000 ha en tout) dans la région de Lékoumou,69 au sud du pays. La plus grande partie de ce bois était de l’Okoumé. Boplac est le premier producteur de produits de placage au Congo et en 1997 sa production était de 23 000 m3.70 En raison des difficultés à exercer ses activités dans le contexte politique difficile du Congo (Brazzaville), la compagnie a enregistré des pertes en 1998.71

Gabon

En 1999, Boplac a importé au Congo (Brazzaville) voisin des grumes du Gabon afin de pouvoir poursuivre l’activité de ses installations de production de produits de placage. Ces dernières ne parvenaient pas à s’approvisionner totalement à l’intérieur du Congo en raison des activités de la milice.72


DANZER

Entreprise forestière d’envergure mondiale, le groupe Danzer est avant tout une entreprise allemande, détenue par l’intermédiaire du holding suisse, ANBE.73 Le chiffre d’affaires du groupe Danzer était de 900 millions de deutschemarks en 1998 (392 millions de dollars).74 Danzer, un des premiers producteurs et fournisseurs de placages dans le monde, produisait environ 150 millions de m2 par an au début des années 1990.75 Moins de 10 % des ventes du groupe proviennent des bois tropicaux. La plupart du bois tropical utilisé dans les produits de placage provient d’Afrique, tandis qu’une quantité limitée vient d’Asie et qu’aucun bois ne vient d’Amérique latine.76

En Europe, l’essentiel des activités de Danzer est réalisé en Allemagne (notamment par Danzer Funierwerke, basé à Reutlingen), en Autriche (Karl Danzer Ges.m.b.H.), en Belgique (Coplac), en France (Jura Placages), en Suède (Fanérimporten), et au Royaume-Uni (Karl Danzer Ltd).77, 78 Les activités de Danzer en Suisse sont réalisées par l’intermédiaire de Interholco.79 Les filiales telles que Coplac en Belgique, achèteraient leur bois à partir de sources extérieures au groupe.

Danzer a aussi des activités en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale. Les activités en Afrique de l’Ouest sont principalement réalisées par la SIFCI (Société Industrielle et Forestière de Côte d’Ivoire) en Côte d’Ivoire.80

Cameroun

Danzer a vendu sa filière principale au Cameroun (Grumcam) en 1992. La société italienne Alpi détient maintenant la majorité des actions de Grumcam (voir Alpi).

République Démocratique du Congo (RDC)

SIFORCO (Société Industrielle et Forestière du Congo)

La SIFORCO est la société principale de Danzer opérant en RDC. A l’époque de Mobutu, la société était connue sous le nom de Siforzal (Société Industrielle et Forestière Zaïre-Allemande). 81 Au début des années 1990, la société produisait 40 % de la production industrielle nationale de grumes (alors d’un total de 500 000 m3 par an)82 et environ la moitié des 200 000 m3 de grumes exportées par an.83 Elle produit la majorité des exportations de placage du pays, lesquelles sont principalement constituées de Sapelli. La production de Siforco a diminué d’abord en 1996 et 1997, n’étant alors plus que 140 000 m3 de grumes par an, et encore plus en 1998, avec une production totale de 105 000 m3 par an. La société a aujourd’hui cessé ses activités d’abattage en RDC en raison des combats accrus dans la région.

L’institution allemande d’investissement et de développement, DEG, a une participation de 33 % dans la SIFORCO (15,5 millions de deutschemarks, 6,8 millions de dollars).84 Le rôle de la DEG, en tant que branche du ministère de développement allemand (BMZ) est de mettre en œuvre la politique gouvernementale de développement. Leur participation dans une société d’exploitation forestière soulève des questions quant au rôle pro-actif que la DEG joue auprès de Danzer pour l’encourager à pratiquer une gestion durable de la forêt. DEG affirme qu’elle promeut certains aspects d’une exploitation durable dans le cadre de sa coopération continue avec Danzer.85

SIFORCO a deux unités de transformation en RDC. La plus récente est à Bumba, la deuxième à Maluku près de la capitale, Kinshasa, à l’extrémité navigable du cours du fleuve Congo.86 Grâce à sa filiale de transport, Cotraco,87, 88 Danzer a pu continuer ses activités indépendamment des caprices de l’ONATRA, compagnie d’Etat chargée du transport fluvial.

Depuis 1983, SIFORCO a eu accès à neuf concessions couvrant au total 2,9 millions d’hectares, 60 % sont dans la province de l’Equateur près de Bongondanga et Bumba et le reste se trouve dans la province de l’Orientale, près d’Aketi. La plus grande concession dont jouit SIFORCO (K9), couvrirait une superficie d’un million d’hectares entre Bumba et Basako sur la rive droite (nord) du fleuve Congo près de Lokoko.

Danzer se présente elle-même comme une société responsable, affirmant : « Nous essayons de ne pas considérer l’écologie et l’économie comme des forces incompatibles » et « Notre succès nous a toujours permis de prendre nos responsabilités sur le plan social ».89 Toutefois, les activités du groupe n’ont pas fait l’objet d’un audit social et environnemental indépendant qui pourrait vérifier ces affirmations. Si on en juge par ce que l’on sait de la situation sur le terrain, la réalité des impacts semble plus complexe. Des critiques formulées par les défenseurs des ressources naturelles ont incité la société récemment à faire des efforts pour contrôler certains des impacts environnementaux de ses activités, notamment concernant la chasse commerciale du gibier (voir ci-dessous).

Une enquête sur les activités de SIFORCO par un défenseur des ressources naturelles menée en 1998 dans la concession de Mentole, sur la rive sud du fleuve Congo, a dévoilé des problèmes sociaux et environnementaux. L’enquête révélait que les affirmations de la société selon lesquelles elle fournissait du millet, du riz et du manioc à ses employés étaient réfutées par les populations locales. De plus, bien que la société affirmait fournir des soins médicaux gratuits à ses employés et aux membres de leurs familles ainsi que l’accès gratuit à l’éducation pour les enfants, le personnel du dispensaire était constitué seulement d’infirmières, et aucun docteur n’était disponible, tandis que les parents devaient payer les frais de scolarité et employer l’instituteur par l’intermédiaire d’une coopérative.90

Pour ce qui est de la durabilité pour l’environnement, les activités d’exploitation forestière de Danzer ont conduit directement ou indirectement à un déclin des populations de bonobos, une espèce rare et menacée de primates ne se trouvant qu’en RDC et dont des populations viables se trouvent principalement aux environs des rivières Lomako et Yekokora.91 ,92 L’une au moins des concessions de la société se trouve près d’une forêt qui contenait auparavant de fortes densités de bonobos.93 On estime que la population de bonobos est de 10 000 à 25 000 animaux. Danzer a cherché à contrecarrer les efforts des défenseurs des ressources naturelles en se procurant à l’avance une région importante de forêt au sud de Bumba pour laquelle les défenseurs des ressources naturelles voulaient une protection juridique.94 Bien qu’en 1989 Danzer ait rendu au gouvernement 821 000 hectares situés entre les rivières Lomako et Yekokora, la société a néanmoins continué à abattre des arbres dans cette région.95

Les enquêtes menées en 1998 révélaient que les équipes d’abattage dans l’une des concessions de la société transportaient des chasseurs de gibier dans la forêt et que les employés de la société utilisaient les équipements et moyens de transport de la société pour faciliter la chasse et le commerce du gibier.96 A la suite de ces enquêtes, Danzer a pris des mesures pour réduire son rôle indirect dans la facilitation de ce commerce, en donnant l’ordre formel aux employés de cesser leur participation à ces activités. Avec l’aide d’organisations de conservation, la société a également mis en place des programmes d’éducation environnementale pour ses employés afin de leur faire prendre conscience, au niveau local, des problèmes liés à la chasse illégale et non durable de la faune.97 La société prend également part à des initiatives au niveau international concernant le commerce illégal de gibier.

Congo (Brazzaville)

IFO (Industrie Forestière d’Ouesso)

Danzer possède une filiale dans le nord du Congo (Brazzaville) qui s’appelle IFO (Industrie Forestière d’Ouesso).98

SCBO

En août 1999, Danzer a acheté au gouvernement congolais l’ancienne entreprise para-étatique appelée SCBO. Cette transaction portait sur une scierie et une unité de production de placage dans le nord du Congo. La société a aussi acquis l’UFA — Est concession d’une superficie de 1,3 million d’hectares reliée à la scierie. La société est en train de rénover la scierie, qui n’était pas opérationnelle et en mauvais état, et il était prévu que la production débute à l’automne 2000. La société prépare aussi un plan d’aménagement pour la concession.99


DLH NORDISK

DLH Nordisk A/S, qui appartient au groupe Dalhoff, Larsen et Horneman (DLH), est une société maritime et d’exploitation forestière danoise. Au mois de janvier 2000, la société a acquis l’EAC Timber Ltd, pour former l’une des plus grandes sociétés indépendantes de commerce du bois au monde.100

DLH Nordisk se procure du bois en Afrique, en Europe de l’Est et en Amérique du Sud. EAC achète du bois surtout en Asie de l’Est mais aussi en Afrique et en Amérique du Sud. En 1998, le chiffre d’affaires des activités liées au bois de DLH et EAC étaient d’environ 1 milliard de couronnes danoises (114 millions de dollars). En 1999, les bénéfices du groupe étaient de 538 millions de couronnes danoises (61 millions de dollars). Le groupe a des filiales commerciales en Belgique (Indufor), en France (Indubois et Nordisk Bois), aux Pays-Bas (Indufor), au Royaume-Uni (DLH Timber) et aux Etats-Unis (DLH Nordisk).101

La société DLH Nordisk élargie en Afrique Centrale comprend des bureaux d’achat au Cameroun, au Congo (Brazzaville) et au Gabon.102 Elle achète du bois aux exportateurs de la région mais elle n’exporte pas elle-même. DLH Nordisk cherche à développer les ventes de bois acheté dans la région.103

La déclaration de politique environnementale de DLH affirme que la société vise à faire le commerce de bois et de produits dérivés de bois exploité de façon durable et qu’« au grand minimum, les produits de DLH sont conformes aux obligations légales, y compris les clauses de la loi sur l’environnement ».104 La compagnie affirme qu’elle tient à respecter les normes de certification FSC, aussi bien dans ses activités propres, au Brésil et au Ghana par exemple, que pour ses fournisseurs. Le groupe apporte son soutien à des fournisseurs au Brésil, en Pologne et en Russie pour qu’ils obtiennent la certification FSC.105 Mais étant donné les révélations récentes concernant les pratiques illégales à grande échelle, courantes dans le secteur de la foresterie au Cameroun en particulier, et l’absence de mise en œuvre effective des lois forestières dans le Bassin du Congo en général, il n’est pas possible de prouver que le bois acheté actuellement par le groupe en Afrique Centrale provienne de sources de production légales ; la société fait face à de grandes difficultés pour améliorer la qualité des activités dans le secteur en Afrique Centrale, où elle agit en tant qu’acheteur de bois et en tant que gestionnaire de la forêt.

Cameroun et RCA

En mai 2000, DLH a ouvert un bureau d’achat à Douala pour couvrir la RCA et le Cameroun. Le bureau achète FOB « aux exportateurs les plus fiables » et a pour but d’aider DLH à accroître son chiffre d’affaire sur le bois dur en provenance d’Afrique Centrale.106

Congo (Brazzaville)

Un petit bureau de DLH Nordisk SARL opère dans la ville congolaise de Pointe Noire pour l’acquisition de grumes de bois dur, de bois scié et de placages pour les marchés européens, nord-américains et asiatiques.107 Mais la guerre civile au Congo (Brazzaville) a affecté les activités du bureau. La direction danoise a quitté le pays, le cadre danois a été affecté au nouveau bureau de Douala et en juillet 2000 les affaires étaient gérées par un seul employé local.108

Boplac

DLH Nordisk détient 43,5 % de Boplac (voir le chapitre sur Bruynzeel) mais en raison des difficultés politiques au Congo (Brazzaville), l’entreprise a enregistré des pertes en 1998.109 Comme les activités de la milice au Congo empêchaient de poursuivre les activités d’abattage, en 1999, Boplac importait des grumes à partir du Gabon voisin afin de continuer à alimenter son unité de production de placages.110

Gabon

DLH Nordisk a un bureau à Libreville pour l’acquisition de grumes de bois dur à destination de l’Europe et de l’Asie.111


FELDMEYER

Hinrich Feldmeyer GmbH & Co est basée en Allemagne.112 Au niveau international Feldmeyer produit et vend du bois tropical en provenance d’Afrique (sous le nom HIF) essentiellement en association avec tt Timber International (une société suisse), mais aussi avec tt Tropical Timber basé au port de La Rochelle en France et le Néerlandais, Tropisch Hout Nederland.

Cameroun

Feldmeyer opérait autrefois sous le nom de CIFOA (Compagnie Industrielle et Forestière de l’Ouest Africain), une société d’exploitation forestière dont la production annuelle moyenne à la fin des années 1980 était de 70 000 m3 de grumes et 15 000 m3 de bois scié.113 CIFOA exploitait une tige par hectare sur un cycle d’abattage de 25 ans.114 La société a été vendue en 1988. Feldmeyer a récemment créé une SAT (Société d’Approvisionnement et de Transit), à Douala.115

Congo

CIB (Congolaise Industrielle du Bois)

La filiale de Feldmeyer au Congo est la CIB dont le siège est à Ouesso.116 Feldmeyer a une participation majoritaire dans la CIB qui a été créée en 1968 et tt Timber International y détient une participation minoritaire.117 La société a été la seule opération commerciale qui ait été couronnée de succès de façon constante dans le nord du pays.118


La CIB a trois concessions couvrant 1,15 million d’hectares dans le nord du pays. Il s’agit de Pokola, qui est sa base principale (480 000 ha), de Kabo (280 000 ha) et de Loundougou (390 000 ha), cette dernière étant gardée en réserve pour une exploitation ultérieure.119 Les concessions sont situées dans une forêt humide d’une grande diversité biologique. La région possède un riche héritage culturel, puisqu’elle abrite un nombre relativement important de chasseurs-cueilleurs, tels que les Mbendjele et les Baka, ainsi que de nombreux groupes d’agriculteurs-pêcheurs sédentaires de langue bantou et ubangian, notamment les Sangha Sangha, les Bongili, les Kabounga, les Pomo et les Kaka.

La production annuelle est à l’heure actuelle de 250 000 m3, dont environ 60 % sont transformés dans deux scieries à Kabo et Pakola.120 La société exporte environ 100 000 m3 de grumes et 40 000 m3 de bois scié chaque année.121 Les deux essences les plus exploitées sont le Sapelli et le Sipo.122

La CIB faisait autrefois flotter ses grumes jusqu’à Brazzaville et les envoyait ensuite à Pointe Noire par le train. Ce parcours est devenu si peu sûr (en raison de la guerre civile et de la détérioration du chemin de fer) que la CIB a été obligée de construire à partir de Pokola une route de 150 kilomètres pour rejoindre le réseau routier camerounais, afin de pouvoir exporter ses grumes à partir du port camerounais de Douala.123 Cela a permis à la CIB de maintenir sa production, même au cours de la récente guerre civile, à la différence des autres opérateurs européens du pays (voir Congo (Brazzaville)). Cependant, la route a aussi facilité le commerce de la viande de brousse dans la région.124

La plupart des populations locales apprécient, paraît-il, la CIB. Il existe cependant un certain ressentiment de la part de certains groupes locaux qui pensent que leur héritage traditionnel est exploité sans redistribution adéquate des bénéfices. Cependant, la CIB est aussi perçue comme l’agent local de développement et fournisseur de services de base,125 ce que le gouvernement a eu du mal à faire. Les conditions d’emploi et de vie qu’elle procure seraient bonnes et elle opère dans le respect de la loi.126 Les concessions sont voisines du parc national de Nouabalé-Ndoki et abritent une importante population de Pygmées dont un certain nombre travaillent pour la CIB et non pour les villageois bantous.127 Le succès de la CIB a attiré de nouveaux venus dans la localité et, d’un petit village de pêche de 120 habitants en 1972, Pokola est devenu l’un des centres principaux du nord du Congo, avec une population d’environ 8 000 habitants.128 Le développement des activités dans la région a considérablement accru la pression sur les ressources naturelles et, d’après une étude de la Banque mondiale, la faune a été en grande partie décimée dans un périmètre de 20 kilomètres autour de Pokola.129

Les activités de la société sont considérées comme étant parmi les plus économiquement durables et les mieux gérées en Afrique Centrale.130 Cependant, les activités de la CIB n’ont pas échappé aux critiques. Les services fournis à Pokola sont de grande qualité, mais ils sont fournis essentiellement pour les employés basés en ville et la mesure dans laquelle les autres personnes de la localité ont accès à ces services est variable.131 De plus, la fourniture de services encourage les étrangers à venir s’installer à Pokola, au moins temporairement, afin de bénéficier de ces services. Cela accroît la demande de nourriture en provenance des zones de forêt autour de Pokola. Une étude menée par l’Union Mondiale pour la Conservation de la Nature (UICN) en 1996 concluait que les droits fonciers coutumiers, les droits d’accès aux ressources et les systèmes de gestion des ressources, surtout ceux des Pygmées, se dégradent dans la concession de Pokola. De plus, la chasse commerciale a été facilitée indirectement par les activités de la société et on signale souvent le transport de viande de brousse par des chauffeurs de camions de la CIB.132 L’étude notait que la société n’avait pas de plan d’aménagement forestier et qu’elle n’avait pas non plus réalisé d’inventaire après l’exploitation. En réponse à cela, la société a affirmé que les plans d’aménagement forestier dans le sens moderne du terme n’existent pas encore en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale et que cela ne pouvait donc pas être considéré comme un échec de la part de la CIB.133 La CIB a reconnu l’utilité de l’évaluation des activités de la société faite par ce rapport vis-à-vis des standards de gestion durable de la forêt établis par le FSC et l’Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT).134 L’étude concluait que, sur 53 critères de gestion durable de la forêt, la CIB en remplissait entièrement ou partiellement seulement 34 et que 16 critères n’étaient pas remplis.135 D’après la société, des mesures ont été prises immédiatement en vue d’améliorer la situation.136

La société a une grande influence dans la région et n’accueille pas favorablement les critiques. Elle a invité certains défenseurs des ressources naturelles à visiter ses projets pilotes en 1999, à condition d’approuver la composition de l’équipe de visiteurs. Jusqu’à aujourd’hui cette visite n’a pas encore eu lieu.137 En 1996, la société aurait utilisé son influence pour empêcher une personne susceptible d’émettre des critiques de visiter sa concession.138

Des missions de terrain récentes dans les concessions de la CIB réalisées par l’ONG internationale de conservation, le Fonds Mondial pour la Nature (WWF), concluaient que la société avait encore du chemin à faire pour démontrer son engagement envers la gestion durable de la forêt selon les normes du FSC.139 La société prend seulement les meilleurs arbres (environ un par hectare) mais des dégâts considérables sont causés sur la forêt environnante. La CIB a été exhortée à prendre des mesures pour conserver les Sapelli en raison des problèmes de régénération probables à la suite de l’extraction des meilleurs arbres. Le WWF a aussi exprimé son inquiétude face à la quantité de forêt ouverte par la société qui trace des pistes dans des zones relativement étendues pour extraire un petit nombre d’arbres cibles. La mission de terrain signalait que la société faisait des efforts insuffisants pour valoriser d’autres essences. Le WWF complimentait cependant la société sur ses techniques d’abattage et ses capacités techniques à améliorer encore ses activités et faisait l’éloge de la collaboration avec l’ONG américaine Wildlife Conservation Society (WCS) sur la chasse du gibier.140

Ces dernières années, la CIB a reçu une attention favorable concernant ses activités de lutte contre la chasse commerciale, notamment pour une initiative menée en collaboration avec WCS (voir ci-dessous). La société a pris des mesures pour décourager la chasse et éviter l’exploitation commerciale de la viande de brousse dans ses concessions. Elle a créé un programme d’éducation pour les populations locales et distribué des instructions à ses employés de ne pas chasser illégalement les espèces menacées. Un « protocole d’accord » a été signé à cet effet en 1995 par les membres des communautés locales de Pokola et Ndoki et par la CIB.

Un accord de partenariat entre la CIB, le WCS et le Ministère de l’économie de la forêt (MEF) a été signé en juin 1999, consolidant les efforts réalisés pour créer des unités d’aménagement de la forêt comme zones tampons du parc national de Nouabalé Ndoki et réduire les prélèvements de chasse dans la zone des concessions.141 Le parc, géré par WCS, est considéré être d’une importance considérable en raison de sa grande diversité biologique. Dans les deux zones pilotes, WCS affirme que la chasse a diminué de 60 %.142 Cependant, des témoignages récents dans la communauté avoisinante de Pokola, qui est le plus grand village résultant de l’exploitation forestière dans la région, semblent indiquer que les chasseurs auraient tout simplement déplacé leurs activités vers d’autres parties de la forêt.143

La CIB recherche activement une certification et affirme que pour parvenir à mener des activités durables, elle a besoin d’une grande concession. Elle détient ainsi maintenant trois concessions couvrant un total de plus d’un million d’hectares et elle est en train de mener, en collaboration avec WCS, un inventaire approfondi de la faune dans ses concessions.

Les aspects sociaux de la durabilité, tels que le paiement de compensations aux populations locales pour la perte de produits forestiers non-ligneux, la participation des populations locales à la gestion et la prise de décision et la protection des droits fonciers locaux, pourraient s’avérer représenter un plus grand défi pour la société. WCS et la CIB sont sceptiques sur les capacités des populations locales à gérer les ressources de manière responsable.144 En partie en raison de cette conviction, WCS emploie des éco-gardes armés de fusils automatiques pour effectuer des patrouilles dans la zone tampon et le long des pistes forestières autour du parc. Cela est très impopulaire auprès des populations locales qui voient cela comme une violation choquante de leurs droits coutumiers.145

Dans certains cas, des braconniers notoires d’éléphants sont employés comme éco-gardes pour tenter de les retirer du circuit du braconnage. Dans le passé, il a été signalé que ces gardes intimidaient souvent les populations locales et qu’ils autorisaient leurs anciens collègues braconniers à passer gratuitement aux postes de contrôle mais confisquaient les petites quantités de gibier attrapées par les populations locales. Ce système a créé une méfiance et des antagonismes entre certains employés à la défense des ressources naturelles et les populations locales. Dans certains endroits, le système a renforcé la position des braconniers ayant les meilleures relations et auxquels on commande de chasser des trophées.146 Si on ne s’attaque pas à ces problèmes de manière ouverte et transparente, en s’appuyant sur la contribution des populations locales, cette initiative potentiellement positive pourrait ne pas porter les fruits escomptés.

Tout en reconnaissant les contributions de la CIB à la fourniture de services locaux et son approche de partenariat avec WCS pour ce qui est des questions de chasse commerciale, il semble que la société ait encore du chemin à parcourir avant de pouvoir fournir à des sources indépendantes la preuve d’une gestion durable de la forêt. Bien que la société soit meilleure que d’autres sociétés dans la région, la réputation affligeante de nombreux autres opérateurs ne devrait pas servir de référence aux sociétés s’efforçant vraiment de parvenir à une gestion durable de la forêt. Il semble que la prochaine étape pour pouvoir porter des jugements sur les mérites ou les points faibles de ces activités devrait être un audit et une vérification indépendante des bénéfices et des impacts de l’initiative commune de CIB/WCS et des activités de la CIB par des experts acceptables par toutes les parties.


INTERWOOD

Le Groupe Interwood SA est une société française qui était encore récemment une filiale du conglomérat Pinault Printemps Redoute.147 Les détenteurs principaux sont maintenant présentés comme suit : DF Synergies (40 %), Siti Sté d’Investissements et de Transactions (40 %) et M. Gueit (19 %).148 Le chiffre d’affaires présenté pour cette société à la fin de l’année 1999 était de 28 808 000 dollars.149 Interwood opère au Cameroun et au Gabon.

Cameroun

Interwood Cameroun SARL

La compagnie d’Interwood au Cameroun est Interwood Cameroun SARL, qui mène des activités d’abattage, de transformation et de commerce international de grumes et de bois scié.150 D’après un rapport de presse de 1999, le permis d’exploiter d’Interwood a été renouvelé cette année-là par le ministre des forêts et la société a été contactée par BOTAC (une compagnie forestière camerounaise) au sujet d’un éventuel partenariat.151 On ne sait pas quelles sont les concessions détenues par Interwood Cameroun SARL.

Coron

Interwood a récemment acquis les intérêts de EGTF RC Coron au Cameroun.152 Coron opère au Cameroun depuis 1938. Avant son acquisition par Interwood, Coron était une entreprise familiale présentant des liens étroits avec la classe dominante française, son directeur général représentant des intérêts français au Cameroun.153 Depuis le rachat récent de Coron par Interwood on ne connaît pas la structure de la direction.

Coron détient actuellement deux concessions (UFA 08-001 et 08-002) d’un total de 136 760 hectares dans le département de la Haute-Sanaga dans la province du Centre. La société a des installations d’une capacité de transformation de 48 000 m3. En 1996-97, elle a produit 40 677 m3 de grumes dont 20 131 m3 ont été exportés.154 Coron exporte du bois (allant des grumes jusqu’aux produits semi-finis) essentiellement vers l’Europe, à la fois directement et par l’intermédiaire de revendeurs, et tout particulièrement d’une compagnie française expatriée, la FCA (Forestiers Camerounais Associés).155

Coron a obtenu ses concessions en 1996 par décret présidentiel (procédure de gré à gré) et, non par une procédure d’appel d’offres comme l’exige la loi de 1994. Son contrat ne prévoit pas de plan d’aménagement ou de période d’essai.156 Obtenir une licence par cette voie permet aux sociétés de contourner la loi de 1994.157 La Banque mondiale a exigé, mais en vain, que le gouvernement du Cameroun annule tous les contrats pour les concessions obtenues de façon contraire à la loi de 1994. En décembre 2000, Coron a été condamné à une amende de 16 783 308 francs CFA (21 815 dollars) pour l’exploitation non autorisée de certaines espèces.158

Gabon

Société de la Haute Mondah (SHM)

Interwood possède la Société de la Haute Mondah (SHM) au Gabon, l’un des plus grands opérateurs du pays.159 La société détiendrait environ 300 000 hectares de concessions. Une visite de terrain sur le chantier de la SHM à Mboumi en juin 2000 par l’ONG gabonaise CIAJE a révélé que les dirigeants avaient accès à l’eau potable grâce à un château d’eau construit spécialement à cet effet, mais que les ouvriers devaient marcher plus d’un kilomètre pour atteindre une rivière polluée avec des substances chimiques utilisées pour traiter le bois. L’enquête concluait : « En effet, cette rivière est un dépotoir ou une poubelle des résidus de bois et d’autres détritus ».160 Le camp des ouvriers était mal construit et vulnérable aux précipitations et aux affaissements de terrain.161 Des enquêtes sur le terrain ont révélé que le dispensaire sur le chantier de Mboumi n’avait aucun médicament, même pas d’analgésiques de base et qu’il manquait de personnel qualifié et de services de base.162 Le rapport de cette visite de terrain décrit la situation concernant l’enseignement comme catastrophique, le personnel étant incompétent. En 1998-99, le taux de succès scolaire était de moins de 10 %. En conséquence, les ouvriers envoient leurs enfants à l’école de Ndjolé, à environ 40 kilomètres.163 Le rapport note aussi les dégâts causés par les engins lourds, à savoir l’érosion du sol sur les pentes et le gaspillage excessif de bois.


PASQUET

Pasquet est un fabricant de matériaux de construction basé en France (ventes annuelles de 40 millions de dollars).164 La société contrôle une partie de son approvisionnement en matière première par l’intermédiaire de R. Pallisco, sa filiale d’exploitation forestière au Cameroun. Elle est surtout connue pour sa gamme de portes et fenêtres de bois dur.165 Le Moabi est la matière première principale de Pasquet.166 Cette essence présente aussi depuis longtemps une grande valeur pour les populations locales (voir encadré.

Cameroun

R. Pallisco

Depuis qu’elle a commencé l’exploitation forestière en 1972, R. Pallisco, la filiale de Pasquet au Cameroun, détient seule ou grâce à des associés, comme SABE notamment, des concessions couvrant plus de 700 000 hectares dans la province de l’Est.167 En 1996-97 Pallisco et SABE produisaient un total de 79 287 m3 de grumes dont 35 892 m3 étaient exportés.168 Pallisco a une scierie à Massaména d’une capacité de transformation de 45 000 m3 par an.169

N’ayant pas réussi à obtenir une nouvelle concession lors de la série d’attributions de juillet 2000, Pallisco n’a plus de concessions en propre, mais la société exploite au nom d’autres sociétés, à savoir les sociétés camerounaises Assene Nkou et AVEICO. L’UFA 10-039, comptant 47 585 hectares dans la province de l’Est a été attribuée à Assene Nkou.170 L’UFA 10-041 qui couvre 64 460 hectares dans le département de la Boumba et Ngoko dans la province de l’Est a été attribuée à AVEICO. Depuis de nombreuses années, Pallisco est le leader de l’exportation de Moabi au Cameroun.171

Lors des récentes séries d’attributions, Pallisco était en quête d’autres concessions dans lesquelles la société avait l’intention de développer des pratiques de gestion durable de la forêt. La société a aussi œuvré à un programme de substitution de la viande de brousse à Mindourou. Elle a également exprimé un intérêt pour l’achat de produits provenant des activités de forêts communautaires si la création de ces dernières était réussie (voir Cameroun). Cependant, comme Pallisco n’est pas parvenu à obtenir des concessions en propre, il reste à voir dans quelle mesure la société peut mettre en œuvre une gestion durable de la forêt dans les concessions où elle agit en tant que sous-traitant.


ROUGIER

Le groupe Rougier SA est une compagnie d’exploitation forestière qui opère en Afrique Centrale depuis 50 ans et représente l’un des principaux exploitants forestiers de la région.172 Le groupe est coté à la Bourse de Paris mais appartient à 46,3 % à la famille Rougier.173 Rougier produit environ 500 000 m3 par an en Afrique Centrale, les grumes représentant 43 % de son chiffre d’affaires et environ 442 millions de francs français (57,5 millions de dollars).174

Le groupe Rougier est divisé en trois divisions principales : exploitation forestière et transformation en Afrique ; commerce international du bois et importation vers la France ; et transformation du bois en France.175

Ses filiales commerciales et d’importation françaises sont Rougier International, Rougier Panneaux et Rougier Sylvaco. Rougier Panneaux distribue du contreplaqué. Ses produits sont composés de bois provenant d’un large éventail d’essences, notamment l’Okoumé du Gabon et l’Ayous du Cameroun.176 Rougier Sylvaco fait le commerce et l’importation du bois.177

Ses divisions de transformation françaises sont Marotte et CEPAM. Marotte est l’un des principaux producteurs français de produits de placage et panneaux de décoration en bois,178, 179 tandis que CEPAM est spécialisé dans la production de revêtements de sols et murs et de bordures, surtout pour le marché français.180, 181


Cameroun

En travaillant par l’intermédiaire de plusieurs sociétés, Rougier est l’une des plus grandes entreprises au Cameroun. Ses sociétés comprennent la SFID (Société Forestière et Industrielle de la Doumé), basée à M’bang et Dimako ; Cambois (Société Camerounaise des Bois), basée à Djoum et la SID (Société Industrielle de Djoum), qui opère dans le sud de Dja. Rougier a une participation de 25 % dans la TIB (Transformation Intégrée de Bois) ; SIM (Société Industrielle de Mbang) est une filiale de TIB, qui détient 100 % de son capital.182

Rougier comme d’autres sociétés européennes au Cameroun, travaille étroitement avec des sociétés appartenant à des ressortissants camerounais, telles que Lorema et Socib. Rougier sous-traite aussi pour des sociétés camerounaises et achète du bois à des tiers pour ses scieries. En plus de l’exploitation de ses UFA, l’entreprise exploite aussi des surfaces moins étendues allouées pour des périodes de temps plus courtes, à travers les ventes de coupe et les récupérations (voir Cameroun). L’entreprise Rougier admet que l’exploitation de ces petites surfaces sur un temps limité ne permet pas la mise en œuvre d’une gestion durable des forêts.183

Rougier a produit des plans d’aménagement forestier pour ses concessions au cours des deux dernières années, mais ces derniers ne sont toujours pas achevés.184 En attendant, ses activités actuelles ne révèlent pas de progrès vers une gestion durable sur le long terme. Le directeur du groupe, François Rougier, disait dans un article de l’an 2000 paru dans la presse du secteur industriel que les activités d’abattage en Afrique au cours des 40 dernières années avaient de façon générale été similaires à des activités d’exploitation minière.185

SFID (Société Forestière et Industrielle de la Doumé)

Rougier détient 56 % de la SFID,186 société créée en 1955 et qui a été la première société européenne à exploiter la forêt dans la province de l’Est.187 Elle possède des installations de transformation à M’Bang et à Dimako, d’une capacité de production respective de 120 000 m3 et 50 000 m3 par an.188 La SFID a une concession de 68 292 hectares (UFA 10-054) dans les départements du Haut Nyong et de Kadey, à Lomié et M’Bang.189 Elle exploite aussi des surfaces plus petites avec des licences d’une durée plus courte. La SFID achète également à des tiers et agit en tant que sous-traitant pour des compagnies qui ont des licences. Les activités de la SFID se sont déplacées plus loin vers les forêts primaires de l’est,190 à mesure que ses sources de bois s’épuisaient. Elle a exploité plus de 360 000 hectares depuis sa création en 1955.191

L’une des conséquences de cette « migration » de l’exploitation forestière est l’augmentation de la densité de la population qui en découle. La population de la ville de M’Bang est passée de 14 000 en 1985 à 23 000 en 1989 en raison du développement des activités d’exploitation forestière. Ces changements augmentent les pressions sur l’environnement naturel.192

La SFID transforme, entre autres, le Moabi,193 qui est utilisé traditionnellement par les populations locales (voir encadré). Dans la région autour de Dimako, où la SFID a exploité la forêt dans le passé, le Moabi a maintenant disparu.194 Les habitants de M’Bang se sont plaints de l’abattage des Moabi près des villages. En 1993, un directeur de la SFID aurait dit « si nous voyons un Moabi, nous l’abattrons, même s’il se trouve près des villages ou s’il est en deçà des diamètres minimums... » 195 D’après la société, le Moabi représente seulement un pourcentage limité de la production de la SFID. 196

En 1991, les aînés de M’Bang ont écrit à Jean-Christophe Mitterrand, le fils du président français de l’époque, François Mitterrand — Mitterrand fils avait ouvert la scierie de la SFID à M’Bang en 1989197 — pour se plaindre des activités de la SFID dans la région et des manquements de la société à ses obligations envers les populations locales.198,199 Ils se plaignaient notamment de ce que la SFID avait brûlé du bois déchet au lieu de permettre aux villageois de l’utiliser.200 La société dit qu’elle n’est pas au courant de cette correspondance.201

SFID a bénéficié directement et indirectement de subventions, de prêts et d’autres formes d’aide de la part du gouvernement français et de l’Union européenne. Un projet de gestion durable de la forêt, le projet Aménagement Pilote Intégré (API), a débuté en 1992 à Dimako, avec la SFID comme partenaire industriel.202 L’agence de développement du gouvernement français, la Caisse française de développement (CFD, maintenant appelée Agence française de développement, AFD) et le Ministère de la coopération ont tous les deux participé financièrement à ce projet. Le projet a permis à la SFID d’obtenir une concession de 100 000 hectares particulièrement riches en essences commerciales, pour une durée de 30 ans.203 L’investissement de 56 millions de francs français (7,3 millions de dollars) prévu par Rougier, comprenait les 13 millions de francs (1,7 million de dollars) empruntés auprès de la CFD.204

Bien que le projet API soit supposé mettre en place une gestion durable de la forêt avec l’attention portée aux populations locales qui s’impose, l’exploitation de la forêt s’est déroulée rapidement. Le projet a attiré beaucoup de critiques au niveau local et il est devenu très controversé. Les villageois ont envoyé des lettres de protestation au gouvernement du Cameroun et au Président Biya.205 Même des fonctionnaires du Ministère des forêts, le MINEF, se seraient opposés au projet.206 La société ne comprend pas comment cela serait possible puisque le MINEF était co-signataire du projet.207 La société n’a pas réussi à remplir ses engagements en ce qui concerne la production d’un plan d’aménagement. D’après un consultant associé au projet, aucune règle de gestion de la forêt n’ayant été établie au niveau local, SFID était libre de faire ce qu’elle voulait.208 En raison de ces problèmes-là et des nombreux conflits survenus avec les populations locales, comme par exemple le blocage des routes, la deuxième phase de financement du projet a été gelée.209

En juillet 2000, une mission officielle du MINEF a découvert que la SFID abattait des arbres en dehors des limites d’un permis de récupération (ARB 167) près de Ngoro, dans la province du Centre. Il a été mesuré que la largeur de la récupération était de 4 kilomètres à partir de la limite ouest jusqu’au dernier parc à bois en activité, alors qu’elle aurait dû être de 2 kilomètres. 210

CAMBOIS (Société Camerounaise des Bois)

Rougier détient 57 % de CAMBOIS. 211 Lors de l’attribution de nouvelles concessions en juillet 2000, CAMBOIS s’est vu octroyer l’UFA 10-038, l’une des plus grandes concessions du pays avec 145 176 hectares alors que parmi les quatre sociétés soumissionnaires pour cette concession, CAMBOIS est celle qui a obtenu le score le plus bas pour la qualité technique de son dossier (voir Cameroun).212,213

En juin 2000, le MINEF a lancé des poursuites officielles contre CAMBOIS pour la destruction des marques utilisées par l’administration (Loi 94/01, art. 150) et le refus d’obéir aux injonctions des agents du MINEF (Loi 94/01, art. 162).214

En décembre 2000, CAMBOIS a été condamnée à une amende de 79 963 608 francs CFA (103 940 dollars) pour l’exploitation hors de sa concession.215

TIB (Transformation Integrée de Bois)

Rougier possède 25 % de TIB, qui a une scierie d’une capacité de transformation de 50 000 m3 de grumes par an.218 SIM (Société Industrielle de Mbang) est une filiale forestière détenue à 100 % par TIB.219 On pense que la SFID (voir plus haut) et SIM sous-traitent pour TIB et fournissent des grumes à la société.220 En décembre 2000 SIM a été condamnée à une amende de 10 311 122 francs CFA (13 402 dollars) pour ne pas avoir respecté les normes d’exploitation.221

République Centrafricaine

Rougier possédait autrefois la SCAD (Société Centrafricaine de Déroulage),222 mais elle l’a vendue en 1984223 et SCAD appartient maintenant à un ressortissant de la RCA d’origine syrienne.

Congo (Brazzaville)

Mokabi

Rougier a récemment acquis la concession Mokabi d’une surface de 370 000 hectares et prévoyait qu’elle serait complètement opérationnelle fin 2000.224,225 La concession se trouve près du parc national de Nouabalé-Ndoki et le long de la frontière avec la RCA. Les conditions sont paraît-il si généreuses que la société prévoit de récupérer ses dépenses d’investissement en deux ans (voir Congo (Brazzaville)).226

Gabon

Rougier Gabon

Rougier détient 86 % de Rougier Gabon,227 l’une des plus grandes sociétés opérant dans le pays, et il est estimé qu’elle détient environ 700 000 hectares.228 Sur une année moyenne, elle produit 350 000 m3 de bois.229 L’unité de production de contreplaqué de Rougier à Owendo a une capacité annuelle de transformation de 40 000 m3. La société prévoit de nouveaux investissements pour cette unité à compter de 2001.230

Rougier Gabon développe actuellement deux plans de gestion de la forêt, qui doivent être terminés en 2001.231 Mais les activités de Rougier au Gabon ont été critiquées par les défenseurs des ressources naturelles, parce que la société est revenue sur sa parole à propos d’un accord qu’elle avait signé avec l’UICN en 1995 pour gérer et préserver la forêt humide d’Ipassa-Mingouli.232 Cette forêt primaire de 500 000 hectares se trouve le long de la rivière Ivindo dans le nord est du Gabon, entre deux chutes d’eau spectaculaires qui lui ont servi de barrières naturelles. Rougier a une concession qui couvre une partie de la région, et malgré l’accord signé avec l’IUCN de ne pas l’exploiter, la société a tracé des routes dans la zone et a commencé à l’exploiter malgré les protestations au niveau local et à l’étranger.233 On dit que Rougier a cherché à obtenir un décret présidentiel confirmant son droit d’exploiter la zone (les volontés du Président sont au-dessus de la loi).234 Un survol de la région par des défenseurs américains des ressources naturelles en septembre 1998, a révélé que les lots 12 et 13 avaient été assez fortement exploités, l’exploitation dans le lot 13 semblant être « rapide, intense et très destructive. Il semble qu’environ 28 700 hectares aient déjà été exploités ».235

En réponse aux critiques, la société a signé le 11 février de 1998, avec le ministère gabonais des eaux et des forêts, une convention déclarant les chutes de Mingouli comme aire protégée.236 D’après Rougier, la société a rétrocédé au gouvernement 6 750 hectares de concessions pour préserver totalement le site de Mingouli et pour assurer sa protection.237

La réserve de la Lopé au Gabon a également fait l’objet d’une controverse (voir Gabon). En raison du manque de clarté de son statut, des licences d’exploitation ont été octroyées alors qu’il s’agissait d’une aire protégée au sein de laquelle l’exploitation forestière était interdite. Suite à la pression importante exercée au niveau international, Rougier et Leroy Gabon (voir ci-dessous) ont abouti, en juillet 2000, à un accord pour cesser l’exploitation dans la réserve. Rougier a accepté de céder au gouvernement 18 000 hectares du lot 31 situé dans la réserve de la Lopé et a proposé que le Mont Iboundji soit classé comme sanctuaire.238

La France et l’Union européenne semblaient prêtes à lancer, au cours de l’année 2000, le financement pour la construction d’une route praticable toute l’année reliant la région nord du Gabon, qui est relativement isolée, au Cameroun et au chemin de fer Transgabonais à Ndjolé. 239 Rougier, seule société française d’exploitation forestière opérant près de la route, en bénéficierait, tout comme la société malaisienne, Rimbunan Hijau. Rougier a également une participation directe et indirecte (par l’intermédiaire de SNBG — voir) dans le chemin de fer Transgabonais.


SAFI

SAFI SL est une société espagnole basée à Valence.240 Elle détient une concession forestière et une usine de transformation en Guinée Equatoriale. La concession couvre 30 000 hectares, situés dans le département de Mongomo — Welenzas. La société exporte du bois vers l’Espagne, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas.241


SONAE

Le groupe Sonae, dont le siège social est au Portugal, est le plus gros producteur au monde de planches en bois, devant Georgia Pacific et Louisiana Pacific aux Etats-Unis.242

Sonae est un groupe diversifié de sociétés comprenant un nombre important d’entreprises du bois toutes liées les unes aux autres telles que Tafisa en Espagne, Glunz en Allemagne et Isoroy en France. Le groupe Sonae détient 85 % de Sonae Industria, qui détient lui-même 87 % de l’Espagnol Tafisa (Tableros y Fibras SA) qui, à son tour, a acquis 97 % de l’Allemand Glunz en 1999.243 Par l’intermédiaire de Glunz, Tafisa détient le Français Isoroy (que Glunz a acheté en 1992 à la société française Pinault, laquelle fait maintenant partie du groupe Pinault Printemps Redoute). Isoroy, le plus grand producteur de contreplaqué tropical, est la société mère d’un certain nombre d’entreprises opérant dans le Bassin du Congo, dont Leroy Gabon est la plus importante. Isoroy fait depuis longtemps l’objet de critiques de la part des défenseurs de l’environnement. Son acquisition récente par Sonae pourrait marquer le début d’une approche respectant mieux l’environnement au Gabon (voir ci-contre), si le nouveau propriétaire prend des mesures concrètes pour obtenir une gestion durable et acceptable de la forêt sur le long terme.

Cameroun

Isoroy et la société française Becob (qui appartient maintenant au groupe Pinault Printemps Redoute) avaient des parts minoritaires dans l’entreprise para-étatique camerounaise SOFIBEL,244 qui a été privatisée en 1993 à la suite de sérieux problèmes de mauvaise gestion.

République Centrafricaine (RCA)

Par l’intermédiaire de Leroy, Isoroy avait une participation majoritaire dans SICA Bois (Société Industrielle Centrafricaine) qui jouissait d’une concession de 100 000 hectares en RCA.245

Guinée Equatoriale

La principale filiale locale de Sonae, Compañia Ecuatoguineana de Okumé, n’était pas en service au cours de l’année 1998.246 Isoroy opérait en Guinée Equatoriale et y achetait du bois au milieu des années 1990.247 A la fin des années 1990, Isoroy a cherché à acheter des concessions qu’il avait déjà exploitées mais a finalement renoncé, contrarié par les relations de Rimbunan Hijau avec le Ministre des forêts (voir Guinée Equatoriale). Finalement, la succursale de Rimbunan Hijau, Shimmer, a obtenu l’accès à ces concessions pour elle-même.248

Gabon

Leroy Gabon

La filiale d’Isoroy, Leroy Gabon, a été créée en 1976.249 Au cours de l’année 1997, Leroy Gabon jouissait de concessions d’une surface totale de 654 000 hectares et produisait 154 000 m3 de grumes.250 Avec une production d’Okoumé représentant 7 % de la production nationale d’Okoumé, Leroy Gabon est la troisième plus grande société d’exploitation forestière du Gabon.251, 252 Jusqu’au début des années 1990, Isoroy détenait aussi une majorité de la SHM (Société de la Haute Mondah) (voir Interwood)

L’un des projets de prestige national les plus controversés de l’ancien président français François Mitterrand, la Bibliothèque nationale de Paris, a utilisé d’énormes quantités d’Okoumé fournies par Leroy Gabon.253 Leroy Gabon a essayé de marquer son bois comme provenant de forêts gérées de façon durable mais il n’a pas obtenu beaucoup de crédibilité jusqu’à présent. La société a créé son propre label de qualité, le « label Eurokoumé »,254, 255 et s’est vue attribuer un certificat préliminaire du FSC, mais cette certification s’est rapidement révélée injustifiée et le certificat a été retiré en 1997.256

Leroy et un certain nombre de sociétés forestières établies au Gabon et détenues par des capitaux étrangers, notamment NSG et Rougier, ont eu pendant de nombreuses années des concessions qui couvraient une partie de la réserve de la Lopé.257 La réserve de la Lopé, créée en 1946, a été la première aire protégée du Gabon. Depuis sa création, son statut a changé plusieurs fois, ce qui a conduit à une situation contradictoire dans laquelle des licences d’exploitation sont valides dans une région où toute exploitation forestière est interdite.258

La concession de Leroy dans la Lopé (lot 32) a d’abord été attribuée en 1983 à la SONG (Société d’Okoumé de la Ngoumé) qui avait des relations avec la société espagnole Alena, l’une des principales sociétés d’exploitation forestière de la Guinée Equatoriale coloniale.259 Après plusieurs années de latence, la concession a été acquise par Leroy en 1990.

Leroy a reçu condamnation internationale pour ses activités d’exploitation au sein de la réserve de la Lopé, qui est une zone de forêt humide primaire extrêmement importante du point de vue écologique. La forte pression internationale a conduit, en juillet 2000, à un accord entre Leroy, Rougier (qui détient aussi une licence d’exploitation dans la réserve) et le gouvernement du Gabon mettant fin aux contradictions juridiques gouvernant la réserve de la Lopé. Leroy a renoncé à ses activités d’abattage sur 61 000 hectares dans la réserve. En échange, le flanc est, riche en Okoumé mais dont la biodiversité est moindre, a été exclu de la réserve et concédé à Leroy.260

Leroy Gabon est en train de construire une unité de transformation à Owendo, qui comprendra des installations pour la fabrication de contreplaqué. Il est prévu que ces installations seraient complètement opérationnelles à partir de janvier 2001.261


THANRY

Le groupe Thanry, entreprise familiale dont le siège social est en France, est spécialisé dans l’abattage, la transformation et le commerce du bois en Afrique. Il représente l’un des plus gros exploitants forestiers et commerçants internationaux de bois du Bassin du Congo.262 Le groupe opère en Côte d’Ivoire et en Guinée. Il a aussi des intérêts en Afrique Centrale. Les activités du groupe au Gabon ont acquis la réputation d’avoir de meilleures normes d’exploitation de la forêt que les autres sociétés forestières, mais sa réputation en ce qui concerne la gestion durable de la forêt au Cameroun est mauvaise. Cette contradiction sape la crédibilité du groupe quand il affirme être un bon gestionnaire de la forêt. Le groupe Thanry opère aussi en RCA.

Cameroun

Thanry est le groupe d’exploitation forestière le plus important du Cameroun, où il exploite un certain nombre de concessions par l’intermédiaire de plusieurs filiales : CFC ; CIBC ; J Prenant ; Propalm ; SAB et SEBC (voir carte 1).263,264,265 En juillet 2000, il détenait grâce à ses filiales, 767 135 hectares de concessions. L’article 158 de la loi forestière de 1994 au Cameroun stipule que « la prise de participation ou création d’une société d’exploitation forestière ayant pour résultat de porter la superficie totale détenue au-delà de 200 000 hectares » 266 devrait être punie d’une amende ou d’emprisonnement. Le MINEF devrait détenir les informations requises pour déterminer si Thanry a agi de façon illégale à ce sujet-là. Toutefois, il est clair que les termes de l’article 49, qui affirme que « la superficie totale de forêt à accorder à un même concessionnaire... ne peut, en aucun cas excéder 200 000 hectares » 267 ont été enfreints, si ce n’est par le groupe Thanry, du moins par deux de ses filiales, la SEBC et la CFC (voir ci-contre et page suivante), selon que le mot « concessionnaire » est interprété comme étant la maison mère ou sa filiale.

Au cours de l’année 1996-97, les filiales de Thanry ont produit 460 000 m3 268 de grumes, dont 220 000 m3 269 de grumes et 60 000 m3 270 de bois scié ont été exportés. Les essences principales exploitées sont l’Ayous, le Sapelli et le Tali.

Le groupe Thanry et SFH (Société Forestière de Hazim) (la plus grande et l’une des plus controversées des sociétés libanaises expatriées, voir) sont les plus importants fournisseurs pour les marchés d’Asie orientale.271 Au cours de ces dernières années, Thanry Cameroun a travaillé étroitement avec Vicwood, société inscrite au registre du commerce à Hong Kong, en fournissant notamment des grumes sous contrat avec Vicwood pour ses équipements de production de placages.272 Le volume de bois fourni par Thanry est suffisamment important pour justifier l’étape exceptionnelle d’affréter des navires directement plutôt que d’utiliser les entreprises de transport maritime existantes.273 Thanry a construit récemment un grand parc à bois près de la route entre Douala et Yaoundé et le groupe est en train d’en construire un autre à Kribi pour charger directement le bois sur les bateaux. 274 Les liens entre les deux sociétés auraient été officialisés récemment, d’après certaines sources non confirmées qui affirment que Vicwood a acheté Thanry Cameroun au cours de l’an 2000.

SEBC (Société d’Exploitation des Bois du Cameroun)

La plus grande filiale de Thanry, la SEBC, a été créée en 1969 et détient actuellement deux concessions d’une surface totale de 174 330 hectares dans le département de Boumba et Ngoko (UFA 10-007 et 10-008) et une concession de 48 800 hectares à Mouloundou, qui longe la réserve du Dja (UFA 09-007). 275 Les concessions de la SEBC couvrent une superficie totale de 223 130 hectares, ce qui est supérieur au total légal maximum de 200 000 hectares autorisé par concessionnaire. La SEBC a une unité de transformation à Lokomo d’une capacité annuelle de 110 000 m3 d’intrants.276

En 1989, la SEBC a reçu une assistance politique et financière du gouvernement français pour obtenir une concession de 91 378 hectares (licence no 1 578) près de Lokomo, et dans une région particulièrement riche en Ayous et en Sapelli. La CFD (Caisse française de développement), l’agence de développement du gouvernement français (maintenant appelée Agence française de développement, AFD), a subventionné l’acquisition de la concession en prêtant 18 millions de francs à Thanry (2,3 millions de dollars). Les conditions de la concession prévoient de l’exploiter au taux de 10 000 hectares par an pendant neuf ans et d’ouvrir une petite scierie pour transformer la production.277 Cependant, une fois que la concession lui a été octroyée, Thanry a construit une scierie avec une capacité presque dix fois supérieure à celle prévue.278

En janvier 1993, les villageois d’Atsjek (à 25 kilomètres de M’Bang) ont bloqué la route utilisée par SEBC pour transporter le bois parce que SEBC abattait des arbres illégalement, qu’elle n’avait pas fourni les infrastructures promises et qu’elle avait abattu des Moabis dans un rayon d’un kilomètre de leur village (voir encadré). Les villageois ont écrit au Président Biya et au gouverneur de la province. Vingt-quatre arrestations ont été effectuées et on ne sait pas quel a été le sort des cinq personnes transférées plus tard à la prison de Batouri. 279, 280

En mars 2000, la SEBC a été condamnée à une amende et ses activités ont été suspendues pendant trois mois en raison de l’exploitation anarchique de son UFA et de l’exploitation de zones pour lesquelles elle n’avait pas de permis.281 Une mission d’inspection du MINEF dans la concession de la SEBC (UFA 10-007), en décembre 1999, faisait état de : « Une exploitation anarchique de l’UFA, sans le moindre respect des assiettes de coupe » et « un exemple flagrant de violation de la règlementation forestière ».282 La même équipe a visité une autre concession de la SEBC (UFA 10-058) et a également constaté une exploitation anarchique : des activités d’exploitation illicite hors de l’UFA et coupe sous-diamètre des bois à l’intérieur et à l’extérieur de l’UFA.283 L’équipe de la mission d’inspection a noté que « l’exploitation forestière telle que pratiquée par cette société remet en cause toute la politique forestière et la gestion durable de nos ressources prônée par le gouvernement ».284

SAB (Société Africaine des Bois)

La SAB est une filiale de Thanry créée en 1955.285 Elle détient actuellement une concession de 60 838 hectares dans la province de l’Est286 et une scierie à Yaoundé d’une capacité de transformation de 35 000 m3 d’intrants par an.287

En mars 2000, la SAB a été condamnée à une amende pour ne pas avoir respecté les limites de ses assiettes de coupe. En juin 2000, la SAB a été condamnée pour l’exploitation en dehors des limites de son UFA, et en juillet 2000, le MINEF a annoncé que la SAB était disqualifiée du processus d’adjudication des nouvelles concessions en raison de « faute lourde dans l’exercice des activités forestières. »288 Ceci ne représentait pas toutefois une véritable punition puisque les concessions que la compagnie voulait obtenir (UFA 10-005 et 10-017)289 n’étaient pas inclues dans cette série d’attributions.

J Prenant

Une concession de 54 457 hectares (UFA 10-045) dans la province de l’Est a été octroyée à une autre filiale de Thanry, J Prenant, lors de la série d’attributions de juillet 2000.290 La société a une capacité de transformation annuelle de 38 500 m3 d’intrants, à Kagnol dans la province de l’Est.291

CFC (Compagnie Forestière du Cameroun)

En 1996, Thanry a obtenu par l’intermédiaire de CFC quatre concessions contiguës (UFA 10-001, 002, 003, 004). Ces concessions ont été octroyées par décret présidentiel (procédure de gré à gré) et non par la procédure d’appel d’offres prévue par la loi de 1994. La superficie totale des quatre concessions dépasse de 15 000 hectares les 200 000 hectares maximums autorisés par la loi pour un seul concessionnaire. CFC a une scierie avec une capacité annuelle de 50 000 m3 a Yokadouma.

La Banque mondiale a requis du gouvernement qu’il annule tout contrat signé pour des concessions octroyées de façon contraire à la loi de 1994, ce qui inclurait les quatre concessions de Thanry, mais rien n’a été fait.

Ces concessions sont situées près de la seule bonne route de la zone forestière reliant le Cameroun à la République Centrafricaine, où Thanry détient des concessions qui auraient récemment accru leur production. Mais un rapport de la Banque mondiale sur l’industrie du bois dans cette région du Cameroun notait la pratique qui consiste à produire des documents indiquant que le bois camerounais vient de l’étranger, ce qui fait qu’il n’est soumis ni à l’impôt ni à d’autres contrôles obligatoires pour le bois camerounais. Cette pratique pourrait concerner le bois produit par Thanry puisque les concessions de la compagnie dans ces deux pays sont contiguës (voir carte 1).

Comme d’autres filiales du groupe Thanry, en 2000, la CFC a été sanctionnée pour ses délits : en mars 2000, l’entreprise a été condamnée à une amende pour des coupes sous diamètre et en juin 2000, pour des coupes en dehors des limites de son assiette de coupe.292 L’inspection de la concession menée par le MINEF en décembre 1999 notait des coupes sous diamètre systématiques, notamment sur le Sapelli et des coupes en dehors des assiettes de coupe autorisées.293

En plus des inspections du MINEF, une évaluation plus détaillée des activités de la CFC a été menée en avril 2000 par une équipe d’experts français et camerounais indépendants, qui a non seulement découvert d’autres pratiques illégales mais a aussi dressé la liste des impacts sociaux et environnementaux des activités d’exploitation de l’entreprise (voir encadré). On compte dans la liste le déclin de produits forestiers non-ligneux représentant une source importante de revenu et de nourriture ainsi que l’exacerbation des inégalités sociales et économiques, y compris l’absence de consultation avec les villages avoisinants.294

Propalm

Propalm a une scierie à Douala d’une capacité annuelle de 40 000 m3 d’intrants.295 En juillet 2000, lors de la série d’attributions de nouvelles UFA, Propalm a obtenu l’UFA 00-004, qui couvre 125 490 hectares.296

CIBC (Compagnie Industrielle du Bois au Cameroun)

CIBC a des scieries d’une capacité de transformation de 55 000 m3 d’intrants par an.

République Centrafricaine (RCA)

Thanry a deux filiales en RCA : Thanry Centrafrique (228 000 hectares) et Sofokad (131 200 hectares).297 Thanry est en train de développer ses activités en RCA et a récemment créé une scierie. Thanry (précédemment connu sous le nom de PRMI)298 a développé ses activités dans ses concessions autour de Bamban près de Berbérati dans l’ouest.299 Les routes entre la République Centrafricaine et le Cameroun passent près des concessions de Thanry dans chaque pays.300

Gabon

CEB (Compagnie Équatoriale des Bois)

La plus grande filiale de Thanry au Gabon, la CEB (Compagnie Equatoriale des Bois), est l’une des entreprises du bois les plus en vue du Gabon. Elle a une scierie et affirme être en train de prévoir une unité de production de placages de 50 millions de dollars. La CEB, créée au cours de la période coloniale française, avait, en 1997, six concessions ou permis de coupe couvrant un total de 505 000 hectares 301 au sud de la route entre Lastoursville et Okondja, dans la province de l’Ogooué-Lolo. La CEB a produit 173 000 m3 de grumes en 1997 (dont 149 000 m3 était de l’Okoumé et de l’Ozigo)302 et possède des unités de transformation à Bambidi et Owendo.303 L’entreprise exploite aussi 68 000 hectares supplémentaires pour d’autres entreprises. Le nouveau code forestier du Gabon essaie de supprimer cette pratique, connue sous le nom de « fermage », puisqu’elle est associée à une mauvaise gestion de la forêt. La CEB, tout comme d’autres entreprises françaises, est un actionnaire minoritaire de la SNBG, qui est détenue à 51 % par le gouvernement gabonais ( voir). La CEB a une participation de 8 % dans l’entreprise qui a acheté les droits de gestion du chemin de fer Transgabonais.304

La concession de la CEB est utilisée pour tester des indicateurs et critères pouvant être utilisés pour déterminer la durabilité de la gestion de la forêt. L’Organisation africaine du bois soutient cette étude, financée par l’Union européenne et le Ministère français de la coopération et menée par l’institut de recherche CIFOR. La Société Générale de Surveillance suisse, SGS, a été invitée à mener un audit préliminaire de la gestion de cette concession.305 Le gouvernement français a financé une grande partie des travaux nécessaires pour que Thanry et la SHM (voir Interwood) préparent leurs entreprises à une gestion durable de la forêt. Toutefois, des experts ont été recrutés dans le cadre d’une autre initiative séparée financée par les Pays-Bas pour produire les plans de gestion de la faune pour ces concessionnaires,306 ce qui semble indiquer que l’approche du gouvernement français par rapport à la gestion de la forêt est loin d’être globale.

Les concessions de la CEB sont situées dans l’une des parties les plus densément peuplées du Gabon.307 On dit que les pratiques de la CEB au Gabon sont meilleures que celles d’autres sociétés d’exploitation forestière dans le pays, mais la mauvaise réputation de la société au Cameroun et ses performances passées au Gabon remettent en question le réel engagement de l’entreprise en faveur d’une gestion durable de la forêt.

L’entreprise a actuellement une période de rotation de 17 ans, ce qui est considéré comme trop court pour une bonne régénération des essences commerciales.308 L’entreprise pratique aussi le « fermage » 309 ( voir).

Une récente mission sur le terrain, mené par l’ONG gabonaise, CIAJE, près de la zone d’activité de la CEB à Bambidi, a montré dans quelle mesure la CEB a essayé de communiquer de façon positive avec les communautés locales et les ouvriers.310 Dans ses concessions de Lastoursville, la CEB a mené une étude sociologique pour comprendre comment entretenir de bonnes relations avec les villageois vivant près de ses concessions, dont l’opposition à l’entreprise pourrait potentiellement menacer les activités de la CEB. Les résultats de l’étude ont été utilisés pour créer un programme visant à assurer que les activités d’exploitation forestière profitent aussi aux populations locales. Selon les paroles du représentant de la CEB chargé des relations publiques dans le pays ces forêts sont « leurs forêts » (les forêts des villageois).311 Le programme de l’entreprise comprend des activités visant à accroître les revenus des populations locales, telles que le développement de la pisciculture à Bambidi, la mise de côté de l’une des unités forestières au profit de la population locale et le financement de la coupe de planches de bois pour les villageois. Les villageois vivant près des concessions de la CEB peuvent aussi se faire soigner au centre de santé de l’entreprise tandis que les enfants ont accès à une école où les enseignants sont compétents (ce qui est rare dans les zones d’exploitation forestière) et où ils reçoivent les manuels gratuitement. La CEB emploie de nombreuses personnes habitant les villages autour de ses concessions. L’entreprise a construit une route pour mettre fin à l’isolement du village de Sebe (près de Lastoursville). Les logements fournis par la CEB à ses ouvriers sont mieux que ceux d’autres entreprises. Les ouvriers ont aussi accès à des salles de récréation ce qui est bien plus que ce dont bénéficient les ouvriers dans les autres camps forestiers au Gabon.

La CEB a pris plusieurs initiatives pour arrêter la chasse du gibier. Les ouvriers qui se livrent à ces activités sont pénalisés et l’entreprise prévoit de mettre en œuvre une campagne de sensibilisation sur ce sujet. En ce qui concerne l’utilisation du bois, l’entreprise semble moins soucieuse des problèmes de gaspillage des ressources forestières et les chercheurs ont découvert des déchets de bois qui traînaient dans le camp.

Avant d’ouvrir ses concessions actuelles, la CEB avait presque épuisé ses concessions dans le sud-ouest du Gabon, près de la réserve de Moukalaba où ses pistes forestières ont ouvert l’accès aux montagnes de Doudou,312 autrefois riches en faune. Les montagnes de Doudou restent l’une des régions du Gabon pour lesquelles une protection légale a été recommandée en vain depuis plusieurs années.313, 314

Autres

Les autres filiales de Thanry au Gabon comprennent : l’EFG (Exploitation Forestière du Gabon) qui a une concession de 100 000 hectares près de Njolé depuis 1976 ; SIL (Sciages Industriel de la Lowe), qui exploite des scieries et devait ouvrir à la fin de l’année 1995 une nouvelle scierie (d’une capacité de 36 000 m3 d’intrants par an) construite au prix de 3 millions de dollars ; Thanry Gabon ; et SAFOR, qui participe à diverses activités comme l’abattage, le sciage, la production de moulages, de traverses de chemin de fer et de charbon de bois. Thanry Gabon Industrie, un joint venture entre CEB et Batave van Hout (Pays-Bas) devrait devenir l’un des plus gros producteurs de placages d’Afrique quand sa nouvelle unité de transformation, située entre Owendo et Libreville et d’une capacité de production annuelle de 50 000 m3, sera terminée.315

Si Thanry veut devenir un acteur crédible sur le marché du bois provenant de forêts gérées de façon durable, la société devrait peut-être dissocier ses activités au Gabon de ses activités au Cameroun. Un acheteur commercial des bois de Thanry aurait déjà cessé tout achat auprès de l’entreprise en raison de sa mauvaise réputation au Cameroun. L’option la plus aisée serait de se débarrasser de ses activités au Cameroun — certains concurrents de Thanry ont une réputation particulièrement mauvaise, mais pas forcément pire, pour ce qui est de la gestion des ressources de la forêt au Cameroun. Toutefois, l’amélioration de la qualité de ses activités et pratiques de gestion forestière au Cameroun et en RCA serait une option plus louable et démontrerait l’engagement du groupe tout entier à mettre en œuvre une gestion durable de la forêt.

Cependant, des sources non confirmées datant d’août 2000 semblent indiquer que Thanry a choisi l’option la plus aisée en vendant l’ensemble de ses activités au Cameroun à l’entreprise hongkongaise Vicwood. Thanry aurait apparemment accepté que, pour des raisons de marketing en Europe, Vicwood continue à utiliser le nom de Thanry comme « marque ». Cela pourrait potentiellement ouvrir la porte aux malentendus et tromperies en ce qui concerne la durabilité du bois provenant du Cameroun.


VASTO LEGNO

Vasto Legno est une entreprise familiale italienne d’exploitation du bois. La société est en activité depuis 120 ans et possède un complexe industriel moderne à Milan. Elle est spécialisée dans la production de sciages, qui constituent son activité principale, et de placages en tranches.316 La société produit environ 5 millions de m2 de placage d’Ayous par an et affirme être le leader mondial de la production d’Ayous et l’un des plus grands fournisseurs d’essences exotiques telles que : l’Ayous, le Limba, l’Iroko, le Sipo, l’Afrormosia et le Moabi.317

Cameroun

Vasto Legno pratique l’exploitation forestière au Cameroun depuis 30 ans.318 La société opère au Cameroun par l’intermédiaire de deux sociétés : la SEBAC (Société d’Exploitation des Bois d’Afrique Centrale) et la SEFAC (Société d’Exploitation Forestière et Agricole du Cameroun).319 Elle jouit actuellement de deux concessions octroyées de façon légale et couvrant un total de 151 393 hectares mais elle est également active à l’extérieur des concessions qui lui ont été octroyées. En 1998-99, Vasto Legno a produit 187 000 m3 de grumes et elle en a exporté 42 000 m3.320

SEBAC (Société d’Exploitation des Bois d’Afrique Centrale)

La SEBAC possède des équipements de transformation à Béla avec une capacité de traitement de 36 000 m3 d’intrants par an.321

La SEBAC abat actuellement des arbres dans la province de l’Est dans une concession (UFA 10-009) couvrant 88 796 hectares. Elle exploite aussi une autre concession (UFA 10-008) d’une superficie de 60 371 hectares (qui n’a pourtant pas encore été attribuée) en utilisant un numéro de licence (le 1 826) déjà arrivé à expiration.322

SEFAC (Société d’Exploitation Forestière et Agricole du Cameroun)

La SEFAC a une concession dans la province de l’Est (UFA 10-012) d’une superficie de 62 597 hectares 323 et elle possède une unité de transformation du bois à Libongo avec une capacité de traitement de 130 000 m3 d’intrants par an.324

En mars 1999, le président du WWF, le Prince Philippe, Duc d’Edimbourg, a visité les installations de la SEFAC et il se serait réjoui des mesures prises par la compagnie en faveur de la gestion durable de la forêt.325 SEFAC avait attiré l’attention du public sur ses contributions aux infrastructures locales, et notamment des écoles, une clinique et le développement de 250 kilomètres de routes ouvertes au cœur de la forêt.326 La société déclarait aussi qu’elle a pris la responsabilité du fonctionnement du poste de gendarmerie et celui des douanes à Libongo, en payant notamment le salaire du personnel.327

Au cours de cette visite bien en vue, la SEFAC a déclaré son ferme engagement en faveur de la préservation de la forêt, en affirmant qu’elle avait été « à l’avant-garde de l’exploitation durable » depuis 31 ans, et en faveur du respect des dispositions réglementaires existantes concernant l’exploitation forestière.328 La société a été félicitée pour ses investissements dans les unités de transformation de haute-technologie à Libongo et elle a reçu une attention positive des médias en raison des investissements réalisés pour fournir les infrastructures nécessaires à ses employés et leurs familles dans ce camp.329

Les comptes-rendus sur le terrain présentent une image plus complexe qui comporte aussi des aspects négatifs. Les populations locales se sont plaintes de l’école subventionnée par la société qui n’a que deux instituteurs pour 190 élèves de six à sept ans et du manque de possibilités d’exprimer leurs préoccupations quant aux conditions de travail et aux salaires, par peur de perdre leur emploi.330 Le financement des institutions publiques locales par la société, telles que la gendarmerie et le poste des douanes, laisse la porte ouverte aux abus et remet en question l’indépendance de ces institutions. Une préoccupation sous