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Présentation des pays II- Guinée Equatoriale

Présentation des pays II- Guinée Equatoriale

Cadre politique, social et économique


SEUL PAYS HISPANOPHONE du bassin du Congo, la Guinée Equatoriale est composée de plusieurs petites îles au large du Cameroun et d’une partie continentale située entre le Gabon et le Cameroun. Au total, le pays occupe une superficie de 28 000 km2. La majorité se trouve sur la partie continentale, Rio Muni, qui occupe 26 000 km2 tandis que la plus grande île, qui abrite aussi la capitale Malabo, est d’une superficie de 2 000 km2. Certains ministères ont récemment déménagé à Bata, la ville principale sur le continent.

Le pouvoir colonial espagnol a peu essayé de subvenir aux besoins de développement des populations en créant une économie de plantation basée sur l’exportation. Cette dernière a subsisté après l’indépendance en 1968. Le cacao et le café étaient les principales matières premières d’exportation jusqu’au milieu des années 1980, période à laquelle le bois a commencé à prendre de l’importance. Les forages de pétrole off-shore ont débuté en 1996 et de larges réserves ont été découvertes en 1998. Le pétrole a transformé l’économie du pays. En 1997, le PNB par habitant était de 1 050 dollars.1 Cependant, comme dans les autres pays producteurs de pétrole dans la région, la majeure partie de la population ne bénéficie pas de ces changements et reste pauvre.2 Les contrats de production de pétrole signés avec le gouvernement au début des années 1990 sont très favorables aux grandes sociétés transnationales qui opèrent dans le secteur et, en conséquence, les revenus du gouvernement sont limités.3 De plus, la corruption et le détournement des revenus par les gens au pouvoir est une cause de préoccupation généralisée.

Entre 80 % et 90 % des 400 000 habitants de la Guinée Equatoriale vivent des ressources de la forêt,4 telles que le bois de chauffage, les remèdes, la nourriture et les matériaux de construction. 80 % de la population vit sur le continent à Rio Muni, y compris une population assez importante de Pygmées Bakola dans le nord-ouest du pays.5 Le commerce de la viande de brousse est une importante source de revenus pour les populations rurales, principalement sur l’île de Bioko où il a remplacé les revenus tirés du cacao.6 L’agriculture s’appuie principalement sur l’agriculture itinérante. Traditionnellement, la durée des jachères était de 8 à 15 ans, mais avec l’exacerbation des pressions, elle devient de plus en plus courte, ce qui affecte la fertilité des sols de façon négative.

Depuis son indépendance vis-à-vis de l’Espagne en 1968 et jusqu’à la fin des années 1970, la Guinée Equatoriale était gouvernée par la dictature brutale de Francisco Macias.7 En 1979, le neveu de Macias, Obiang Nguema, a renversé son oncle, mais la répression politique et les violations des droits de l’homme continuent comme avant. Près d’un tiers de la population vit en exil.8 En raison de pressions venant de l’étranger, des tentatives ont été faites depuis 1991 pour démontrer que des changements étaient réalisés en faveur de la démocratie, mais en pratique peu de choses ont changé. Officiellement le système à parti unique n’existe plus depuis 1992 et des élections ont eu lieu en 1993, 1996 et 1999. Les Nations unies et l’Union européenne ont cependant refusé d’assister à ces élections car elles estimaient que les conditions pour les élections équitables n’avaient pas été remplies.9 Les rapports sur les violations des droits de l’homme abondent.10 Des opposants au régime ont été emprisonnés pour des durées allant jusqu’à 28 ans et au début de l’année 1999, les candidats du parti d’opposition ont été arrêtés en prévision des élections.11 En janvier 1998, des arrestations à grande échelle ont frappé la minorité ethnique Bubi à la suite de troubles dans l’île de Bioko. Les gens étaient accusés d’appartenir à un mouvement illégal d’autodétermination. Lors des procès qui ont été condamnés par les observateurs internationaux, 15 personnes ont été condamnées à mort et plus de 100 ont été emprisonnées. En 1998, Amnesty International signalait que le gouvernement détenait des douzaines de détenus torturés dans l’isolement forcé. La plupart étaient détenus parce qu’ils étaient Bubis. Au moins cinq sont morts en prison.12 D’après des sources non confirmées, il y aurait aussi eu des charniers de Bubis.13

Politique forestière et mise en œuvre

Les forêts recouvrent environ 2,2 millions d’hectares en Guinée Equatoriale, à savoir la quasi-totalité du pays. Toutes les forêts productives de cet ensemble, environ 1,5 million d’hectares, ont été octroyées comme concessions d’exploitation forestière industrielle.14 La production industrielle de bois a augmenté rapidement depuis le milieu des années 1990.15 Le secteur forestier est maintenant le second secteur économique le plus important après le pétrole.16

Les activités d’exploitation sont préoccupantes pour plusieurs raisons. Premièrement, une dictature cruelle fait obstacle au développement durable. Il est difficile pour les sociétés d’exploitation forestière d’opérer dans le pays sans tolérer plus ou moins le gouvernement. Deuxièmement, les mécanismes nécessaires pour assurer une foresterie durable et équitable d’un point de vue social ne sont pas en place. Troisièmement, le taux auquel la production industrielle de bois est en train d’augmenter prouve que l’exploitation forestière n’est pas durable. Les forêts de Bioko ont déjà été sérieusement endommagées17 et, d’après le FMI, les ressources forestières de la Guinée Equatoriale pourraient être gravement appauvries à partir de 2012.18

Depuis janvier 1998, l’entité du gouvernement chargée des questions forestières est le Ministère des forêts et de l’environnement (Ministerio de bosques y medio ambiente).19 Le Ministre des forêts est le fils du Président, dont on pense qu’il est proche de la plus grande société d’exploitation forestière active dans le pays, la société malaise Shimmer. L’Organisme de surveillance des forêts (Cuerpo de la Guarderia Forestal) est chargé de surveiller les forêts. 20

Le secteur est gouverné par la loi sur le secteur forestier du 18 juillet 1997. Les forêts de la Guinée Equatoriale sont divisées en deux domaines : les forêts productives (Dominio de Produccion Forestal) et les forêts de conservation (Dominio de Conservación).21

Les forêts de production sont classées selon trois dispositions différentes:

§ les parcelles de forêt sont des petites zones de forêt primaire ou secondaire situées sur des fermes. Un permis d’exploitation doit être obtenu auprès de l’administration des forêts pour les exploiter.

§ les forêts communautaires sont accordées de façon permanente aux communautés locales en raison de leurs droits traditionnels.

§ les forêts nationales appartiennent à l’Etat. Les sociétés privées peuvent les exploiter seulement en partenariat avec l’Etat qui reste toujours l’actionnaire principal.22 En pratique, la plupart des forêts du pays sont détenues sous forme de concessions pour la production industrielle de bois.

Il y a 80 concessions forestières dans la région continentale du pays. Elles couvrent une superficie totale d’environ 1,5 million d’hectares.23 En théorie, les concessions forestières ne peuvent pas dépasser 50 000 hectares24 et chaque société ne peut avoir qu’une seule concession.25 Les concessions sont d’une durée de 5 à 15 ans et sont renouvelables,26 mais les sociétés ne peuvent réutiliser les forêts à des fins commerciales qu’après 25 ans de repos (art. 53 de la loi sur le secteur forestier de 1997).27 En pratique, il y a un flot considérable dans l’octroi des concessions et au moins une société opèrerait dans plusieurs concessions.

Selon la loi (art. 35), les concessions doivent transformer 60 % de leur production28 (une condition existant également dans les codes forestiers précédents), mais en pratique la plus grande partie du bois de Guinée Equatoriale est exporté sous forme de grumes. En 1994, seuls 4,8 % de la production étaient transformés localement ; 29 en 1995, ce chiffre est passé à 15 %, ce qui est encore bien en dessous du minimum légal requis.30 En 1996, le gouvernement a ordonné que les sociétés qui transformaient moins de 60 % de leur production payent des contraventions de près de 10 % de la valeur de leur production.31 Les sociétés détenant des concessions de plus de 100 000 hectares pour plus de 10 ans sont tenues d’avoir une petite unité de transformation du bois. Il n’existe cependant que quatre scieries et trois unités de transformation secondaire dans le pays, et toutes ne sont pas en activité.32

La législation forestière donne quelques indications sur la façon d’opérer, comme la replantation ou l’obligation de ne pas exploiter le bord des rivières, des ruisseaux, des routes et sur les pentes de plus de 45 degrés (art. 54).33 En ce qui concerne les obligations sociales, l’article 35 de la loi sur le secteur forestier de 1997 spécifie que les concessionnaires sont tenus de construire un certain nombre d’infrastructures pour les populations locales, telles qu’un centre de santé, une église, une maison pour l’instituteur et une école.34

Dans la pratique, toutes les obligations légales ne sont presque jamais appliquées car l’Etat n’a pas suffisamment de personnel de terrain et ne peut donc pas contrôler convenablement les activités d’exploitation forestière ni réaliser les inventaires des ressources forestières. 35 Certains producteurs, y compris ceux qui sont dépendants de capitaux étrangers, ne respectent pas les codes de foresterie et de conservation, notamment quand ils abattent des arbres en dehors des limites de leurs concessions.36

Les forêts de conservation comprennent quatre types d’aires protégées : les parcs nationaux, les réserves scientifiques, les refuges pour les animaux menacés et les réserves de faune. Il existe neuf aires protégées, dont six à Rio Muni, deux sur l’île de Bioko et une sur l’île d’Annobon. Au total, elles couvrent une superficie de 326 000 hectares.37 En théorie, ces aires sont gérées selon les recommandations de l’UICN stipulées à l’article 14.38 En réalité, elles ne sont pas protégées de façon active et certaines ont été exploitées à des fins commerciales.39

Production et commerce avec l’Union européenne

La production de bois a augmenté sans interruption depuis le début des années 1990. En 1991, la production totale s’élevait à 169 579 m3 mais en 1996 elle était passée à 471 165 m3, dépassant ainsi la limite durable maximum estimée à 400 000 m3 par an40 et la limite légale fixée à 450 000 m3.41 En 1997, la production a presque doublé, s’élevant à 757 173 m3.42

L’essence la plus recherchée est l’Okoumé, qui en 1996 représentait 65 % de la production totale.43 Les autres essences importantes d’un point de vue commercial sont : l’Ilomba (10 %), le Tali (2 %), l’Azobe (2 %), le Fuma, le Padouk et l’Andouk, qui est surtout exploité par la société malaise, Shimmer International.44 L’Okoumé, l’Ilomba et l’Andouk représentent 88 % de la production totale.45

Jusqu’en 1992, 85 % de la production étaient destinés à l’Europe, l’Espagne recevant 43 % de la production totale de grumes. Toutefois, au milieu des années 1990, après que les sociétés asiatiques sont entrées sur le marché, l’Asie est devenue la destination principale pour les exportations des grumes de Guinée Equatoriale.46, 47 En 1994, 54 % des exportations de bois partaient vers le marché asiatique, surtout au Japon et dans une moindre mesure, en Chine. L’Europe reste le destinataire principal des produits transformés : 99 % des produits transformés sont exportés vers l’Europe,48 et à elle seule l’Espagne importe 85 % des produits transformés de Guinée Equatoriale.49 Malgré les régulations visant à garantir que le bois soit transformé sur place, les grumes représentent 80 % des exportations totales de bois.50

Aide financière internationale

L’aide de l’Union européenne en faveur du développement à destination de la Guinée Equatoriale est actuellement suspendue, sa reprise étant liée aux améliorations en matière de respect des droits de l’homme.51 Toutefois, ECOFAC finance un projet dans le parc national de Monte Alen, dans les montagnes de Niefang, qui couvre une région de 140,000 hectares.52 L’UE a aussi fourni des financements au secteur forestier de la Guinée Equatoriale pour l’aider à développer le code forestier de 1997.

Historiquement, la France et l’Espagne ont été les pays principaux fournissant des financements à la Guinée Equatoriale. Au cours de la dictature de Macias, la France a fourni des crédits d’exportation pour la construction de bâtiments de prestige par ce qui est aujourd’hui appelé la Société Française de Dragages et Travaux Publics. En échange de cette aide, des concessions auraient été allouées à des intérêts français sur Rio Muni.53 La Sociedad Forestal del Rio Muni est l’une des sociétés ayant obtenu des concessions dans la région. Elle est détenue par un Français qui n’avait aucune expérience du secteur forestier mais avait des relations avec les cercles financiers français. La société a obtenu une concession de 150 000 hectares d’une durée de 10 ans, ainsi que l’autorisation de produire 1,5 million de tonnes de bois.54 Entre 1995 et 1996, l’Agence française de développement, l’AFD, a fourni une aide de 3,3 millions de dollars,55 mais rien en 1997. Au milieu des années 1990, l’Espagne a fourni une aide financière à l’armée de la Guinée Equatoriale pour qu’elle se réorganise en armée de terre, marine et armée de l’air.56

Impacts environnementaux

La loi actuelle n’autorise aucune exploitation forestière commerciale sur l’île de Bioko. L’exploitation a débuté à la fin des années 1980 mais les bailleurs de fonds et la communauté internationale ont fait pression pour l’interrompre en raison de ses effets dévastateurs. La plupart des dégâts ont été causés le long des routes. Les forêts des régions côtières de Rio Muni subissent maintenant une deuxième ou troisième coupe et sont dégradées.57 La même chose se produira dans les régions intérieures du pays, où l’exploitation forestière est encouragée par des taxes moins élevées.

Impacts sociaux

La loi stipule que les sociétés forestières doivent fournir des infrastructures pour les populations. Aucune recherche sur le terrain n’a été réalisée pour établir les effets négatifs et positifs des activités des sociétés forestières sur les populations rurales. Les capacités des ONG nationales sont faibles et la liberté démocratique est inexistante dans les circonstances politiques actuelles.

Les sociétés exploitant les forêts de Guinée Equatoriale

Jusqu’au milieu des années 1990, la plupart des sociétés étaient détenues principalement par des capitaux espagnols. Depuis, les sociétés asiatiques sont devenues prédominantes et Shimmer, une filiale de Rimbunan Hijau, dont le siège social est en Malaisie, réalise la plus grande partie de l’exploitation forestière du pays.58 Shimmer et le Ministre des forêts, le fils du dictateur du pays, travaillent en étroite collaboration. Des sources non confirmées ont affirmé que Shimmer est en train d’empiéter sur Monte Alen, où ECOFAC a un projet de développement durable. Le Tableau 5 présente les données des concessions pour 1997. Les sociétés pour lesquelles il est indiqué une production nulle étaient actives précédemment. Par exemple, Isoroy a produit 26 168 m3 de bois en 1995 (voir Sonae, page 62).59