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Résumé de l’évaluation des impacts sociaux et environnementaux des activités de la CFC, avril 2000

Résumé de l’évaluation des impacts sociaux et environnementaux des activités de la CFC, avril 2000

par Sandrine Lapuyade i

Créée en 1990, la Compagnie Forestière du Cameroun (CFC), filiale du groupe Thanry France, opère dans la province de l’Est du Cameroun. Au cours des cinq dernières années, la CFC a bénéficié de nombreuses faveurs de la part de l’administration au mépris même de la réglementation en vigueur. L’entreprise opère de plus dans un mépris quasi total de la durabilité environnementale et du bien-être des populations locales.

Octroi des permis d’exploitation et non-respect des clauses conventionnelles

Les permis de coupe dont la CFC a bénéficié lui ont été attribués sans suivre les procédures prévues par la loi. Ainsi, l’attribution de 4 ventes de coupe s’est faite sans l’avis d’une commission technique compétente. De même, la concession d’exploitation forestière constituée des UFA 10-001, 10-002, 10-003 et 10-004 dans l’arrondissement de Yokadouma a été accordée en 1996 par un décret signé par le Président lui-même sans avoir fait l’objet d’un appel d’offre.

Cette concession ayant été accordée pour quinze ans, la CFC opère non pas dans le cadre d’une convention provisoire, comme le voudrait la loi et comme continuent de le faire penser certaines pratiques de l’administration, mais dans le cadre d’une convention définitive. La compagnie devrait donc avoir effectué les travaux d’inventaire, élaboré un plan d’aménagement et un plan quinquennal de gestion dans les six mois suivant la signature de la convention définitive. Le plan d’aménagement n’a été produit qu’en 1999 et, quatre ans après l’octroi de la concession, la CFC n’a toujours pas produit de plan quinquennal. A ces conduites répréhensibles s’ajoutent celles portant sur le retard dans l’application des textes en matière de gestion participative : la compagnie n’a jamais conçu ni fourni à l’administration des éléments techniques nécessaires aux négociations sur les limites et les droits d’usage et sur la réalisation d’œuvres sociales à inclure dans le cahier des charges.

Le guide d’aménagement élaboré par l’administration forestière n’a pas non plus été appliqué sur plusieurs points :

§ les limites des UFA et des assiettes de coupes annuelles ne sont pas respectées ;

§ le respect des diamètres minimum d’exploitation semble totalement ignoré ;

§ l’assiette de coupe n° 6 dans l’UFA 10-001, jamais autorisée à la coupe par l’administration, a été exploitée illégalement.

Ces pratiques démontrent l’absence de considération portée par la CFC à la durabilité environnementale mais aussi économique de ses activités. La CFC n’a jamais été sanctionnée pour les coupes en dehors des limites qui entraînent pourtant une perte considérable en terme de durabilité et de manque à gagner de trésorerie nationale. Ces sanctions devraient être proportionnelles au chiffre d’affaire généré par ces coupes illégales qui est estimé à plus de 4 millions de dollars pour 2 500 hectares.

Reconnaissant les pratiques illégales auxquelles elle recourt, la direction de la CFC dit se trouver forcée d’agir ainsi en attendant que son plan d’aménagement soit approuvé. Rien ne semble fonder cet argument puisque la compagnie s’est vue attribuée au moins une assiette de coupe par an, y compris depuis la production de son plan d’aménagement avec l’assiette de coupe no 10 dans l’UFA 10-001 pour l’exercice 1999/2000. Le statut ambigu de la concession de la CFC lui permet de justifier de façon fort peu convaincante ces écarts par rapport à la réglementation mais pourrait aussi lui permettre de bénéficier de fait d’une convention définitive de 18 ans.

Enfin, la superficie totale à accorder à un même concessionnaire ne devrait pas excéder 200 000 hectares. Or la superficie totale des 4 UFA de la CFC est de 215 680 hectares. De plus, le groupe Thanry France exploite au total près de 500 000 hectares au Cameroun. Bien que n’ayant aucune existence légale au Cameroun, il obtient l’accès à des surfaces d’exploitation bien plus importantes que celles imposées par la loi du Cameroun grâce à la création de multiples filiales.

Conditions de vie des ouvriers

Le campement construit par la CFC pour ses employés ne répond pas sur plusieurs points aux conditions fixées par la loi.


Les logements fournis ne possèdent ni cuisine ni cabinet de toilette. Enfin, ni la provision d’eau propre pour les soins de propreté, ni la provision d’eau potable ne sont assurées. La compagnie a creusé à proximité du camp un puits qui constitue la seule source d’eau disponible dans le camp. Creusé sans avoir recours à un expert, ce puits fournit une eau très trouble impropre à la consommation et peu attrayante même pour la toilette. Elle contient en outre des amibes qui font en permanence souffrir les ouvriers et leur famille de sérieux problèmes de dysenterie.

Dans la scierie, les ouvriers ne portent ni gants, ni masque à nez. L’utilisation de tronçonneuses se fait sans pantalons ou chaussures protecteurs et peu d’ouvriers portent des casques antibruit ou des lunettes de protection. De plus, l’unique accès au camp des ouvriers se trouve derrière la scierie et la manipulation des grumes avant le sciage se fait donc à quelques mètres seulement des personnes se rendant au camp au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires.

La CFC n’a construit ni école ni centre de santé pour ses ouvriers. Les enfants des ouvriers ne sont pas scolarisés sur place et les soins de santé sont dispensés par le centre de Ngolla dont les moyens sont pour le moins rudimentaires. La CFC est en outre seule à décider si les accidents sur le chantier sont des accidents du travail et cela aux dépens des employés qui voient souvent le prix des soins retenus sur leur salaire.




Le centre de santé à Ngolla

Impacts environnementaux

Vu l’hétérogénéité et la dynamique de régénération naturelle de la végétation dans cette zone à climat pluvieux et sols latéritiques, l’exploitation forestière industrielle a un impact surtout qualitatif sur la flore. Les trouées ouvertes dans la forêt pour l’aménagement des infrastructures indispensables au fonctionnement du chantier et par l’abattage des arbres choisis sont rapidement conquises par la forêt secondaire, au détriment de la forêt primaire, tandis que le peuplement des cinq essences exploitées s’appauvrit en arbres adultes.

Plus de 76 % des arbres exploités par la CFC sont des espèces menacées. Le Sapelli et le Sipo, classés comme espèces vulnérables, présentent, à moyen terme, un risque élevé d’extinction. L’Assamela est classé comme menacé d’extinction et le risque d’extinction à court terme est élevé. En coupant les plus gros arbres, l’exploitation forestière élimine aussi les arbres produisant les meilleures graines. Les espèces exploitées souffrent ainsi d’érosion génétique et leur régénération s’en trouve affectée.

La dégradation de la biodiversité concerne également la faune. Des chasseurs profitent des pistes aménagées par l’entreprise pour accéder aux divers secteurs forestiers desservis et s’y livrent à une chasse intensive qui décime rapidement des animaux de toute espèce. En outre, le bruit des engins forestiers a fait fuir la plupart des primates et suidés. La construction des routes et layons limite aussi les déplacements des buffles et éléphants, les mettant ainsi à la merci des braconniers. Quant aux oiseaux ils se font de plus en plus rares. Seuls subsistent généralement les petits animaux appartenant surtout à la classe des rongeurs.

Il a été observé de nombreuses lacunes professionnelles qui affectent toutes l’impact environnemental des activités de la CFC :

§ Une absence de planification de l’exploitation au niveau de la localisation des tiges à abattre et du tracé des pistes conséquentes ;

§ De mauvaises indications sur les piquets d’orientation pour l’abattage et pour le débardage ;

§ De larges dégagements pour l’ouverture et la construction de la route principale (25 à 35 m d’emprise) et des routes secondaires (18 à 23 m d’emprise).

§ De fortes pentes estimées à 15 % au minimum, rencontrées à fréquences régulières sur les routes et pistes à l’intérieur de la concession ;

§ L’utilisation de techniques de construction des ponts forestiers laissant un faible diamètre de passage de l’eau d’amont en aval, et coupant parfois les cours d’eau.

Ces lacunes se traduisent par :

§ La non-localisation par des débardeurs d’un certain nombre de grumes qui sont ainsi abandonnées en forêt ;

§ La multiplication des pistes de débardage et l’exacerbation du processus de compactage du sol et de destruction du sous bois ;

§ La multiplication des parcs chantiers dont la plupart se trouvent à 100 —150 m de distance les uns les autres ;

§ Un rendement forêt assez bas soit 10-12 m3/ha ;

§ Une érosion importante entraînant des accumulations de terre qui remplissent progressivement les cours d’eau. En empêchant la pénétration du soleil, cette sédimentation affecte poissons et plantes aquatiques ;

§ Le blocage de cours d’eau et création de sites de stagnation de l’eau qui devient impropre à la consommation et peu propice au développement de planctons et de poissons ;

En outre, autour de la base vie de la CFC des zones de forêt ont été brûlées en préparation pour l’agriculture. L’espace occupé par cette agriculture de subsistance sur brûlis menée par les familles des employés va s’agrandir avec l’accroissement du nombre des employés de la CFC. Cette question est d’autant plus préoccupante que la concession se trouve dans le domaine forestier permanent où la forêt n’a de vocation autre que de production forestière.

Retombées économiques

Au total 230 emplois ont été créés dont 74 pour les populations des villages riverains. La création de ces emplois semble être le seul impact positif de la présence de la CFC. L’attrait de ces emplois salariés est tel que la déception est grande de voir que beaucoup d’emplois sont pourvus par l’apport de main d’œuvre extérieure souvent mieux qualifiée et que la proportion des gens employés « localement » est limitée.

Les salaires pratiqués sont peu élevés mais la création de 230 emplois dans le canton génère une masse monétaire non négligeable qui pourrait contribuer au développement d’activités connexes au niveau local. Toutefois, l’installation de la CFC à 20 kilomètres du village le plus proche est un choix qui limite le développement d’activités commerciales dans les cantons riverains et aucune activité ou commerce nouveau n’a été observé dans les villages visités.

Les ventes aux véhicules le long de la route sont faibles et irrégulières et les produits vivriers tels que le plantain peuvent rester exposés pendant des jours au bord de la route sans trouver de preneur. Les habitants du camp des ouvriers, eux, préfèrent acheter des vivres à Yokadouma où ils se vendent moins cher. Pour faciliter la commercialisation de leurs produits et bénéficier de la présence d’une demande potentielle, les habitants du village de Ngolla ont demandé à la CFC de les aider à créer dans le village un marché où pourraient être conduits les ouvriers. Ce projet n’a toujours pas été réalisé.

Impact sur la production de PFNL

La forêt octroyée à la CFC est abondante en Sapelli qui est aussi l’essence la plus exploitée. Or les feuilles de Sapelli représentent aussi la nourriture préférée d’une chenille appelée Ossié qui est plus difficile à trouver maintenant. Ces chenilles sont collectées au mois d’août/septembre et peuvent générer un chiffre d’affaire annuel de plus de 10 000 francs CFA par ménage. C’est dire que les chenilles des Sapelli en plus de leur rôle nutritif peuvent représenter un revenu d’appoint non négligeable. L’écorce de l’arbre est aussi utilisée comme remède pour les plaies, les maux de ventre et les vers intestinaux.

Le site sur lequel se trouve la scierie était un site important de production des mangues sauvages (Irvingia gabonensis) et les habitants des villages riverains soulignent la nécessité d’aller maintenant plus loin pour pouvoir trouver des manguiers sauvages. Le fruit de cet arbre représente une ressource importante par sa valeur nutritive mais aussi commerciale. La pâte tirée de l’amande du fruit est particulièrement appréciée car les sauces dans lesquelles on l’utilise se conservent plus longtemps. Une fois transformées en « gâteaux », les amandes peuvent aussi être conservées pendant plus d’un an. De plus, des études ont démontré l’importance commerciale de Irvingia sur les marchés de produits non-ligneux. La collecte de mangues sauvages est de loin la plus rentable des activités de collecte des PFNL et si toute la production d’un arbre était vendue, elle correspondrait à un revenu d’environ 100 000 à 150 000 francs CFA par an.

La diminution des ressources halieutiques est une autre grande préoccupation des populations riveraines. Une baisse sensible des prises est ressentie par les femmes qui doivent maintenant parcourir de plus grandes distances pour pêcher des quantités satisfaisantes. Dans certains villages, des déplacements de 20 kilomètres ne suffisent plus à trouver les prises recherchées. Les populations de Ngolla 35 notamment pêchaient dans la rivière Mempoe qui coule derrière la scierie de la CFC. Elles doivent maintenant se rendre dans les marécages plus éloignés identifiés comme la meilleure source actuelle de poissons. Mais certaines femmes craignent que l’avancée déjà notable de la compagnie dans cette zone ne les empêche bientôt de trouver du poisson. Cela est la cause d’une détresse sans solution apparente à leurs yeux.

Depuis le début des opérations de la CFC, les populations villageoises souffrent de l’éloignement des animaux et du dérangement des pistes de chasse que coupent parfois les pistes forestières et voies de débardages. Ces changements conduisent les chasseurs à parcourir des distances accrues pour maintenir les prises ou bien à recourir à des chasseurs « professionnels » à qui il faut verser de l’argent. La difficulté à trouver du gibier a un impact économique certain sur la zone puisqu’avec le déclin des cultures de rente, la chasse est devenue l’activité économique la plus rentable. De plus, le gibier, moins coûteux que les produits de l’élevage, représente la principale source de protéine animale. La nécessité d’acheter une proportion grandissante de viande affecte le budget des ménages mais aussi l’équilibre nutritionnel des villageois. Les pygmées Baka souffrent en général de carences en protéine au cours de la saison sèche mais la présence de l’exploitation forestière accentue ces carences. Lorsque la demande est forte, les prix plus attractifs payés dans les marchés locaux poussent parfois les chasseurs à vendre le gibier plutôt que de le consommer ou de le vendre au tarif du village.

La présence de braconniers dans le camp des ouvriers est un facteur important de la diminution du gibier. Braconniers professionnels ou jeunes gens désœuvrés, ils fournissent les ouvriers et leurs familles en viande, le ravitaillement des ouvriers en viande ne se faisant jusqu’à présent que par un accroissement de la pression de chasse. Lorsqu’ils ne trouvent pas preneurs sur place, ils vendent en ville où les prix sont plus élevés. Il existe aussi des commanditaires extérieurs souvent puissants à qui appartiennent les fusils et dont le rôle est crucial dans le développement du braconnage.

Exacerbation d’iniquités économiques et sociales

L’accroissement de marchandises et d’argent qui pénètrent dans la région entraîne une monétarisation croissante de l’économie qui pousse parfois « à se priver pour acheter sel, savon et autres ». Cela contribue à la marginalisation économique et sociale de certains pour qui l’accès à l’argent est plus difficile. Cela est particulièrement vrai des femmes et des Baka.

L’une des rares sources de revenu monétaire pour les femmes Baka est le revenu gagné pour leur travail sur les plantations des Bantou. Souvent payées en nature, leur revenu monétaire est minimum. Chez les Bantou, les femmes ont plus facilement accès à l’argent mais la diversité des sources de revenu est plus réduite pour les femmes que pour les hommes. Les produits forestiers non-ligneux jouent donc un rôle important dans la génération d’un revenu monétaire pour les femmes et la dégradation de la production de ces produits a sur les femmes un effet plus difficile à compenser par ailleurs. De plus, lorsque le ravitaillement en viande diminue, la responsabilité de trouver une alternative comme complément au repas revient aux femmes qui voient leurs tâches accrues. De même, les distances accrues à parcourir pour trouver fruits et poissons grèvent le temps disponible pour effectuer d’autres tâches ou rechercher un revenu monétaire. La prostitution est une façon pour les femmes de se procurer de l’argent et les femmes des villages riverains de la CFC ne semblent pas faire exception en la matière. Ce phénomène est vrai des femmes Bantou mais aussi des femmes Baka qui sont très demandées en raison des prix bas pratiqués.

Les femmes et les Baka étant aussi les plus éloignés des centres de décision, ils sont les derniers à bénéficier des rares avantages en nature fournis par la compagnie. Ainsi, les compensations pour l’abattage d’un arbre sur un terrain privé exploité par une femme sont payées à l’homme qui seul a droit de propriété sur la terre ; le dégagement d’un terrain pour un marché de vivres profite à des hommes influents et beaucoup de femmes ne sont au courant ni des dons de la CFC, ni de l’existence des Comités de gestion de la redevance forestière payée par la compagnie. D’autres villageois n’ont jamais entendu parler des Comités de gestion et ne savent pas quelles sont les réalisations financées avec l’argent de la redevance forestière. Le choix arbitraire des membres des 2 Comités de gestion par les autorités locales s’est fait aux dépens de l’autorité des chefs et conduit au contrôle des bénéfices par une poignée d’individus.

Santé

L’absence de volonté réelle de la compagnie d’assurer le bien-être de ses ouvriers et de leurs familles, entraîne les problèmes majeurs suivants :

§ des cas permanents d’amibiases, en raison du manque total d’eau potable pour les employés ;

§ des cas fréquents d’accidents dans le chantier ;

§ les maladies sexuellement transmissibles prolifèrent en raison notamment de l’accroissement de la prostitution et l’absence de mesures de prévention et sensibilisation ;

§ des cas très fréquents de rhume résultant de la pollution de l’air ambiant par des particules issues des opérations de traitement du bois et l’émission quasi permanente de particules en suspension dans l’air en bout de chaîne de production ;

§ des cas de hernies du fait des manipulations de lourdes charges.

A l’extérieur du camp, de nombreux cas de paludisme ont été notés et on sait que la déforestation joue un rôle sur le développement de cette maladie. En outre, le soulèvement de la poussière des routes par les véhicules des compagnies forestières augmente les risques de transmission des maladies contagieuses, la poussière étant un remarquable vecteur de dissémination des germes. La CFC n’est pas la seule compagnie opérant dans la région mais son implantation ne peut qu’accentuer ces tendances.




Amas de sciure dans la concession de la CFC

Conclusion

Malgré les conséquences visibles et prévisibles de ses activités sur l’environnement naturel et humain et les conflits qu’elles entraînent avec les populations locales, la CFC n’a pour l’instant procédé qu’à un nombre limité de réalisations sociales et ne s’est donné la peine d’organiser qu’une réunion d’information avec une partie seulement des villages riverains. La loi forestière de 1994 essaye pourtant d’intégrer les besoins des populations riveraines mais sans avoir les moyens réels d’être appliquée. Les préoccupations des populations sont encore souvent bafouées car la logique économique et financière dans laquelle s’inscrivent les activités des compagnies forestières est loin de ces considérations pourtant fondamentales en termes économiques mais aussi éthiques. Les interactions entre les exploitants forestiers, les populations villageoises et les divers acteurs locaux sont complexes et difficiles à gérer. Néanmoins, le groupe Thanry opère au Cameroun depuis de nombreuses années, il devrait par conséquent avoir acquis l’expérience des problèmes sociaux et de relations avec les populations riveraines et s’être donné les moyens de développer une politique de communication et négociation effective et équitable avec les populations au lieu de s’en tenir à des dons sporadiques de nourriture, de bois et d’alcool. Des processus de négociations bien gérés visant la promotion du développement local et une politique de formation adéquate ne règleraient certainement pas l’ensemble des problèmes ou impacts de l’exploitation forestière sur le bien-être des populations. Ils pourraient néanmoins permettre leur compensation partielle. Visiblement le groupe Thanry a fait un choix différent et continue de profiter de la faiblesse des autorités camerounaises à faire appliquer la loi pour s’enrichir aux dépens des moins puissants.

i L'EIES a été réalisée par Sandrine Lapuyade, Louis Djomo, Honoré Ndoumbe Nkotto, Théophile Ndjodo et Pierre Titi Nwel. La version intégrale du rapport est disponible sur www.forestsmonitor.org