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Introduction
L’étude d’impact présentée dans ce rapport s’inscrit dans le cadre d’une étude plus large sur les activités des compagnies forestières européennes opérant en Afrique Centrale et leur impact sur les forêts et les peuples qui en dépendent. Menée par Forests Monitor et le Réseau Africain d’Action Forestière (R.A.A.F) cette étude régionale vise à informer les gouvernements et les groupes participants aux forums des Nations-Unies sur les Forêts et à contribuer au débat sur les mécanismes appropriés à mettre en place pour réduire et contrôler l’impact négatif des sociétés transnationales. Les compagnies européennes d’exploitation forestière opèrent en Afrique Centrale depuis plusieurs décennies et leurs activités échappent souvent à tout contrôle. L’Europe, un des consommateurs principaux de bois en provenance d’Afrique Centrale, soutient aussi la mise en place d’un instrument international de régulation des forêts. En documentant le rôle des compagnies européennes dans la destruction de la forêt d’Afrique Centrale et l’érosion des moyens de subsistance des populations de la forêt, cette étude représente une contribution au débat sur la mise en place d’un tel instrument.
Cette étude régionale et la dissémination des résultats visent aussi à informer les gouvernements de la région sur les risques liés à la libéralisation de leur économie et au développement d’activités non durables qu’elle entraîne aux dépens des populations locales.
L’étude présentée dans ce rapport examine les impacts environnementaux et sociaux négatifs et positifs des activités d’exploitation forestière de la Compagnie Forestière du Cameroun (C.F.C) dans la concession qui lui a été octroyée en 1996. Cette étude vise à fournir une illustration des modes d’opération des grands groupes européens en Afrique Centrale et en cela représente une étude de cas pour l’étude régionale sus-mentionnée. Elle représente aussi une étude à part entière qui pourra être utilisée au niveau national par les décideurs politiques et les groupes de pression.
Il s’agissait d’étudier l’impact des activités de la C.F.C. en suivant trois grands axes d’analyse:
- l’étude de la réalisation des objectifs de l’exploitation forestière et analyse des différences observées entre objectifs et réalisations. Objectifs non pas tels qu’ils sont fixés par les intérêts commerciaux de la compagnie mais tels qu’ils sont fixés par la convention d’exploitation signée entre la compagnie et l’état camerounais et qui s’inscrit dans le cadre plus large de la loi forestière et de son décret d’application ;
- l’étude des différences entre ce qui a été réalisé et ce qui aurait pu l’être ou en d’autres termes, l’analyse des différences entre les réalisations et le champ des possibles au-delà des objectifs pré-établis ;
- l’analyse des effets non-prévus (mais pas forcément imprévisibles) des activités d’exploitation ou étude d’impacts à proprement parler.
Agréé au Cameroun en 1990, la C.F.C. est une filiale du groupe français Thanry. Bien que le groupe Thanry ne jouisse d’aucune existence juridique au Cameroun, il opère dans le pays depuis de nombreuses années par l’intermédiaire de multiples filiales parmi lesquelles on compte les compagnies forestières et de transport suivantes : SEBC, SAB, CIBC, PROPALM, J.P. Compagnie, TGS, TSG. D’autres filiales du groupe Thanry opèrent dans d’autres pays de la région tels que la R.C.A ou le Gabon. Il était intéressant de se pencher sur les opérations de la C.F.C. dans la mesure où non seulement cette compagnie appartient à une société transnationale européenne mais où ses opérations semblent aussi s’inscrire dans une réelle stratégie de groupe dans le Sud-est du Cameroun tant au niveau national qu’au niveau international. En effet, il est clair que la localisation de plusieurs des filiales (C.F.C., SEBC, SAB, CIBC) du groupe dans l’extrême sud-est du pays facilite cette stratégie de groupe en permettant par exemple l’utilisation des ressources d’une concession allouée à une filiale pour alimenter l’unité de transformation d’une autre filiale dans la même zone. De plus, cette localisation au plus près de la frontière avec la RCA permet d’étendre cette stratégie au-delà des frontières. Le groupe est d’ailleurs suspecté par beaucoup, et notamment la Banque Mondiale, d’utiliser la présence d’une filiale en RCA située à proximité de ses concessions du sud-est Cameroun pour marquer des bois camerounais du label RCA et contourner ainsi partiellement et dans l’illégalité, l’interdiction d’exporter des grumes du Cameroun depuis janvier 1999.
Les modalités selon lesquelles la C.F.C. a obtenu le droit d’exploiter quatre Unités Forestières d’Aménagement (U.F.A) dans la province de l’Est sont une raison additionnelle de notre intérêt pour cette compagnie. Octroyé en dehors des procédures prévues par la loi, le permis d’exploitation de la C.F.C. sur ces UFA reflète les relations particulières que la compagnie, et à travers elle le groupe Thanry dans son ensemble, entretient avec l’Administration camerounaise et représente un cas d’étude particulièrement intéressant. Bien que semblant se positionner au-delà du cadre prévu par la loi dans le cas des activités de la C.F.C. au Cameroun, il semble que dans d’autres pays et notamment au Gabon, le groupe Thanry ait une réputation toute différente. Il semblait donc intéressant d’étudier le cas de la C.F.C. pour contribuer à une meilleure compréhension des raisons qui distinguent la politique d’un même groupe dans des pays différents.
Après deux séances préparatoires de concertation et planification à Yaoundé, les cinq membres de l’équipe (voir liste en Annexe 2) sont arrivés à Yokadouma le 19 mars où ils sont restés jusqu’au 28 mars. Durant les neufs jours de la mission, les membres de l’équipe se sont déplacés tous les jours soit pour visiter les villages riverains de la concession de la C.F.C. soit pour visiter le site d’exploitation. Une réunion de restitution des résultats préliminaires de la mission a été tenue le 28 mars à Yokadouma avec des représentants de la plupart des organisations rencontrées et le 7 avril à Yaoundé (voir listes des participants en Annexe 3)
Sur le terrain, la collecte des informations s'est effectuée à plusieurs niveaux.
D'abord, avec toute l'équipe d’évaluation, auprès des responsables des ONG basées à Yokadouma, de la C.F.C. et des structures administratives de la province de l'Est. La liste des personnes rencontrées est présentée en Annexe 4. Au cours de ces rencontres, chaque membre de l'équipe intervenait pour poser des questions concernant son domaine de compétence. Des rapports et documents divers nous ont été fournis par nos hôtes.
Ensuite auprès des populations où nous avons utilisé un guide d'entretien avec des questions ouvertes que nous avons généralement posées à des groupes cibles : jeunes, adultes hommes, adultes femmes. Ces entretiens se déroulaient généralement sur rendez-vous. Ils étaient menés de façon à inciter les participants à aborder des questions qu’ils jugeaient eux-mêmes importantes, en évitant donc de limiter les conversations aux seuls sujets identifiés par les évaluateurs. Le thème des entretiens a suscité beaucoup d’intérêt dans les villages visités et il était difficile de limiter le nombre des participants. Nous avons ainsi eu certaines rencontres avec pas moins de 40 enquêtés, que nous avons menées avec méthode, en évitant des discussions en longueur. Au total six villages ont été couverts par cette étude. Ils ont été choisis parmi les villages considérés comme riverains de la concession de la C.F.C. et de façon à couvrir les trois groupes ethniques concernés (voir section 2.3 et schéma no.1).
Tableau 1 : Villages visités par groupe ethnique
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Groupe ethnique |
Villages |
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Bidjouki |
Ngolla 35, Menziong, Nyabonda. |
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Mpu-Mpong |
Massiang, Parny |
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Kounabembe |
Gouonepoum-Nouveau |
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Baka |
Massiang1 |
1Nous avons découverts lors de notre entretien que les Baka de Massiang n’utilisent pas la forêt exploitée par la C.F.C.. Il n’a malheureusement pas été possible de rencontrer des Baka qui utilisent la forêt exploitée par la C.F.C..
De plus, des entretiens individuels ont été menés avec quelques personnes clés telles qu’infirmiers, commerçants et personnes ressources dans les villages visités.
Enfin, l’observation directe a été utilisée notamment pour vérifier les pratiques d’exploitation de la C.F.C. et les conditions de vie dans le camp des ouvriers.
Il faut noter ici les difficultés liées à la logistique et au temps disponible pour une telle étude. En effet, la longueur des distances, la difficulté à obtenir des informations fiables et des cartes sur les zones déjà exploitées, ainsi que la faiblesse des moyens logistiques à notre disposition (un seul véhicule et pas de G.P.S.) ont obligé la mission à opérer « à tâtons » et empêcher de concentrer nos efforts sur les zones potentiellement les plus affectées par les activités de la C.F.C.
Planche 1 : Quelques groupes interrogés
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