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Résumé d’impacts des activités forestières

Résumé d’impacts des activités forestières

Résumé d’impacts des activités forestières des compagnies européennes sur les populations locales et l’environnement

Rapport par CIAJE, Gabon

CIAJE a entrepris une étude sur l’impact des activités des entreprises forestières européennes sur les populations locales et sur l’environnement. Pour réaliser cette étude, nous avons choisi trois champs d’investigation afin d’avoir une image d’ensemble des problèmes identifiés. Nous nous sommes rendus au chantier Mboumi de la S.H.M (Société de la Haute Mondah) située à Ndjolé dans la province du Moyen Ogooué, aux parcs à bois des sociétés Leroy Gabon et NSG situés à la gare ferroviaire de la Lopé, province de l’Ogooué-Ivindo et au chantier Bambidi de la C.E.B. (Compagnie Equatoriale des Bois) localisée à Lastourville dans la province de l’Ogooué-Lolo.

Dans ces sites, nous avons observé les faits et discuté avec les travailleurs et les populations qui, de près ou de loin sont affectés par les activités forestières.

Qu’avons-nous obtenu de ce périple?

Les conclusions qui suivent sont la synthèse des résultats que nous avons obtenus durant l’enquête.

A. Observations générales

La loi stipule que la terre et les ressources forestières sont la propriété de l’Etat ; à ce titre, comme le montre le décret Nº 192/PR/MEFCR du 4 mars 1987, l’Etat ne concède aux populations locales que le droit d’exercer les activités coutumières.

Cette expropriation de la terre n’est pas acceptée par les populations qui se manifestent souvent par le biais de revendications auprès des entreprises forestières installées sur leur territoire.

C’est donc cette interprétation de la loi qui est régulièrement source de conflit entre les populations et les entreprises forestières qui ne sont pas obligées de satisfaire ces revendications car elles versent à titre d’impôt des sommes d’argent au trésor national.

Il revient donc à l’Etat de procéder à la répartition des sommes issues de l’exploitation des ressources forestières afin que les populations puissent en bénéficier directement ou indirectement.

L’espoir reste de mise vu la mise en œuvre d’une loi sur la décentralisation.

Par ailleurs, nous avons constaté que la presque totalité des chantiers forestiers sont très éloignés des villages. La situation géographique des chantiers forestiers obéit certes à la richesse du permis d’exploitation, mais surtout à la logique d’éviter les conflits avec les populations sur les droits de propriété. C’est le cas des sociétés que nous avons visitées. En effet, le chantier Mboumi de SHM se situe à 37 kilomètres de Ndjolé, les chantiers Gongué de Leroy Gabon et Mitendi de NSG dans la réserve de la Lopé se situent pour l’un à plus de 100 kilomètres et pour l’autre à 86 kilomètres. Malgré cet éloignement, des conflits demeurent entre populations et entreprises forestières car elles sont affectées par leurs activités.

B. Les aspects sociaux

N’ayant pas une obligation formelle d’aider les populations locales, les entreprises forestières européennes entreprennent des actions de manière volontaire. Ce caractère volontaire vise à conforter leur popularité auprès des populations et surtout, à éviter les conflits de propriété avec celles-ci. En effet, malgré les dispositions de la loi, pour les populations, la ressource forestière leur appartient.

Aussi, avons-nous remarqué que compte tenu de la précarité des conditions de vie des travailleurs des compagnies forestières, il était nécessaire que nous les considérions comme une catégorie de l’ensemble des populations locales.

Ainsi, pour aborder le sujet sur l’impact des activités des compagnies forestières européennes sur les populations locales, nous prendrons en compte le cas des habitants des villages et celui des travailleurs desdites compagnies.




Base de vie des ouvriers de la SHM

B.1- Les populations des villages

De manière générale, les compagnies forestières font des efforts dans le cadre de leurs relations avec les populations environnantes de leurs sites d’exploitation.

N’ayant pas d’obligation formelle, elles ne sont pas en droit de faire des promesses aux populations.

Toutefois, au cours d’une revendication des villageois de Mikongo à la Lopé, les sociétés Leroy Gabon et NSG ont consenti à satisfaire les besoins revendiqués. C’est ainsi que NSG a promis la construction d’une école et l’a faite, tandis que Leroy Gabon a promis un groupe électrogène qui n’a jamais été installé jusqu’à maintenant.

La SHM, éloignée de Ndjolé, semble ne trouver aucun inconvénient au sort qui est réservé aux populations car la chaussée est complètement délabrée. Ceci est en partie dû aux passages répétés des grumiers qui ont des chargements supérieurs aux normes exigées au Gabon : 50 tonnes.

En revanche, des efforts notables ont été entrepris par la CEB ; en effet, elle a réalisé une étude sociologique afin de mieux collaborer avec les populations qui habitent en périphérie de ses sites d’exploitation et qui pourraient lors de revendications, être un frein à l’activité. Cette étude, explique le chargé des relations extérieures de la CEB, a permis la mise en œuvre du processus d’organisation des populations. Cette organisation des populations locales, souligne Monsieur KOUYA, permet à celles-ci de tirer profit de l’exploitation de « leur forêt ». Cette politique de développement humain se résume en six points :

§ La mise en place d’un site de pisciculture à Bambidi à l’attention des populations ;

§ La mise en place d’un système de coupe villageoise. En quoi consiste-t-il? La CEB prélève dans ses sites d’exploitation une unité forestière qu’il alloue gracieusement aux populations ; cette unité est exploitée par la CEB au profit des populations. Ce « don » ajoute Monsieur KOUYA, permet aux populations d’améliorer leur niveau de vie ;

§ La pratique d’un sciage à long. La CEB mandate un scieur qu’elle rémunère pour faire des planches ; celle-ci seront distribuées aux populations ;

§ L’inscription des enfants et la fréquentation du dispensaire de la CEB par l’ensemble des populations des villages ;

§ L’octroi de travail aux jeunes des villages. En effet, la quasi-totalité des travailleurs de la CEB à Bambidi sont les habitants de Bambidi et d’autres villages ;

§ Et enfin, la construction d’une route pour désenclaver un village du canton Sebe à Lastoursville.

Dans la même optique de participation au développement social des populations, nous pouvons ajouter le nom du forestier espagnol, BESCOS qui a réalisé plusieurs infrastructures au bénéfice des populations à Lambaréné dans la province du Moyen Ogooué.

B.2- Les travailleurs des chantiers forestiers

Durant l’étude, nous nous sommes attardés sur cette catégorie de population locale, sur l’accès à l’eau potable, sur l’habitat et le cadre de vie, sur les conditions de santé, les possibilités de loisirs, sur l’accès à l’éducation des enfants, et enfin sur les conditions d’approvisionnement en aliments.

L’eau potable

Si Leroy Gabon et la CEB ont doté leurs travailleurs de pompes afin de bénéficier de l’eau potable, les travailleurs d’autres compagnies forestières se contentent des ruisseaux et rivières pour s’alimenter en eau. Nous avons fait ce constat à la SHM, où les cadres possèdent de l’eau potable par le biais d’un château d’eau aménagé pour la circonstance tandis que les travailleurs doivent parcourir plus d’un kilomètre pour s’alimenter dans une rivière qu’ils ont affectueusement baptisée Andza. Ces travailleurs sont exposés aux maladies car cette eau est polluée par des poussières et autres substances.




Rivière Mboumi, exploitation de la SHM

L’habitat et le cadre de vie

Soulignons dans ce cadre que le camp des cadres et très éloigné de celui des travailleurs et que le premier est toujours mieux construit que le second.

A NSG, SHM et même à Leroy Gabon, les travailleurs sont dans des niches mal aérées. La CEB par contre a fait des efforts dans le logement de ses travailleurs à travers l’espacement des bâtisses et l’adoption d’un programme de construction de maisons en matériaux durables.

Le dispensaire

Les dispensaires sont présents dans les chantiers forestiers mais ils ne sont pas adaptés à la situation d’éloignement que connaissent les chantiers. En effet, comme à SHM, les dispensaires sont dépourvus de médicaments et pour certains, le personnel employé est incompétent.

Les loisirs

Les travailleurs étant considérés comme des semi esclaves, rien n’a été organisé dans le sens de leur épanouissement. La CEB possède une salle d’écoute où l’on peut organiser des jeux, et où les travailleurs peuvent écouter les informations. Un stade de football a été prévu. A NSG, la salle d’écoute est toujours en projet ; à SHM, seul les cadres ont la télévision alors que les travailleurs n’ont ni télévision, ni radio. Le mot « salle d’écoute » n’est jamais parvenu à leurs oreilles.

L’école

Des écoles ont été construites pour assurer l’instruction des enfants des travailleurs et autres parents. Leroy semble avoir l’école la mieux construite et la plus spacieuse. Il assure la gratuité des manuels et les enseignants sont compétents, et ils sont rémunérés à la fois par le gouvernement et Leroy. La CEB emboîte le pas à Leroy. A la SHM, c’est la catastrophe. En effet, les classes sont petites, et le personnel est incompétent. Pour l’année 1998-99, le pourcentage de réussite n’a pas dépassé 10 %. Cette situation a conduit les travailleurs à envoyer leurs enfants à Ndjolé qui est à 37 kilomètres.

Les conditions d’approvisionnement en aliments Pour alimenter leurs travailleurs, les compagnies ont construit des magasins, mais ces derniers pratiquent des prix élevés. Devant la cherté des articles, les travailleurs sont souvent conduits à faire du braconnage.

C. L’impact sur l’environnement

L’impact sur l’environnement s’observe à travers la pollution, l’exploitation anarchique des ressources, le braconnage.

L’érosion

Certains permis sont exploités sur des pentes, comme au chantier Mboumi de la SHM. Ce type d’exploitation entraîne l’érosion du sol caractérisée par l’enlèvement du sol. Un des éléments qui engendre l’érosion est le tassage de la terre dû au passage répétitif des camions.

La pollution

Nous pouvons constater à ce niveau la pollution de l’eau due au produit utilisé pour traiter le bois, car les billes sont transportées au port de Port-Gentil en système de rade sur le fleuve de l’Ogooué. Les populations se servent de ce dernier pour se laver, pour puiser l’eau pour boire...

L’exploitation anarchique de la forêt

Plusieurs faits montrent que la forêt gabonaise est anarchiquemment exploitée et que les conditions ou pratiques de conservation ne sont pas considérées. Ainsi, nous avons plus à faire à des coupeurs de bois ou à des braconniers de bois qu’à des industriels soucieux de préserver leur matière première.

A titre d’exemple, plusieurs billes sont brûlées, d’autres sont abandonnées : sept billes de la CEB et trente de la SHM ont été vues le long de la route. Nous ne prenons pas en compte l’ensemble du bois abandonné tant en terme de billes qu’en terme de lattes, planches ou panneaux que nous avons vu sur le chantier. Pourquoi tant de gaspillage?

La logique du gaspillage continue lors de la construction des parcs à bois en pleine forêt. En effet, plusieurs sites sont parfois aménagés à des distances proches. Ceci occasionne la perte du couvert végétal. Le couvert végétal se dégrade suite à l’aménagement des pistes forestières et surtout des routes forestières.

Si les dimensions sont acceptables à SHM, soit 3 à 4 mètres de large, à Rougier Gabon, c’est le désordre. En effet, la route peut atteindre 25 mètres de large.




Plusieurs billes sont brûlées, d'autres sont abandonnées

Le braconnage

La quasi totalité des travailleurs des chantiers forestiers sont des braconniers. Les compagnies n’ont jamais considéré cet aspect comme étant important dans la gestion de leurs chantiers.

Des efforts considérables sont faits par les compagnies telles que Leroy, CEB, et les chantiers BESCOS. En effet, des sanctions sont prévues et des campagnes de sensibilisation sont menées.

L’autre facette de ce problème est que certaines compagnies forestières comme Rougier favorisent le braconnage. Ils ne le font pas de manière directe, mais les braconniers passent par leurs chantiers où aucune mesure de surveillance n’est prise pour lutter contre ce fléau environnemental.