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Forests Monitor Charitable Trust
Résumé
CE RAPPORT ÉTUDIE le rôle joué par lUnion européenne dans la gestion des ressources forestières de six pays dAfrique Centrale : le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo (Brazzaville), la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale et le Gabon. Lintérêt porté à cette question est motivé par trois constatations. Premièrement, lUnion européenne et ses Etats membres continuent de jouer un rôle important en Afrique Centrale, au plan politique comme au plan économique, surtout en tant que créanciers multilatéraux ou bilatéraux, modelant ainsi directement et indirectement les politiques de développement et de protection de la forêt. Deuxièmement, les sociétés dexploitation forestière dont le siège social se trouve dans lUnion européenne continuent dêtre des acteurs importants de la filière forestière dans la région, car elles contrôlent la plupart des concessions forestières et des scieries, et ont un rôle actif dans les forums internationaux traitant de la gestion forestière dans la région. Troisièmement, lUnion européenne continue dêtre lune des premières destinations pour les exportations de produits du bois à partir de la région.
En conséquence de lexploitation industrielle du bois, souvent encouragée par les politiques dajustement structurel et de libéralisation imposées par les créanciers multilatéraux ou bilatéraux, la population de ces pays qui dépend de la forêt voit ses droits diminuer et ses besoins ignorés au plan local, national et international. Les droits coutumiers de gestion foncière des forêts ne sont pas légalement reconnus, et cette lacune est aggravée par lattribution de vastes superficies de forêt au titre de concessions pour lexploitation du bois. Le droit de la population locale à être impliquée dans les décisions concernant le type de développement qui lui convient le mieux nest pas reconnu. Par conséquent, les voies de développement alternatives qui pourraient générer davantage de bénéfices locaux ne sont pas explorées, et, la forêt étant dégradée par le déboisement, ces opportunités risquent dêtre anéanties. Laccès à lalimentation, à leau potable et aux produits forestiers non-ligneux (PFNL) est souvent rendu plus difficile du fait des opérations de coupe, entraînant une insécurité alimentaire, une diminution des revenus générés localement, une augmentation de la charge de travail pour les femmes, et des problèmes sanitaires. Souvent, au niveau local, la production industrielle du bois avive ou crée des tensions, au sein et entre les différents groupes humains, et elle peut favoriser la corruption. La marginalisation des femmes et des Pygmées, lextrême dépendance vis-à-vis de léconomie monétaire, et, en ce qui concerne les populations pygmées, la perte didentité culturelle, sont des effets qui perdurent longtemps après que les tronçonneuses se sont tues.
Les six pays dont il est question dans ce rapport sont lourdement endettés auprès de créanciers bilatéraux ou multilatéraux. Plusieurs dentre eux consacrent chaque année davantage dargent au remboursement de leur dette quà des services élémentaires tels que la santé ou lenseignement. Les politiques dajustement structurel et de libéralisation imposées par les créanciers encouragent lexploitation industrielle du bois, qui serait un moyen daccroître les revenus de lEtat ; mais ces revenus si tant est que lEtat les perçoive sont souvent alloués au remboursement de la dette. Dautres problèmes entrent en ligne de compte : la corruption est souvent très répandue ; les politiques de développement profitent à une petite élite, tandis que la majorité de la population reste dans la pauvreté ; la capacité de lEtat à contrôler et à faire appliquer la législation est minime, dautant que les politiques dajustement structurel limitent le nombre de fonctionnaires et leur salaire.
Même si lon regarde la forêt simplement comme une source de bois, les activités dexploitation forestière restent associées à un certain nombre de problèmes graves. Labattage illégal des arbres et la contrebande de bois sévissent en Afrique Centrale. On estime quau Cameroun, par exemple, pas moins de la moitié du bois abattu le serait de manière illégale. Jusquà présent les compagnies forestières ont généralement opéré sans suivre aucun plan de gestion forestière et ont pratiqué une exploitation non durable. Leurs activités consistent le plus souvent à exploiter une forêt pour en extraire les essences précieuses puis à migrer vers de nouvelles zones forestières, plutôt que de gérer la forêt en vue dobtenir ultérieurement le fruit de cette gestion.
Sagissant de ce que les sociétés dexploitation forestière apportent à la population locale, aux travailleurs et à leurs familles dans les zones forestières isolées, le tableau qui se dégage est complexe. Les sociétés européennes prétendent souvent quelles procurent des bénéfices sociaux et économiques dans les localités où elles opèrent. Ces sociétés représentent souvent le monde extérieur pour les populations locales, et en de nombreuses occasions elles font office dEtat de substitution. Toutefois, le fait que la population locale dépende de la relative bienveillance de quelques sociétés transnationales pour des services élémentaires tels que la santé et lenseignement, ne favorise pas un développement durable et équitable sur le long terme.
Certaines populations locales et communautés autochtones obtiennent de la part des sociétés dexploitation forestière des emplois et divers biens sociaux tels que des écoles, des dispensaires, des routes ou des chapelles. Cependant, ce type dinfrastructures est généralement prévu pour répondre aux besoins élémentaires des ouvriers mais nest pas prévu pour un développement à la fois durable sur le long terme et équitablement accessible à tous. Dans de nombreux cas, linfrastructure promise ne se matérialise pas ou alors elle est de si mauvaise qualité quelle ne permet pas de fournir ces services élémentaires ; par exemple, les dispensaires peuvent manquer de médicaments ou de personnel suffisamment formé. La mise à disposition de ces infrastructures nest pas partout comparable, même lorsquune même société opère en des endroits différents.
Dans ce contexte, les prétendus bénéfices nets et durables du commerce international du bois, qui sont supposés revenir au pays exportateur et rejaillir sur les communautés locales, auraient besoin dêtre réévalués. Si tant est que lexploitation industrielle de la forêt apporte une contribution nette réelle, celle-ci reste à déterminer, ou du moins son caractère positif reste à prouver. Ceux qui achètent du bois produit dans ces conditions peuvent, en fait, générer de la pauvreté par la suppression des ressources dont la population dépend pour sa subsistance.
